Marcia Romano : « L’amour du scénario m’anime… »

Marcia Romano : « L’amour du scénario m’anime… »

22 décembre 2021
Cinéma
Marcia Romano
Marcia Romano Olivier Vigerie

Le 24 novembre dernier, sortaient simultanément dans les salles Suprêmes d’Audrey Estrougo, De son vivant d’Emmanuelle Bercot et L’Événement d’Audrey Diwan. Trois films coécrits par la scénariste Marcia Romano. Portrait.


Marcia Romano avance dans l’ombre. Pas très loin de la lumière cependant. Ainsi, le 24 novembre dernier, le nom de cette scénariste de 50 ans se retrouvait au générique de Suprêmes d’Audrey Estrougo, film sur les débuts du groupe NTM ; L’Évènement d’Audrey Diwan, adaptation du roman autobiographique d’Annie Ernaux ; et du drame sur la fin de vie d’Emmanuelle Bercot, De son vivant. Un triplé qui tient autant du hasard malheureux – « la crise sanitaire a bousculé les calendriers » commente l’intéressée jointe au téléphone –, qu’aux circonstances flatteuses, la sortie du film d’Audrey Diwan, récompensé d’un Lion d’or à Venise, ayant été avancée de quelques mois. Quoi qu’il en soit, cette exposition témoigne de la place centrale qu’occupe aujourd’hui « cette plume » au sein du cinéma d’auteur français.

La carrière de Marcia Romano a démarré sous les meilleurs auspices, notamment dans la roue de François Ozon en 2001 avec Sous le sable. Proche d’Emmanuel Bourdieu puis de Xavier Giannoli, elle accompagne également les débuts de Rebecca Zlotowski (Belle Épine) ou encore d’Audrey Diwan (Mais vous êtes fous). Marcia Romano a aussi signé un long métrage en tant que réalisatrice en 2015, Le Moral des troupes, errance rock’n’roll dans la nuit marseillaise, qualifié avec humour de « Trainspotting avé l’accent ! ». Pour autant, c’est avec les mots qu’elle se sent le plus à sa place.

« Je suis née en Argentine mais j’ai grandi en France, un pays où la littérature, donc l’écriture, est sacralisée. Très tôt, je rêvais de devenir scénariste mais j’avais plutôt en tête l’image de l’auteur hollywoodien de l’âge d’or. Mon modèle était Ben Hecht [Scarface, La Dame du vendredi, Les Enchaînés, La Chevauchée fantastique…]. J’imaginais le scénariste comme un être libre de proposer ses idées et surtout de les imposer à un producteur et à un réalisateur. » Marcia Romano, passée par le département scénario de la Fémis (promotion 1997) après des études de cinéma à l’université Paris-VIII, avoue que cette vision « fantasmée » du métier l’a obligée à « réajuster » les choses. « Un scénariste est avant tout au service de quelqu’un et sa marge de manœuvre est souvent très limitée. »

« Limitée » peut-être, mais chaque collaboration est par essence singulière. Si sur L’Évènement d’Audrey Diwan, elle n’a eu qu’un rôle « d’interlocutrice », elle a pleinement accompagné l’écriture de De son vivant et de Suprêmes. C’est à Marseille où Marcia Romano réside qu’Audrey Estrougo « en route pour un match de football au Vélodrome » lui parle pour la première fois de son envie de raconter la genèse du groupe de rap français NTM. « J’étais donc au tout départ de son projet. Je n’avais jamais travaillé avec Audrey auparavant. L’idée de signer une biographie filmée m’a tout de suite enthousiasmée. J’ai toujours voulu écrire une comédie musicale. Lorsque vous rédigez un scénario sur la vie de personnes ayant existé, il faut définir un périmètre restreint. Vouloir tout embrasser peut être un écueil. »
Marcia Romano connaît, en revanche, Emmanuelle Bercot depuis les bancs de la Fémis. Elle avait même écrit le scénario du court métrage de la réalisatrice, Les Vacances, en 1997.

Les deux femmes se sont retrouvées des années plus tard pour l’écriture de La Tête haute. « Le travail avec Emmanuelle passe beaucoup par des recherches sur le terrain. »

Pour De son vivant, je me suis rendue à l’hôpital dans des services d’oncologie. Non pas pour y trouver une matière à fiction, mais pour confronter le  romanesque à l’épreuve du réel. Nous ne partons jamais à l’aveugle. Emmanuelle a toujours une idée précise de ce qu’elle entend raconter.

L’Évènement, Suprêmes, De son vivant. A priori rien de commun entre ces trois projets. Et pourtant. « Il y a cet amour du scénario qui m’anime et cette recherche constante de la dramaturgie. Tout cela doit rester invisible. Lorsqu’un critique écrit “on sent le scénario”, ce n’est bien sûr pas un compliment… » L’avenir, Marcia Romano l’entrevoit avec un mélange de promesses et d’inquiétudes. « Le métier change tout le temps, cela oblige à s’adapter à de nouvelles contraintes, de nouvelles façons de faire… Chacun connaît ses limites. Je sais par exemple que l’écriture d’une série est un exercice compliqué pour moi. Éric Rochant m’avait proposé de travailler sur Le Bureau des légendes, mais je préfère l’intimité du duo à la réflexion de groupe où il faut être rapide, tout le temps opérationnel, partager un maximum d’idées… »

Si Marcia Romano aime bien l’ombre, elle sait toutefois qu’il lui faudra peut-être goûter un peu plus la lumière. « Les meilleur(e)s scénaristes français(e)s sont aussi  cinéastes, ce sont eux les vrais auteurs, qui décident de la marche à suivre et vont ensuite transformer vos mots en sons et en images. » Dont acte.