Barbet Schroeder : à l’épreuve du temps

Barbet Schroeder : à l’épreuve du temps

02 novembre 2018
Cinéma
Maîtresse (1976)
Maîtresse (1976) Les Films du Losange

A travers ses fictions comme ses documentaires, le cinéaste n’a de cesse de sonder les contradictions et les obsessions de l’âme humaine. Voyage au cœur d’une filmographie vagabonde,  libre et sauvage…  Sélection à l’occasion de la grande rétrospective consacrée à Barbet Schroeder lors du Festival de film d’Amiens, du 9 au 17 novembre 2018.


More (1969)

A l’été 68, Barbet Schroeder part pour Ibiza en pleine fièvre hippie et tourne sa première fiction.  Co-écrit avec le dandy iconoclaste Paul Gégauff, éclairé avec élégance par Nestor Almendros et porté par la musique planante de Pink Floyd, le film n’a rien de l’objet « branché » censé célébrer un hédonisme triomphant mais offre un regard distancié et sans illusion sur une jeunesse perdue. More est structuré à la façon d’un récit initiatique qui part de la froideur du nord de l’Europe jusqu’aux soleils trompeurs d’Ibiza. Avec plus de 2 millions d’entrées en France, le film est un succès surprise.

Maîtresse (1976)

Sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, la censure s’assouplit en France. Barbet Schroeder en profite et signe un thriller sexuel sur fond de pratiques sadomasochistes. On suit le parcours d’Olivier (Gérard Depardieu) qui fait du porte-à-porte afin de repérer des appartements à cambrioler. Un jour, il tombe sur celui d’Ariane (Bulle Ogier), qui cache dans un sous-sol un « donjon ». Olivier va bientôt se retrouver pris au piège et devoir répondre aux exigences d’Ariane. Film sulfureux et violent qui au-delà de son sujet interroge les affres de la passion amoureuses, les rapports de force dans un couple mais aussi, à l’instar d’Hitchcock, la place du spectateur dans le partage d’une intimité offerte au regard de l’autre.

Le Mystère von Bülow (1990)

A partir de 1987, Barbet Schroeder débute une carrière américaine, d’abord guidé par sa passion pour l’écrivain Charles Bukowski. Cela donnera le film Barfly avec Mickey Rourke qui incarne un avatar du célèbre auteur puis le documentaire The Charles Bukowski Tapes. C’est durant cette période que le cinéaste suit à la télévision le procès von Bülow, du nom d’un milliardaire accusé d’avoir tué sa femme. Barbet Schroeder parvient à convaincre Oliver Stone de produire un film autour de cette affaire et réussit à imposer Jeremy Irons dans le rôle principal. Celui-ci emportera l’Oscar du meilleur acteur. Si de son côté, Barbet Schroeder passe à côté de la statuette, le succès du film l’impose définitivement aux Etats-Unis.

JF partagerait appartement (1992)

A Hollywood, dans les années 90, la mode est au thriller psychologique : La main sur le berceau, Troubles, Fenêtre sur Pacifique… Avec ce récit de double maléfique, Barbet Schroeder va offrir un modèle du genre. Alison (Bridget Fonda) se retrouve seule après une rupture dans un grand appartement new-yorkais. Cherchant une colocataire, elle fait confiance à Hedra (Jennifer Jason Leigh) qui va peu à peu usurper son identité. A l’aide d’une mise en scène stylisée et d’une précision chirurgicale, le cinéaste créait un suspense haletant. Gros succès au box-office.

La Vierge des tueurs (2000)

La suite de la carrière de Schroeder aux Etats-Unis ne retrouvera pas la force des débuts. C’est en Colombie que le réalisateur va se relancer. La Vierge des tueurs est l’adaptation d’un roman autobiographique de l’écrivain colombien Fernando Vallejo. Il s’agit d’une passion aussi intense que violente entre un vieil intellectuel et un jeune délinquant des quartiers de Medellin. Schroeder mêle intelligemment la force mélodramatique de ce récit et la puissance d’une réalité sociale incandescente. Un film vif, lumineux, d’une troublante énergie. Un des sommets artistiques de son auteur.

L’Avocat de la terreur (2007)

Comme il l’avait fait avec son film sur le général Idi Amin Dada en 1974, Barbet Schroeder dresse une nouvelle fois le portrait d’une personnalité controversée (ici l’avocat Jacques Vergès) dont l’égo démesuré empêche toute distanciation. Le cinéaste ne met pas frontalement son sujet face à ses contradictions mais révèle au contraire ses failles en lui laissant le champ relativement libre. Face  caméra, Vergès pérore et séduit à l’aide d’une rhétorique à toute épreuve, sans s’apercevoir que le masque se décolle lentement laissant apparaître un autre visage. A travers le parcours intime et professionnel du prestigieux avocat, c’est surtout un voyage à travers les heures sombres de l’Histoire de France (La collaboration via le procès Klaus Barbie, la décolonisation…) qui se déploie ici. Un très grand film récompensé d’un César en 2008.