Hommage à Jean-Claude Brialy : entretiens avec Macha Méril et Robert Hossein

Jean-Claude Brialy

A l'occasion de la soirée hommage à Jean-Claude Brialy organisée lundi 20 novembre, le CNC publie cette semaine une série de témoignages de personnalités ayant côtoyé le comédien et réalisateur, disparu il y a dix ans.

 



Aujourd'hui, l'actrice Macha Méril, qui joua avec lui dans Robert et Robert et le côtoya aux "Grosses Têtes", et Robert Hossein, ami de longue date et partenaire de jeu sur Un meurtre est un meurtre.

> voir aussi  les témoignages de Régis Wargnier et Evelyne Bouix
 

Macha Meril : « Brialy aurait très bien eu sa place à la Comédie Française »
© Pascal Gascuel



Vous souvenez-vous de votre rencontre avec Jean-Claude Brialy ?

Je ne me souviens pas d’un moment en particulier. Mais c’est un homme que j’ai connu sous diverses facettes, même si nous nous sommes très peu côtoyés au cinéma. Mais nous étions de la même génération et avons tourné avec les mêmes metteurs en scène. Je l’ai connu en tant que directeur du Festival d’Anjou, où je jouais dans la pièce L’Aiglon, mise en scène par Jean-Luc Tardieu, ainsi qu’en tant que directeur du théâtre des Bouffes-Parisiens, où j’ai également joué. Et je l’ai aussi côtoyé aux Grosses Têtes ! Il y est arrivé sur le tard. Nous nous amusions beaucoup, car il était très drôle. Il y est venu jusqu’à la fin, alors même qu’il était malade, cela semblait important pour lui. C’était comme un « poumon de rire » pour lui.


Faisiez-vous partie des mêmes groupes d’amis dans votre jeunesse ?


Pas vraiment. Je me rappelle d’un groupe qui s’était formé avec entre autres Belmondo et Rochefort : nous dansions dans les clubs de Saint-Germain-des-Prés – moi, j’étais championne de bebop. Mais lui n’en faisait pas partie. Il n’était pas de ceux-là. Il était plus XVIème arrondissement, mais sans honte, alors que beaucoup de  gens ont adhéré à mai 68 tout en étant bourgeois, juste pour ne pas être pris en défaut. Lui non. Il est resté très clair dans ses opinions. Ce n’était pas quelqu’un d’avant-garde.


Il a pourtant été lié à la Nouvelle-Vague…


Oui, mais presque par hasard, parce qu’il était, comme moi, jeune à l’époque. Mais à mes yeux, c’est un « classique ». Il aurait très bien eu sa place à la Comédie Française. Ce n’était pas un révolutionnaire. Plus tard, il n’a d’ailleurs jamais soutenu un cinéma d’avant-garde ou d’art et essai.


Quel souvenir gardez-vous de lui sur le plan humain ?

Il aimait beaucoup les gens et avait cette vertu extraordinaire de créer des rencontres. C’est un art, qui demande beaucoup d’altruisme, et de penser aux autres plus qu’à soi. Il avait par ailleurs énormément de tendresse pour les actrices vieillissantes, comme  Arletty, et toutes celles qui recevaient des coups durs sur la tête, par exemple Jeanne Moreau ou Romy Schneider. Il s’intéressait beaucoup à l’humain derrière la personnalité publique. C’est aussi quelqu’un qui avait beaucoup de panache.



 

Robert Hossein : « C'était un acteur avec une grande conscience professionnelle, très exigeant avec lui-même. »




Dans quelles circonstances avez-vous rencontré Jean-Claude Brialy ?


Dans de drôles de circonstances ! J’ai d’abord rencontré le père de Jean-Claude Brialy, qui était commandant militaire en Algérie, quand je faisais mon service militaire. Je me suis bien entendu avec lui, et il m’a un soir invité à manger chez lui. J’avais une vingtaine d’années, et je me suis retrouvé à table assis en face de Jean-Claude, qui était, lui, plus jeune. Je le voyais pour la première fois. Comme il était trop tard pour que je rentre à la caserne, j’ai dormi chez mes hôtes. Nous avons ensuite beaucoup sympathisé.


Parlait-il déjà de sa volonté de devenir acteur ?

Non, nous ne savions pas alors qu’il ferait ensuite du théâtre et du cinéma ! Il ne le savait sans doute pas lui-même. Nous nous sommes ensuite retrouvés à Paris et avons même joué ensemble, notamment dans le film Un meurtre est un meurtre, d’Etienne Périer, en 1972. Mais, avant cela, nous avions forgé les bases d’une belle et solide amitié.


Comment le définiriez-vous, en tant qu’acteur mais également en tant qu’homme ?


C’est quelqu’un qui avait une grande présence à l’écran et au théâtre. Un acteur avec une grande conscience professionnelle, très exigeant avec lui-même. Mais c’était également un ami très fidèle. Quelqu’un de très gentil, drôle, sympathique et généreux. Il avait le sens du partage, était extrêmement attentif aux autres, avant même de penser à lui-même.


Gardez-vous en mémoire un souvenir particulier ?


Je n’en garde pas un en particulier car nous avons vécu beaucoup de bons moments ensemble. Nous traînions souvent du côté de Saint-Germain-des-Prés. Dès que j’avais un peu d’argent, nous allions manger à la brasserie Lipp ! Il aimait beaucoup cela. J’allais aussi souvent le voir jouer, j’ai toujours gardé une immense admiration et amitié pour lui. Je le regrette énormément. Il m’arrive encore d’aller à Saint-Germain, où habitent des amis, et d’évoquer tous ces souvenirs formidables vécus avec lui… Mon Dieu, c’était une époque extraordinaire…