« Falcon Lake », le défi du premier long métrage pour Charlotte Le Bon

« Falcon Lake », le défi du premier long métrage pour Charlotte Le Bon

07 décembre 2022
Cinéma
« Falcon Lake » de Charlotte Le Bon.
« Falcon Lake » de Charlotte Le Bon. Tandem

Plus qu’une « histoire d’amour et de fantômes », Falcon Lake est une œuvre spectrale à la croisée des genres et des cultures. La réalisatrice (re) plonge dans les coulisses de son premier long métrage tiré de la BD Une sœur de Bastien Vivès.


Du court au long

« Passer au long métrage m’est apparu comme une évidence. J’avais tellement aimé l’expérience de plateau en tant que réalisatrice que je voulais prolonger cette sensation. Et puis, soudain, cette histoire m’est tombée dessus. Je trouvais qu’il y avait dans la bande dessinée de Bastien Vivès un énorme potentiel cinématographique. J’arrivais déjà à me projeter à travers les images dessinées – même si, finalement, le film ne ressemble pas vraiment à la BD. Je pense aussi que j’étais rassurée de partir de quelque chose qui existait déjà. »

Adapter une BD

« On m’avait donné ce conseil : pour un premier film, il vaut toujours mieux écrire sur quelque chose qu’on connaît. Les premiers émois, être amoureux pour la première fois, les premières pulsions sexuelles... J’avais suffisamment digéré et analysé cette période de ma vie pour être capable d’en faire quelque chose dans un scénario. J’ai pu ensuite tranquillement me réapproprier l’histoire de Bastien et ajouter cette légende de fantôme qui n’existe pas dans la BD. Toute cette étrangeté que j’ai voulu insuffler a pris un peu de temps, mais je pense que c’est ce qui donne sa singularité au projet. Le stress était moins de trahir le travail de Bastien que de réaliser un bon film. Une fois qu’il m’a octroyé les droits d’adaptation, je me suis sentie assez libre. Pourtant, il pensait que sa BD n’était pas transposable au cinéma ! D’ailleurs, il n’avait pas complètement tort : les deux premières années, j’ai écrit des versions du scénario qui étaient beaucoup plus fidèles au matériel de base, sans parvenir à financer le film. Ce n’est vraiment qu’à partir du moment où je me suis autorisée à modifier l’histoire et le monde dans lequel le récit évoluait que le financement est arrivé. En fait, quand j’ai oublié la BD, le film est apparu. Je trouve que l’adolescence est un sujet de cinéma inépuisable à condition d’éviter d’être trop cérébral ou guimauve. Ce temps des métamorphoses doit passer par le corps. »

Le choix des producteurs

« Je dois avouer que je me suis un peu laissée porter ! En fait, c’est Jalil Lespert qui m’a fait lire la BD de Bastien Vivès, avec l’intuition que cela ferait un premier film intéressant. Il avait évidemment raison. Comme il avait déjà travaillé avec Cinéfrance et les producteurs David Gauquié et Jean-Luc Ormières, il a tenu à me les présenter. Il n’y a pas eu de tergiversation : nous nous sommes extrêmement bien entendus dès le début. Ce sont des collaborateurs précieux, avec qui je souhaite d’ailleurs faire mon deuxième film. En revanche, comme il s’agit d’une coproduction avec le Québec, j’ai fait un peu de “shopping” de l’autre côté de l’Atlantique (Rires.) Il n’y a pas eu tant de rencontres que cela, mais nous nous questionnions pendant un moment sur un potentiel tournage au Manitoba, avec une société de production au Canada anglais. Finalement, j’ai décidé qu’il était plus intéressant de poser mes caméras au Québec. Sur les deux sociétés de production avec qui nous avons discuté, Metafilms a eu mes faveurs. J’ai eu beaucoup de chance, car j’ai travaillé avec des producteurs qui m’ont offert leur confiance. J’étais bien sûr ravie d’entendre leurs avis, mais au final, c’était très souvent moi qui avais le dernier mot. »

 

Un tournage écoresponsable

« L’idée de l’écotournage est venue de ma production, et j’ai trouvé très intéressant de la mettre en œuvre. Tout ça s’est décidé rapidement. Nous avons évidemment discuté en amont de ce qu’un plateau “vert” impliquait. Concrètement, cela ne change pas grand-chose au quotidien d’un tournage. C’est extrêmement facile, beaucoup plus que ce que l’on pourrait imaginer ! Nous avons limité l’usage des bouteilles d’eau et réutilisé de nombreux objets. Pour construire des décors – des ajouts dans la maison où se déroule le film –, nous nous sommes aussi assurés de ne prendre que des matériaux durables. Les vêtements utilisés pour les costumes étaient principalement vintage, de la seconde main achetée dans des friperies. Et le covoiturage était de mise, mais de toute façon cela aurait été le cas quoiqu’il arrive, puisque nous étions une petite équipe avec un petit budget. »

Tourner en 16 mm

« J’ai choisi la pellicule pour créer une esthétique plus subtile que le numérique, qui a tendance à tout égaliser. Et puis cela permet de se responsabiliser : on ne multiplie pas les prises pour rien ! »

Les échanges avec l’auteur

« C’est bien simple : il n’y en a pas eu ! Bastien a simplement lu le scénario avant que je tourne. Il m’a fait confiance et m’a laissé une liberté totale. Il a embrassé tous les changements que j’ai faits en comprenant parfaitement pourquoi je les faisais. La BD se déroule en Bretagne au bord de la mer, mais j’ai situé l’action à Falcon Lake car c’est l’endroit où vivait le père de mon beau-père. J’y ai passé quasiment toute mon enfance. Cette familiarité avec le lieu m’était nécessaire. À la fois pour me rassurer, pour avoir mes repères, mais aussi pour bousculer mon jeune héros français, afin qu’il ait le moins de repères possible de son côté. Et, enfin, parce que je savais que la nature, majestueuse et inquiétante, correspondait exactement à ce que je recherchais. Quand on s’y baigne, on ne sait jamais ce qu’il y a au fond d’un lac. C’est ce genre d’inquiétude, d’angoisse, qui m’intéressait. »

FALCON LAKE

Réalisation : Charlotte Le Bon
Scénario : Charlotte Le Bon avec la collaboration de François Choquet, d’après la bande dessinée Une sœur de Bastien Vivès (Ed. Casterman)
Production : Cinéfrance Studios, Metafilms, Onzecinq, LeyLine Entertainment, Les Productions du Ch’timi
Distribution France : Tandem
Distribution Canada : Sphères Film
Ventes internationales : Memento International