Olivier Babinet : « Le public de Clermont-Ferrand ne triche pas »

Olivier Babinet, réalisateur de "Robert Mitchum est mort" et "Swagger", a été récompensé par le Prix Spécial du jury en 2009 pour son court "C'est plutôt genre Johnny Walker".

 

Quel souvenir gardez-vous de votre première venue au Festival de Clermont-Ferrand ?

Un souvenir plutôt mitigé ! J’étais venu présenter un film réalisé avec Bertrand Mandico, C’était le chien d’Eddy, hors-compétition. Nous nous sentions complètement outsiders et en-dehors du coup. Notre voiture était tombée en panne, nous nous étions perdus dans les faubourgs de Clermont-Ferrand, sous la neige ! Ca ne menait nulle part, je me sentais perdu…
 

Vous êtes ensuite venu défendre en 2009 C’est plutôt genre Johnny Walker, qui a été primé. J’imagine que c’est un souvenir plus heureux…

Oui, là c’était l’inverse ! C’est un excellent souvenir. Le film avait reçu le Prix spécial du jury. C’était le soir de mon anniversaire et nous avions fait une belle fête ! Nous étions véritablement « dedans », cette fois-ci. C’est la reconnaissance que je cherchais, dont j’avais besoin.
 

Ce prix a eu des conséquences directes sur votre carrière ?

Difficile de mesurer cela. J’avais jusqu’ici rencontré beaucoup de difficultés sur mes projets. Je n’en pouvais plus d’avoir cette envie de cinéma qui ne se concrétisait pas. De rage, j’ai écrit C’est plutôt genre Johnny Walker, très vite, mais il a aussi fallu du temps pour parvenir à monter le projet. C’était le premier film que je faisais seul. Ce prix a dû aider à enfin parvenir à monter Robert Mitchum est mort, en tout cas au niveau de la coproduction internationale, car les financements ont essentiellement été étrangers. Un prix comme celui-là fait une belle publicité.
 

Vous avez ensuite fait partie d’un jury de l’édition 2017. Qu’en retenez-vous ?

C’était très chaleureux et intéressant, et même sidérant de voir les divergences d’avis sur les films avec les autres membres du jury. Nous n’avions parfois absolument pas le même ressenti sur les oeuvres et c’était assez fascinant. J’ai également trouvé très intéressant de voir un panorama de tout ce qui se fait dans les pays francophones. Cela permet de voir des tendances émerger, les thèmes importants, d’essayer de comprendre pourquoi une génération de jeunes cinéastes parle de la même chose au même moment. C’était en outre assez drôle de passer de l’autre côté du miroir.
 

Quelles sont à vos yeux les caractéristiques du festival ?

La rencontre avec le public est très forte. C’est formidable de voir concrètement quel effet produit votre film sur des spectateurs qui ne sont pas statiques mais réagissent, peuvent siffler, applaudir… Il y a une dimension populaire très marquée à Clermont-Ferrand. Le public ne triche pas, on n’est pas dans un confortable entre soi de cinéphiles qui se gargarisent entre eux. Non, on est jeté dans la fosse ! On a l’impression que toute la ville va voir les courts métrages à ce moment-là.
 
Olivier Babinet
Le réalisateur Olivier Babinet