Comment réalise-t-on un générique de film ?

Comment réalise-t-on un générique de film ?

23 janvier 2019
Cinéma
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Générique de Sueurs froides (Vertigo en VO) d'Alfred Hitchcock
Générique de Sueurs froides (Vertigo en VO) d'Alfred Hitchcock DR
Objet d’art ou séquence brillant par sa simplicité, le générique de début ou de fin d’un film est capital. En quelques secondes, il doit projeter le spectateur dans l’ambiance du film tout en étant une mine d’informations. Mais comment se réalise cette séquence ? Eléments de réponse avec Hoël Sainléger, graphiste et spécialiste des effets spéciaux au sein de la société de post-production La Ruche Studio.

Simples cartons dans les années 1920, le générique de film s’est peu à peu ouvert aux créateurs offrant parfois des aspects visuels très recherchés. Mais au-delà du style, le générique de début - ou de fin - a pour mission principale de présenter des informations autour du film, qu’il s’agisse de son casting, de son équipe technique, des crédits musicaux ou encore des partenaires financiers. Autant de données que les graphistes chargés de cette séquence reçoivent directement de la production. « En général, le générique se fait en dernier. Tous ceux qui ont aidé à financer le film ont leurs exigences comme apparaître dans le générique de début, dans celui de fin ou dans les deux. La production doit récupérer les droits musicaux du film, les noms des partenaires et de tous les ayants droit. Avec les coproductions à l’international, chaque partenaire de chaque pays doit par exemple envoyer ses informations. La production nous transmet ensuite tous ces éléments dans un fichier pour qu’on les intègre au générique », explique Hoël Sainléger, qui s’occupe des effets spéciaux et des génériques au sein de La Ruche Studio.

La création du générique se fait toujours en étroite collaboration avec le réalisateur de l’œuvre même si ce dernier peut laisser une « certaine liberté » au graphiste en charge de cette séquence. « Certaines personnes savent ce qu’elles veulent et font des demandes très claires. D’autres nous laissent faire des propositions. Tout dépend de sa manière de travailler. Pour la typographie, le genre du film peut avoir une influence mais le réalisateur choisit souvent selon son envie. On me demande parfois de proposer des typographies : je leur envoie donc plusieurs tests en me focalisant sur le thème du film ou sur des exemples présents dans des séquences du film afin de faire un rappel. J’aime également fonctionner par références visuelles : s’il pense à des choses, je demande au réalisateur qu’il m’envoie des exemples », poursuit-il.

Un art délicat

La simplicité du générique n’est pas toujours synonyme de facilité, précise Hoël Sainléger. « Pour le générique simple et déroulant, tel que je le pratique, nous sommes vraiment des prestataires de services : 95% du temps, je fais des cartons au début et un générique déroulant à la fin. Mais ce n’est pas parce qu’il est simple que sa création est rapide et facile. Pour certains, j’ai fait une vingtaine d’allers-retours pour trouver la bonne typographie, le bon écartement entre les lettres, les interlignes qui conviennent… », souligne-t-il ainsi.

Si dans certains cas les graphistes suivent la vision très précise qu’a le réalisateur, d’autres comme Saul Bass à l’époque ont une vraie liberté de création. « Nous avons été engagés pour créer le générique de Superman – avant les premières prises de vue du film. Nous avions une absence d’éléments à l’exception des noms des acteurs. Nous avons donc donné à ces noms le traitement de super-héros », explique par exemple le studio Greenberg Associates (R/GA) qui a réalisé le générique Superman en 1977.

 

Simple déroulant dans certains cas, le générique peut ainsi être une véritable œuvre d’art à forte valeur ajoutée. C’est le cas notamment pour celui de L’Homme au bras d’or d’Otto Preminger. Réalisé par Saul Bass, ce générique mise sur un style audacieux, tout en géométrie.

Ce graphiste, qui a révolutionné la création du générique dans les années 1950, a travaillé pour les plus grands réalisateurs tels qu’Alfred Hitchcock (Sueurs froides, La Mort aux trousses), Stanley Kubrick (Spartacus) ou encore Martin Scorsese (Les Affranchis, Les Nerfs à vif, Le Temps de l’innocence, Casino).

Quelles règles ?

En France, peu de règles régissent les génériques de cinéma. S’ils doivent impérativement rassembler les crédits musicaux ainsi que les noms des ayants droit, des membres de l’équipe technique, des acteurs, du réalisateur et des partenaires financiers, aucune contrainte de vitesse ou de durée n’existe. La situation n’est pas la même pour les productions à destination du petit écran. « Il y a des normes pour les chaînes de télévision. Pour un court métrage de France Télévisions par exemple, le générique ne doit pas dépasser une minute trente, début et fin compris. Tout va dépendre du type de réalisation et des chaînes : certaines ne voudront pas de logo dans le générique de fin, d’autres vont imposer une durée… », conclut Hoël Sainléger.