2nd Rendez-vous du court : entretien Daniel Sauvage, Franck Dion et Richard Van Den Boom

Le 2nd Rendez-vous du Court a eu lieu le 21 janvier au CNC en présence de Daniel Sauvage (membre suppléant de la commission plénière et producteur chez Caïmans Productions), Franck Dion (réalisateur et producteur d'Edmond était un âne, membre de Papy 3D Productions) et Richard Van Den Boom (gérant de Papy 3D Productions)

Interviews du 2nd Rendez-vous du Court 

Daniel Sauvage, membre suppléant de la commission plénière et producteur chez Caïmans Productions
 
Il faut croire en son projet et arriver à transmettre cette passion, cette émotion à un jury. La qualité d’écriture doit être assez relevée car il y a beaucoup de demandes. Ainsi, tous les détails comptent, de la qualité d’impression du dossier à la présentation générale en passant même par le papier, il faut donner envie de lire et se démarquer visuellement des autres projets. Il ne faut pas vouloir être trop long en dévoilant trop avant la lecture. L’originalité de ton et la qualité du récit sont pour moi indispensables dans un projet.
 
Pour venir me solliciter, il faut que le projet soit déjà assez abouti. Sur des films d’animation, il faut évidemment qu’il y ait une histoire bien construite, mais également une première direction artistique, donner des premiers dessins et croquis, un début de story-board, voire d’animatique. J’ai d’abord besoin d’être convaincu, mais le rôle du producteur est aussi parfois de comprendre ce que les auteurs ont derrière la tête et de les guider dans leurs envies. Ce qui m’intéresse dans mon métier de producteur, c’est le côté éditorial, c’est-à-dire la démarche de développement en commun avec le réalisateur.
 
A propos de la note d’intention :
Pour ma part, je lis la note d’intention ou de réalisation après la lecture du scénario, afin d’être comme un spectateur qui se plonge dans un film et ne pas polluer ma lecture. C’est aussi le producteur qui doit aider le réalisateur à accoucher les intentions, le pourquoi on a envie de faire ce film à ce moment là. En tant que producteur moi-même, je n’attends pas du tout de lire une critique idéale que l’auteur aimerait qu’on lise dans les Inrocks, j’attends quelque chose de vraiment personnel, même très court. Je n’attends pas quatre pages d’analyse qui m’expliqueraient combien l’œuvre va s’inspirer de David Lynch, que la lumière sera bleutée et le son très important : ces données me détourneraient presque d’un projet. J’attends véritablement le point de vue d’un auteur.
 
 
Franck Dion, réalisateur et producteur d’Edmond était un âne, membre de Papy 3D Productions.
 
Papy 3D, c’est la rencontre de différents associés : par conséquent, les réalisateurs qui font partie de Papy 3D sont partenaires. Nous avons mutualisé nos expériences, nos relations, notre réseau que nous avions chacun acquis auparavant. Avoir la double casquette de réalisateur et de producteur me convient tout à fait. J’aime beaucoup organiser mes productions comme je l’entends. Ma part de producteur me permet de choisir les sociétés et l’équipe avec lesquelles j’ai envie de travailler, le nombre de temps que l’on va mettre pour réaliser le film, l’argent qu’il va falloir… même des détails, comme le logiciel qu’on va acheter. En revanche, pour ce qui est contractuel, c’est le domaine de Richard.
 
J’en suis à mon troisième court-métrage et j’ai eu la chance d’être aidé les trois fois par le CNC. Si je n’ai pas l’aide du CNC sur mes films, je ne peux pas les faire. A chaque dépôt de dossier, il y a toujours la même appréhension, à savoir est-ce que le projet est assez clair et assez intéressant pour être aidé ? Le souci de clarté est vraiment essentiel dans le projet artistique et l’élaboration du dossier. Pour ma part, j’ai une exigence dans mon travail d’être le plus pédagogue et le plus lisible possible. La commission plénière est constituée par des gens qui, en grande majorité ne savent pas lire un story-board d’animation, d’où l’idée de m’adresser directement à eux et d’essayer de vulgariser au maximum le dossier que je leur soumets : je leur présente pour ainsi dire un livre pour enfants. Plutôt que de rentrer dans de la technique qui peut rebuter, je cherche à les rassurer tout de suite en leur faisant comprendre que dans le cinéma d’animation, il y a le mot cinéma, et que nous faisons donc le même métier. 
 
 
A propos de la note d’intention :
Il faut faire attention, pour la note d’intention, à ne pas mettre des choses qui n’apparaissent pas d’elles-mêmes dans le scénario. Il y a parfois des projets dans lesquels on découvre avec la note d’intention  ce que l’auteur fantasme de mettre dans son scénario. Un scénario est quelque chose de très intime, mais il faut se laisser aller et mettre tout ce qu’on a envie de mettre dans son projet directement dans le scénario et ne pas attendre la note d’intention. La note d’intention de doit pas être un pléonasme du scénario : il faut densifier le scénario un maximum. Ce n’est en rien un objet littéraire, c’est un support de transition, un outil de travail qui n’est pas figé. Il en est de même pour le dossier remis au CNC, il s’agit d’un objet de communication, il est donc primordial de se faire comprendre.
 
 
Richard Van Den Boom, gérant de Papy 3D Productions
 
Chez Papy 3D, la spécificité c’est que les auteurs sont également producteurs exécutifs, ils s’occupent donc eux-mêmes de leur dossier. Il me semble important que les auteurs ne partent pas avec des a priori sur ce que la commission peut imaginer, ou qu’ils ne présupposent pas une compréhension d’un certain langage cinématographique : le dossier doit être limpide pour qu’à la première lecture, la commission puisse déjà s’être imaginé le film.
Les films d’animations que nous produisons ont tous une approche cinématographique avec un récit complexe, avec une volonté de réalisation poussée. Dans le fonctionnement particulier de notre société nous n’imposons rien en terme artistique : nous fournissons un cadre de production, aussi bien juridique, légal que financier et comptable, nous fournissons tous les outils pratiques. Il y a une complémentarité entre nous.
 
 
Conseil de Morad Kertobi 
Dans la composition du dossier, rien ne sert de tomber dans la complaisance ni de chercher à séduire à tout prix les membres de la Commission par un casting exceptionnel ou une starification des personnages par exemple : l’important c’est la volonté artistique de l’auteur avant tout.