Entretien avec Anne Luthaud à l'occasion des 50 ans du Grec

Entretien avec Anne Luthaud à l'occasion des 50 ans du Grec

06 mai 2019
Professionnels
Logo 50 ans du Grec
Logo 50 ans du Grec

Créé par Jean Rouch, Anatole Dauman et Pierre Braunberger, le Groupe de recherches et d'essais cinématographiques fêtera tout au long de cette année son 50e anniversaire. L'occasion de remettre à l'honneur de très nombreux noms de cinéastes qui y ont fait leurs premiers pas – voir à ce sujet la carte blanche parue dans Bref n°124 – et de mesurer à quel point la structure joue un rôle important dans le renouvellement des générations.

De fait, avec chaque année 25 films courts produits (ou plus), 800 candidatures étudiées par des professionnels, 80 auteurs-réalisateurs accompagnés et 45 autres présents dans ses ateliers et résidences, l'activité est très dense du côté de la rue Alexandre-Parodi, comme nous l'a confirmé Anne Luthaud, tandis que plusieurs productions “maison” seront proposées en ligne sur notre site dans les semaines à venir.


De quelle façon et dans quel esprit allez-vous célébrer cet important et bel anniversaire ?

Le Grec, qui est soutenu depuis ses débuts par le CNC, existe depuis 50 ans et nous avions avant tout à cœur de ne pas seulement nous situer du côté du patrimoine, même si de nombreux réalisateurs ayant continué à faire des films y sont passés. Beaucoup en ont d'ailleurs été marqués dans leur parcours, parmi des personnalités aussi différentes que Christian Boltanski, Catherine Corsini, Djamel Bensalah, Alain Guiraudie, les frères Larrieu, Claire Simon, Thomas Lilti, Katell Quillévéré et, plus récemment, Léa Mysius, Clément Cogitore ou encore Caroline Poggi et Jonathan Vinel. Mais surtout, ce lieu est toujours vivant et on continue à y produire des films – entre 25 et 30 courts métrages par an. Il nous apparaissait ainsi essentiel d’envisager cet anniversaire du point de vue d’aujourd’hui, en 2019, et en remontant dans le temps. Nous proposons donc tout au long de cette année une série de projections, le Grec étant aussi une structure dédiée à la diffusion, avec toujours l’idée très présente de l’accompagnement, tout au long de la fabrication, depuis le scénario jusqu'à la diffusion.
Beaucoup de cartes blanches nous ont ainsi été données dans des festivals, dès la fin d’année 2018 à Aix-en-Provence, puis à Clermont-Ferrand en février dernier et cela va continuer prochainement à travers d’autres manifestations, comme Côté court à Pantin en juin, mais aussi dans des salles partenaires comme, à Paris, le Nouvel Odéon ou la Cinémathèque française. Certains événements sont prévus à l’étranger, au Torino Film Market, au Brésil et même en Chine, à Pékin. Avec toujours cette idée de mêler, dans nos programmations, des œuvres récemment produites – donc des auteurs encore inconnus – ou un peu plus anciennes. Ce n’est pas toujours simple, notre catalogue comptant environ 1 200 titres aujourd’hui, dont 800 sont toujours visibles et diffusables.


Pouvez-vous décrire plus précisément quelques-uns des temps forts de ce cinquantenaire ?

En plus du travail de diffusion spécifique, nous produirons trois courts métrages de plus cette année, grâce à France 2, qui est entrée en préachat, pour Histoires courtes, sur des commandes passées à de jeunes réalisateurs ou réalisatrices passé(e)s par le Grec, autour de trois dates : 1969, 2019 et 2069. L’objectif est que ces films soient prêts pour la fin novembre, afin de clore cette année de célébration.

Autres temps forts, une soirée festive au CNC et une Nuit au Cinéma Le Louxor, à Paris, le 8 juin, en lien avec Côté court, comprenant beaucoup de rencontres avec les réalisateurs de plusieurs générations et qui nous donnera la possibilité de montrer plus de films que dans les autres cartes blanches.
Et puis, un volet de diffusion en ligne concernera à la fois Mubi, Tënk, MMédia (avec 50 films mis en ligne pour les 50 ans) et Brefcinéma, où des films du Grec seront proposés dans le cadre des programmations régulières ou au sein de corners dédiés. Notre souhait est toujours que les films soient vus le plus possible, que ce soit dans les festivals, en salles ou sur le Web...

Article sur le même sujet

06 mai 2019

Que reste-t-il aujourd'hui, selon vous, de l’époque “pionnière” des débuts ?

Quand Rouch, Braunberger et Dauman ont créé ce lieu, l'idée était vraiment de permettre à qui le souhaitait d’avoir toute la liberté de faire un premier film, d’essayer... Et c'est toujours le cas. Le Grec est un lieu ni à part, ni élitiste, mais où l’on peut débuter, sans aucune contrainte commerciale. Cela permet de raconter une histoire, expérimenter une forme pour la première fois et de la manière dont on le désire, par le biais de la fiction, du documentaire, de l'essai ou de l'expérimental.
Une autre chose à laquelle nous tenons beaucoup, par rapport à ce qu’est cet endroit, est l’idée de la transmission : les collèges et les différentes commissions sont construits en ce sens, avec des membres ayant eux-mêmes été aidés lors de leurs premiers pas. Il y a donc à chaque fois des paroles diverses, qui se complètent et se rejoignent sur des points de vue de cinéma. Nous veillons toujours à diversifier les profils et les sensibilités, avec ce souci constant d’exigence qui continue de caractériser le Grec.

Propos recueillis par Christophe Chauville

Interview parue dans la Newsletter de Brefcinéma le 4 avril 2019