Découvrez "Le Chant d'Ahmed" de Foued Mansour, entre réalisme et nostalgie

Découvrez "Le Chant d'Ahmed" de Foued Mansour, entre réalisme et nostalgie

02 octobre 2020
Cinéma
Le Chant d'Ahmed de Foued Mansour
"Le Chant d'Ahmed" de Foued Mansour Emmanuel Bles
Ahmed, employé des bains-douches proche de la retraite, voit un jour débarquer Mike, adolescent à la dérive. Entre ces murs, dans un lieu sur le point de disparaître, une étrange relation va naître entre ces deux âmes fêlées.

Ahmed travaille depuis vingt ans dans un bain-douche parisien. Travailleur, consciencieux et régulier, il vit seul, jusqu'au jour il doit s'occuper de Mike, un ado en TIG qui rêve de rap et d'évasion. En trente minutes, Le Chant d'Ahmed - tourné in situ au bains-douches des Haies, dans le 20ème arrondissement de Paris, avec des acteurs non professionnels - expose, concentre et résout une riche histoire de filiation et de regrets, entre réalisme et nostalgie. Une histoire directement nourrie du réel : « La première envie était de parler des travailleurs maghrébins arrivés dans les années 60-70 en France, pendant les Trente glorieuses, et leur vie aujourd'hui, leur situation... » expliquait le cinéaste en mars dernier pendant la Fête du court métrage. « Parler de la solitude dans laquelle ils sont plongés. Du déracinement, de l'exil... C'est une génération en train de s'éteindre, c'est un film-testament, un témoignage. »

Le réalisateur, qui signe ici son sixième court métrage, insiste sur les liens - ou leur absence - entre cette génération et leurs enfants restés au pays. « C'est la vie qu'aurait pu vivre mon père s'il n'avait pas fait revenir ma mère dans les années 70 », expliquait encore le réalisateur, en insistant sur le caractère tabou des histoires du quotidien de ces hommes. Foued Mansour a choisi Mohamed Sadi, un non professionnel qui a eu la même vie que son héros, pour éviter les clichés et trouver la vérité du corps d'Ahmed. « Aucun comédien ne peut reproduire ces détails ! » Face à lui, Bilel Chegrani joue le jeune Mike : issu de l'association de cinéma Mille visages, atelier de cinéma polyvalent qui a vu « naître » la réalisatrice Houda Benyamina, il incarne une nouvelle génération qui essaie de composer avec son passé, dans le respect, pour aller vers l'avenir. « Je voulais montrer à travers ce film que la société n'est pas si fracturée qu'on veut bien nous le dire », résume Foued Mansour.

Nommé aux César 2020 dans la catégorie court métrage, Le Chant d'Ahmed a bénéficié de l'aide au programme de production de films de court métrage du CNC.