[César 2018] Alice Vial : « Je suis une scénariste/réalisatrice, qui joue avec parcimonie »

Sélectionnée en 2017 pour son travail sur "Les Innocentes", d'Anne Fontaine, Alice Vial revient cette année aux César pour son court métrage "Les Bigorneaux". Portrait.

« Mes parents ont toujours été ouverts à l’idée que je fasse un métier artistique. Au point que si j’avais dit à mon père que je voulais devenir expert-comptable, je pense qu’il aurait pleuré ! »

Par chance, Nicolas Vial, dessinateur de presse, et Marion Paoli, auteure et journaliste, ont pu économiser leurs larmes. Leur fille n’a pas opté pour les tableaux Excel et les colonnes de chiffres mais pour les pages Word et les rangées de lettres. Avant de se passionner pour la caméra.

Se décrivant comme une « scénariste-réalisatrice qui joue avec parcimonie », Alice Vial, née à Paris en 1986, a tout d’abord rêvé d’être actrice. Elle évolue dans cet univers, de 16 à 22 ans, enchaînant conservatoire de théâtre, castings et rôles (par exemple dans la série Flics d'Olivier Marchal). « J’adore jouer mais cela ne me suffisait pas, confie-t-elle. Il y avait toujours cette petite frustration, ce sentiment de ne pas être totalement à ma place. J’avais envie de faire des films, d’être aussi derrière la caméra. »

La jeune femme commence à écrire un premier long métrage. A l’instinct. L’expérience lui plaît. Mieux : elle se sent, enfin, en confiance, mais ne considère pas pour autant l’écriture comme une fin en soi. "Mon Graal, c’est vraiment la réalisation : la direction d’acteurs, le travail avec l’équipe décoration, la musique..."
 

Ecrire, raturer, réécrire

A l’exception d’un an passé à la Femis, sur le tard, en 2015, Alice Vial n'a pas suivi de formation théorique à l'écriture. « A 18 ou 20 ans, j’aurais été beaucoup trop sensible pour faire une école, je n’aurais pas su m’y épanouir personnellement ». Écrire, raturer, corriger, réécrire… L’apprentie scénariste a donc progressé en mettant directement les mains dans le cambouis, en travaillant de son côté, en collectif ou en participant à des résidences pour des projets spécifiques.

« Le processus de réécriture est essentiel pour moi : j’ai vraiment l’impression que chaque scénario que j’écris est mauvais au départ. Je peux avoir une idée qui me séduit, mais la façon dont l’histoire se déroule, dans la première version, est souvent médiocre. Il y a quelque chose de jouissif à voir l’ensemble s’améliorer petit à petit et gagner en profondeur. »

Sa force ? « Les personnages ». Sa principale faiblesse ? « Je suis un peu plus laborieuse sur la structure du récit, notamment quand j’écris un long métrage ». Une rencontre importante dans son parcours ? Marcel Beaulieu, scénariste québécois qui signa notamment le Farinelli de Gérard Corbiau (1994). Consultant au Groupe Ouest, il épaula Alice Vial et Sabrina B. Karine quand toutes deux planchaient sur l’écriture des Innocentes, d’Anne Fontaine. « C’est quelqu’un qui aime transmettre et accompagner les auteurs. Sa rencontre a changé beaucoup de choses pour moi. Il nous a appris à être complémentaires dans la coécriture. Il m’a également appris à me relier personnellement au projet, à y être connecté émotionnellement, sans pour autant tomber dans l’autofiction ».

Depuis 2012, Alice Vial a œuvré sur des longs et courts métrages, des fictions TV, une web série… Elle garde tout particulièrement en mémoire trois projets. Les innocentes : « Ce film m’a vraiment fait grandir. Il y a eu de la joie et de la douleur, mais cela m’a permis de comprendre ce que c’était de faire un film. Le processus d’écriture a été très long, et les rencontres faites durant celui-ci très belles ».

La web série Loulou, ensuite, qu’elle a créée et coécrite. « C’est un projet qui s’est fait dans la joie, avec un sentiment de liberté totale, sans autocensure. Et en nombre : nous sommes trois co-créatrices, il y a eu 8 réalisateurs sur la saison 1, et nous avons confié l'écriture à cinq autres scénaristes. Cela m’a appris à mettre mon ego de côté, et m’a enseigné que ce qui compte, c’est la série ».
 

Coquillages et crustacés

Le court métrage Les Bigorneaux, enfin, qu’Alice Vial a écrit et réalisé, en lice pour remporter un César. « Faire ce film, c'était juste une joie ultime. C’est le court le plus récent que j’ai tourné (après French it up !, L’Homme qui en connaissait un rayon et Gueule de loup, ndlr), et je trouve que c’est le plus abouti de tous. » Le projet est né d’une « envie de décor » : le Café du port, dans la baie de Brignogan (Bretagne), découvert durant une résidence d’écriture à l’époque des Innocentes.

Les Bigorneaux raconte l’histoire de Zoé, 30 ans. Serveuse dans un bar tenu par son père, Guy, un veuf du genre lunaire, elle s’épuise à tout prendre en charge. Un matin, Zoé se met à souffrir de vertiges et de nausées qui perturbent son quotidien. Elle craint d’être tombée enceinte, mais sa gynéco lui apprend qu’elle souffre d'une ménopause précoce...

« Je souhaitais parler des maux féminins, avec un beau personnage principal, et surtout mettre en place une situation dans laquelle des problèmes physiques permettent à une jeune femme de comprendre que la vie qu’elle mène ne lui convient pas. »

Alice Vial travaille actuellement sur l’écriture de deux épisodes de la série Femmes, créée par des membres de son collectif d'auteures, la Mafia Princesse – elle est par ailleurs membre des Indélébiles. Elle développe également son premier long métrage, une comédie dramatique provisoirement intitulée Les Anglais ne débarqueront plus, écrit avec Marie Lelong.

 

 

Cinq films qui ont marqué Alice Vial

  • Billy Elliot, de Stephen Daldry. « C’est un film extrêmement sincère, un film à la fois politique, social, poétique, bourré de trouvailles. C’est tout à fait ce que je vise : un cinéma humaniste, qui dit des choses, avec une BO géniale. Nous l’avions découvert au cinéma, en famille. Je me suis sentie habitée par le film pendant longtemps. »
  • Virgin Suicides, de Sofia Coppola
  • Breakfast at Tiffany's, de Blake Edwards
  • Snow Therapy, de Ruben Olstlund
  • Cria Cuervos, de Carlos Saura