Jean Giono sur grand écran

Jean Giono sur grand écran

06 décembre 2019
Cinéma
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Le Hussard sur le toit
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Alors que le Mucem (Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée) de Marseille lui consacre une grande rétrospective (jusqu’au 17 février) à la veille des commémorations du cinquantenaire de sa disparition, retour sur cinq moments forts de la relation entre l’écrivain provençal et le cinéma.

La Femme du boulanger de Marcel Pagnol (1938)

Giono-Pagnol. Ces deux artistes-là sont indissociables quand il s’agit d’évoquer la Provence au cinéma comme en littérature. Et ce n’est évidemment pas un hasard si Marcel Pagnol est le premier à porter à l’écran une œuvre de Giono avec Jofroi en 1934, moyen métrage de 52 minutes récompensé cinq ans plus tard du Prix du meilleur film étranger par le New-York Critic's Circle. Suivront, Angèle (d’après Un de Baumugnes) en 1934, Regain en 1937 et La Femme du boulanger, tiré du roman Jean Le Bleu, paru en 1932. L’histoire est celle d’un boulanger de Haute-Provence qui décide de faire la grève du pain tant que sa femme n’est pas revenue de son escapade adultère avec un berger. C’est après avoir écrit un premier scénario - Le Boulanger Amable, centré sur un boulanger ivrogne sauvé de la déchéance par l’amour d’une servante d’auberge - que Pagnol tombe sur l’œuvre de Giono et décide de changer son fusil d’épaule tout en adoucissant le récit violent imaginé par l’écrivain. Alors qu’il s’agit d’un des rôles emblématiques de sa carrière, Raimu a bien failli ne pas jouer le boulanger en raison d’une de ses nombreuses fâcheries avec Pagnol. Pour incarner sa femme, le cinéaste rêvait de Joan Crawford, avant d’y renoncer à cause de l’incapacité de l’actrice à parler français. Il la remplaça par Ginette Leclerc, sur la suggestion de Raimu qui venait de la découvrir dans Prison sans barreaux. Admiré par Orson Welles, La Femme du boulanger a marqué son époque, pourtant, Giono reniera cette adaptation devant les « trahisons » opérées par Pagnol et décidera de proposer sa propre version au théâtre en 1943.

 

L’Eau vive de François Villiers (1958)

Mécontent de la manière dont ses livres sont adaptés au cinéma, Jean Giono décide de contrôler les transpositions de ses œuvres. Il tente d’abord, sans succès d’adapter à l’écran son roman Le Chant du monde et il faudra attendre 1958 pour le voir crédité pour la première fois comme scénariste sur L’Eau vive, qui raconte une querelle opposant une jeune femme et son oncle berger à des paysans aussi égoïstes que rapaces. Découvert en 1949 avec son premier long, Hans le marin, François Villiers se retrouve aux commandes de ce projet pharaonique, tourné sur 3 ans, à la demande d’EDF qui souhaitait garder une trace des gigantesques chantiers entrepris en Provence ces années-là. Présenté en compétition à Cannes et lauréat d’un Golden Globe du meilleur film étranger, L’Eau vive réunit plus de 4 millions de spectateurs, ce qui le place en huitième position du box-office France de 1958. Le film passera aussi à la postérité pour la chanson éponyme, tirée de sa bande originale, écrite, composée et chantée par Guy Béart, dont ce sera l’un des plus grands succès.

Crésus de Jean Giono (1960)

Jean Giono franchit une nouvelle étape en passant derrière la caméra pour ce qui sera sa seule et unique réalisation. Il signe un scénario original dans lequel un berger simple d’esprit découvre dans un champ une bombe de la Seconde Guerre mondiale remplie de billets de banque. Cette histoire s’inspire de l’Opération Bernhard, projet secret de l’Allemagne nazie visant à inonder l’Europe de faux billets de banque britanniques et américains pour déstabiliser les économies de ces pays. Giono n’est pas seul dans cette aventure puisqu’il s’entoure de deux assistants, cinéastes en devenir : Claude Pinoteau et Costa-Gavras. Après avoir été l’interprète de deux adaptations de Giono (dans deux Pagnol, Angèle et Regain), Fernandel a donc été choisi par l’auteur pour camper le rôle principal de Crésus, alors qu’il venait de triompher dans La Vache et le prisonnier. Le public sera de nouveau au rendez-vous avec près de 2,5 millions d’entrées.

L’Homme qui plantait des arbres de Frédéric Back (1987)

Dix-sept ans après sa disparition, Jean Giono continue d’inspirer le cinéma. Lauréat d’un Oscar pour son court métrage d’animation Crac en 1982, l’illustrateur québécois Frédéric Back décide de porter à l’écran une nouvelle de 1953 dans laquelle Giono évoque la vie d'Elzéard Bouffier, un berger qui entreprit, un peu avant la Première Guerre mondiale, de planter des arbres dans une région déserte aux confins des Alpes et de la Provence. Ecrite pour un concours du magazine américain Reader’s Digest, L’Homme qui plantait des arbres eut un retentissement mondial avant de devenir un manifeste de la cause écologique. Quant à son adaptation, saluée pour la beauté de son animation et la qualité des voix qui assurent la narration - Philippe Noiret (en version française) et Christopher Plummer (en version anglaise) -, elle valut à Frédéric Back le deuxième Oscar du court métrage de sa carrière. Six ans plus tard, le chanteur Renaud projettera le film chaque soir en première partie de sa tournée suivant son album Marchand de cailloux.

Le Hussard sur le toit de Jean-Paul Rappeneau (1995)

Jean Giono a longtemps rêvé de porter lui-même à l’écran le roman qu’il avait écrit en 1951. Il avait même réalisé en 1958 Le Foulard de Smyrne, un court métrage conçu comme le banc d’essai de cette adaptation. Mais le projet n’a jamais trouvé son financement. Ce n’est que des années plus tard que Jean-Paul Rappeneau réussit à s’en emparer. Entourés d’une pléiade de seconds rôles prestigieux (Gérard Depardieu, Pierre Arditi, Isabelle Carré, Jean Yanne, François Cluzet, Yolande Moreau...), Juliette Binoche et Olivier Martinez campent les deux héros de cette épopée romanesque dans la Provence de 1832 décimée par le choléra. Un projet ambitieux puisqu’avec un budget de 176 millions de francs (26 millions d’euros), il fut à son époque le film le plus cher jamais tourné en France. Et avec 2,5 millions d’entrées, il reste encore à ce jour le plus gros succès de la carrière de Juliette Binoche, devant Le Patient anglais. Depuis, Jean Giono n’a été porté qu’une seule fois à l’écran, en 2000 avec Les Âmes fortes de Raoul Ruiz.