En thérapie : « Avec cette nouvelle saison, on a pu aller encore plus loin »

En thérapie : « Avec cette nouvelle saison, on a pu aller encore plus loin »

05 avril 2022
Séries et TV
Le Dr Dayan et ses patients de la saison 2 d'En Thérapie
Le Dr Dayan et ses patients de la saison 2 d'En Thérapie Arte France

La série psychanalytique d’Arte revient cette semaine avec une saison 2 centrée sur le Covid et ses conséquences. Cocréateur et coréalisateur avec Olivier Nakache, Éric Toledano nous explique ce qui les a motivés à repartir pour 35 nouveaux épisodes et à traiter de ce trauma qui résonne encore dans toutes les strates de la société.


Est-ce que vous avez hésité à rempiler pour la saison 2 ?

Oui, un peu je dois dire. Parce qu’on n’a jamais été très friands des suites, Olivier et moi. J’ai l’impression que lorsque l’on a dit quelque chose sur un thème, quand on a travaillé un an ou deux ans sur un sujet ou un film, on en a fait le tour. La première saison d’En thérapie nous a pris trois années pour trouver le bon ton, le bon format... Alors au moment de rempiler, la décision n’était pas évidente. Puis est arrivé le Covid. Ce fut presque un déclic. Après les attentats, on était en train de vivre un autre trauma très fort, qui touchait toutes les strates de la société, tous les âges, des enfants aux personnes âgées. La matière était clairement là. On a lancé les choses en essayant de voir s’il y avait d’autres réalisateurs intéressés. Tout de suite, on a eu un retour très positif d’Arnaud Desplechin notamment, avec qui on a échangé. Et avec le succès, Arte nous a fortement incités à faire une suite...

Et donc à revenir sur votre idée de ne jamais faire de suite ? 

Oui, mais c’est un peu différent pour une série. Ça s’y prête plus. C’est sûr que si l’on regarde notre film Nos jours heureux, on se dit qu’en réunissant à nouveau toute la bande, on aurait parfaitement pu imaginer une suite. Dans la veine de ce qui avait été fait avec Les Bronzés. On avait aussi évoqué, à l’époque, avec Jean-Pierre Bacri, l’idée de faire une suite au Sens de la fête, en racontant une autre réception, un autre événement... Mais non ! Parce que la vie est courte et qu’on a toujours
envie d’explorer d’autres sujets. Sauf que là, toutes les raisons de faire une saison 2 d’En thérapie se sont accumulées. De nouvelles idées. De nouvelles histoires. De nouveaux réalisateurs. Alors on y est allés.

L'arrivée du Covid a été une bombe !

Entreprendre une série, cela venait au départ d’une envie de faire un break avec le cinéma ?

Non pas du tout. On a fait sept films avec Olivier. Le dernier, Hors normes, a été très fort, très émouvant et on a surtout eu le sentiment d’avoir un vrai impact politique et social. Mais on était un peu en fin de cycle. On n’avait pas de sujet mûr pour un autre film. Et l’idée de la série était déjà bien avancée. Donc la transition était toute trouvée. Surtout que la télé permet de faire quelque chose d’impossible au cinéma : prendre le temps. Or, la psychanalyse demande du temps. Donc ce n’était pas tellement une envie de changement ou le désir spécifique de faire une série... 

Mais en vous lançant dans la saison 2, vous repoussez d’autant plus votre prochain film !

C’est vrai... On s’est posé la question... Après, pour tous les gens qui écrivent, l’arrivée du Covid a été une bombe ! On se lève un matin et on se dit : est-ce que tout ce que je raconte n’est pas dérisoire ? Et puis sur le plan pratique, on s’interroge : est-ce qu’on fait comme si ça n’existait pas ? Est-ce qu’on met des masques à nos personnages ? Avec En thérapie, on a eu la possibilité d’aborder tout ça de front. On ne tourne pas autour du pot : ils ont des masques, le Covid a un impact sur tous nos personnages. C’est comme ça. Tout était facilement conciliable. 

Si la sagesse, c’est d’accepter l’incertitude, je crois qu'on n’a pas été très sages durant cette période

Comment avez-vous vécu tout ça, le confinement, les masques, la distanciation sociale ?

