Décryptage : qu’est-ce que le 70mm ?

Décryptage : qu’est-ce que le 70mm ?

17 juillet 2019
Cinéma
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Ben-Hur
Ben-Hur MGM - DR - T.C.D
Dans le cadre du cycle « Plein les yeux ! », la Cinémathèque française propose du 25 au 28 juillet un week-end consacré aux films en 70mm. Retour sur l’histoire et les spécificités de ce format monumental.

 


Si le format « standard » du cinéma est le 35mm, le 70mm est sans doute le plus prisé et adoré des cinéphiles. En plus d’être un format de prestige, c’est un objet de fantasmes, en raison de ses dimensions hors normes et de la qualité d’image qu’il offre, bien supérieure aux autres formats. Parce que la dimension de la pellicule est plus large, la netteté est plus grande, les détails plus précis, l’image plus belle.

Le 70mm rappelle aussi que l’ambition du cinéma a été, depuis l’origine, de voir les choses en grand. De tendre vers la monumentalité. Les premières prises de vue en grand format datent des premiers temps du septième art – les frères Lumière tentèrent ainsi de projeter des images en 75mm à l’Exposition universelle de 1900. Mais la véritable naissance du 70mm a lieu en 1911, en Italie, grâce à un technicien pionnier nommé Filoteo Alberini, qui invente ce format offrant une qualité d’images « vraiment fabuleuse », selon Laurent Mannoni, le directeur scientifique du patrimoine de la Cinémathèque française.

Le format large sera ensuite exploré par les studios hollywoodiens dès les années 20-30, avec notamment un film comme La Piste des Géants (Raoul Walsh, 1930, un western épique sur la conquête de l’Ouest), dont certaines scènes furent tournées en 65mm. « Malheureusement, la crise économique des années 1930, les difficultés des exploitants, et enfin la complexité inhérente au format large (modifications de toute la chaîne de développement, tirage, séchage, sans parler des écrans dans les salles), précipitèrent la chute des premiers films 70 mm », poursuit Laurent Mannoni.

Au milieu du 20e siècle, l’essor du 70mm

L’explosion et la généralisation du 70mm a réellement lieu dans les années 1950, au moment où les studios rivalisent d’ingéniosité pour contrer le pouvoir grandissant de la télévision, qui détourne les spectateurs des salles. Les innovations se succèdent : Cinérama, Cinemascope, VistaVision, 3D, drive-in et même Odorama (cinéma odorant)… Un inventeur, Michael Todd, s’associe alors avec le laboratoire American Optical Company de Rochester pour mettre au point le Todd-AO, qui va permettre la généralisation du 70mm dans les salles de cinéma.

Il faut noter que, lorsque l’on parle de 70mm, le négatif est lui en 65mm. Lors de la prise de vues, on utilise un film large de 65mm avec cinq perforations de l’image, qui mesure 23mm de haut sur 54mm de large, au ratio 2,35. C’est au moment du développement et du tirage que les copies sont tirées sur pellicule 70mm, les 5mm supplémentaires étant réservés aux six pistes magnétiques de son stéréophonique. Pour éviter les scintillements, la cadence sera portée à 30 images/seconde dans les premières productions du genre.

Après la comédie musicale Oklahoma !, de Fred Zinnemann, en 1955, premier film à utiliser ce nouveau procédé, les œuvres de prestige visant à la monumentalité vont se succéder, de Ben-Hur (William Wyler, 1959) à Airport (George Seaton, 1970), en passant par La Chute de l’Empire romain (Anthony Mann, 1964) ou 2001, l’Odyssée de l’espace (Stanley Kubrick, 1968). Les salles s’équipent : écrans immenses, haut-parleurs, projecteurs Todd-AO lourds de 650 kilos…

Le 70mm, le format des cinéphiles

Le format passera ensuite de mode dans les années 80-90. Il faut dire que le coût des productions de ce format est prohibitif, tout comme l’équipement qu’il requiert. Une solution économique consiste parfois à « gonfler » en 70mm certains films tournés en 35mm – mais avec alors une perte de définition de l’image (c’est par exemple le cas du Cardinal, d’Otto Preminger, en 1963).

Ces dernières années, alors que le numérique semblait avoir gagné la bataille contre la pellicule, le 70mm est revenu en force, grâce à l’obstination d’une poignée de cinéastes passionnés par les possibilités offertes par ce format : Paul Thomas Anderson avec The Master, Christopher Nolan avec Interstellar, Quentin Tarantino avec Les Huit Salopards… Il y a dans la démarche de ces cinéastes-cinéphiles plus qu’un geste nostalgique : une volonté de faire découvrir à une nouvelle génération les joies de l’écran large et d’une expérience de cinéma totale et absolue.