Clermont-Ferrand : du ciné-club au festival

Archives Festival de Clermont-Ferrand

Le festival du court métrage de Clermont-Ferrand fête cette année sa quarantième édition. Retour sur les origines de cet événement.

A l'origine était un modeste ciné-club universitaire, fondé à Clermont-Ferrand dans les années 1940.  Au fil des ans, celui-ci se développa, donna naissance à un festival et s'imposa comme un événement de premier ordre. Jusqu'à devenir, des décennies après sa création, tout simplement le plus grand festival de courts métrages au monde.

Si c'est en 1981 que la manifestation a véritablement pris forme avec la création de l'association Sauve qui peut le court métrage, il faut rappeler que, dès 1979, le Cercle cinématographique universitaire de Clermont-Ferrand (CCUC), ciné-club animé par une poignée d'étudiants passionnés, organisait des « semaines du court métrage », dont le Festival est la suite directe. Parmi les membres du CCUC, étudiants fous de Septième art ayant précédemment organisé une « Semaine du cinéma polonais » ou « du jeune cinéma américain » se trouvent en effet les fondateurs du Festival de Clermont-Ferrand.

Ils s'inscrivent alors dans une tradition, celle des ciné-clubs. Créé en 1940, le CCUC est, dans les années 1970, l'un des plus importants de France. Un ciné-club politisé, très ancré à gauche. Qui, assez vite, joue le rôle d'une salle Art & essai.
« Ce qui a fait la notoriété du CCUC, c'est que son responsable à la fin des années 1960, Jacques Salles, a eu l'idée d'acheter des projecteurs 35mm, ce qui nous a permis ensuite de ne plus nous cantonner au catalogue 16mm de l'Union française des œuvres laïques d'éducation par l'image et le son, et de commander des films en 35mm directement à des distributeurs, pour les passer en séances non-commerciales », précise Antoine Lopez, l'un des membres fondateurs du Festival, au magazine Bref.

Le court métrage, clé d'accès à la réalisation

C'est au milieu des années 70 que les organisateurs de ce ciné-club hebdomadaire prennent l'habitude de mettre en place, à chaque trimestre scolaire, une "semaine thématique" différente (animation, fantastique, cinématographie choisie...). Alors que le court métrage n'est, en France, pas à la fête, les piliers du ciné-club de Clermont décident néanmoins de consacrer à la fin des années 70 une semaine thématique à ce format. En vue de sa préparation, ils se déplacent dans diverses manifestations et prennent au fil des rencontres conscience de l'importance du court métrage, clé d'accès à la réalisation pour de jeunes auteurs.

En février 1979 se tient ainsi la première Semaine du court métrage à Clermont-Ferrand. S'y côtoient œuvres récentes et classiques. Pas une simple suite de projection, non : des réalisateurs sont invités, le public répond présent, les salles sont remplies. L'événement est reconduit l'année suivante, et plus de 100 courts métrages sont projetés en cinq jours ! Invité, Jacques Tati intervient sur scène au cours de la cérémonie de clôture. En 1981, la troisième édition de la Semaine du court métrage reçoit le soutien de la Ville et du CNC. L'ambition des membres fondateurs continue de croître. Ils se professionnalisent et écrivent à Jack Lang, alors ministre de la Culture de François Mitterrand, qui leur apporte son soutien. Ils créent alors, en août 1981, une association, Sauve qui peut le court métrage, avant de faire naître officiellement, au printemps 1982, le Festival du court métrage de Clermont-Ferrand. L'histoire est lancée…

 

Les ciné-clubs d'hier et de demain

Si les ciné-clubs se développent dès les années 1920 puis trouvent leur parfaite incarnation dans la Cinémathèque française de Langlois et Franju (1936), c'est entre 1945 et la décennie 1970 qu'ils connaissent leur âge d'or. A la Libération est ainsi créée la Fédération française des ciné-clubs, pour orchestrer le mouvement et la circulation des expériences.

Fin 1946, elle regroupe plus de 100 000 membres dans plus de 150 clubs. Fondé en 1945, le CNC a pour mission dès sa création de favoriser le cinéma non commercial, dont les ciné-clubs sont l'expression : en 1949, un décret donne un statut officiel à ce secteur destiné à  « diffuser la culture par le film ». Dans les années 1950, ils s'implantent dans les milieux défavorisés, urbains mais aussi ruraux. La vague décroît dans les années 60, qui marquent la montée en puissance de la télévision.

Devant se diversifier, les ciné-clubs créent des festivals ou des publications qui relaient leurs actions. Ils continuent à exister dans les années 70, mais leur nombre chute réellement dans les années 80. La VHS, puis le DVD dans les années 90 et enfin Internet, induisent de faite une cinéphilie davantage « domestique ».

Le CNC œuvre aujourd'hui pour redonner un élan aux ciné-clubs. Afin que les jeunes s'emparent de la matière filmique et audiovisuelle, le Centre mobilise via le Service civique 1000 jeunes sur 35 départements. Formés et encadrés par l'association Unis-Cité, ceux-ci inventent les ciné-clubs du XXIe siècle en organisant des projections suivies de débats dans les établissements scolaires. Pour donner accès au cinéma d'auteur, mais aussi confronter les plus jeunes à la prise de parole et, qui sait, faire naître des vocations.






© Sauve qui peut le court métrage / Bruno Couderc




© Sauve qui peut le court métrage / Serge Bullo




Agnès Soral, membre du jury national en 1992 © Sauve qui peut le court métrage / Rémi Boissau




© Sauve qui peut le court métrage / Rémi Boissau




© Sauve qui peut le court métrage / Bruno Couderc




Jean-Pierre Léaud © Sauve qui peut le court métrage / Bruno Couderc




© Sauve qui peut le court métrage / Bruno Couderc




© Sauve qui peut le court métrage / Pierre-Jean Fontfrède





Dominique Pinon, 1987 © Sauve qui peut le court métrage / Pierre-Jean Fontfrède




© Sauve qui peut le court métrage / Pierre-Jean Fontfrède




Jean Carmet, 1988 © Sauve qui peut le court métrage / Pierre-Jean Fontfrède




© Sauve qui peut le court métrage / Danyel Massacrier