Justement ! Je trouvais les mots très mal choisis. À la seconde où ça arrive, on nous parle de distanciation sociale ! De gestes barrières ! C’est très violent, non ? L’être humain est fait pour partager des moments. Les mots employés ne nous ont pas mis dans de bonnes dispositions. Et je pense que ça a infusé en moi. Tous ces experts qui se relayaient quotidiennement sur les plateaux pour nous dire tout et son contraire... Si la sagesse, c’est d’accepter l’incertitude, je crois qu’on n’a pas été très sages durant cette période. On ne savait pas où on allait avec ce virus, mais on voulait que l’on nous dise exactement ce qui allait se passer ! Rares sont les gens qui ont osé dire : je ne sais pas !

Dans cette saison 2, il y a une nouvelle manière de traiter le psy, Philippe Dayan. Son histoire est plus forte, plus torturée...

Faire une saison 2 nous faisait peur. Mais comme nous le disait Arte, nouvelle saison signifie nouvelle proposition. L’idée n’était pas de remettre cinq nouveaux patients sur le divan. Alors on a cherché à être plus frontal sur Philippe Dayan. Avec l’expérience de la saison 1, on a pu aller encore plus loin. Chaque réalisateur s’est emparé de son personnage. Arnaud Desplechin avec la jeune fille jouée par Suzanne Lindon ou Emmanuelle Bercot avec le personnage de Jacques Weber. Oui, aussi, notre psy est plus torturé. On est dans une saison des fantômes, comme l’appelleraient les Israéliens. Le passé vient hanter le présent.

D’une manière générale, vous avez eu envie d’interroger la responsabilité des soignants, le poids qu’elle pèse sur eux ?

Exactement, c’est la ligne directrice de la saison. On a voulu interroger les limites de l’exercice, de la responsabilité de quelqu’un qui veut vous sauver ou est, en tout cas, censé vous aider. Jusqu’où peut-il aller ? C’est presque la psychanalyse qui est en procès.

Il y a une leçon à retirer sur la substance qui fait le cinéma : le champ-contrechamp

La saison 2 est intégralement en ligne depuis le 30 mars sur Arte.tv et diffusée chaque semaine sur Arte à partir du 7 avril. C'est quoi la meilleure manière de regarder En thérapie ? Un peu chaque jeudi soir, ou en enchaînant les épisodes ?

Je ne suis pas très cohérent là-dessus moi-même... Il y a des fois où je regarde lentement et d’autres fois où je ne peux pas m’arrêter... Quand on est vraiment pris, on a envie d’enchaîner. Après, pour tous ceux qui ont vu la saison 1, je dirais que l’ascenseur émotionnel de la saison 2 est encore plus fort et plus prenant. Une fois qu’on est rentré dedans, on est aspiré par la suite. L’an dernier, il y a des gens qui regardaient par personnage... mais là, ça ne marche plus trop, parce que les interactions sont bien plus régulières. Les histoires sont plus imbriquées.

Après En thérapie, vous allez revenir au cinéma. Que garderez-vous de votre expérience télévisuelle en tant que cinéaste ?

D’abord, comme c’est nous qui organisons le bal, on a pu regarder comment travaillaient les autres. Aller sur le plateau pour les voir tourner, sans se sentir de trop, c’est rare. C’était une vraie curiosité ! Parce que ce n’est pas un métier où l’on se voit beaucoup. Les réalisateurs se croisent en festival, mais généralement on parle de manière succincte. Là, on a pu se confronter avec nos confrères et consœurs sur le casting, le scénario, le découpage. C’était passionnant. On a eu presque la sensation de se former à nouveau, après sept films... Ensuite, il y a sûrement une leçon à retirer sur la substance qui fait le cinéma, c'est-à-dire le champ-contrechamp. On peut faire beaucoup d’action, de plans différents. Au final, les grands moments de cinéma sont dans le champ-contrechamp. Et c’est un peu ce que démontre la série. Parce que c’est un avis contre l’autre. Un point de vue contre un autre. On l’a beaucoup travaillé avec En thérapie, en regardant, en réalisant, en montant. Finalement, tout est une question de rythme... Et la série m’a fait beaucoup réfléchir là-dessus.

En thérapie, saison 2

En thérapie, saison 2 – dès le jeudi 7 avril sur Arte
Créée et réalisée par Olivier Nakache et Éric Toledano
Réalisée par Agnès Jaoui, Emmanuelle Bercot, Arnaud Desplechin
Scénario : Clémence Madeleine-Perdrillat, Mary Arnaud, Élise Benroubi, Maya Haffar, Clara Lemaire Anspach, Nils-Antoine Sambuc, Éric Toledano, Olivier Nakache
Production : Les Films du Poisson, Federation Entertainment, Ten Cinéma, ARTE France
Musique : Yuksek
Avec : Frédéric Pierrot, Eye Haïdara, Charlotte Gainsbourg...