« Des cinés, la vie ! » : votez, créez, partagez

« Des cinés, la vie ! » : votez, créez, partagez

23 novembre 2023
Cinéma
A.O.C, un court métrage au programme
"A.O.C", de Samy Sidaly, court métrage au programme des Cinés, la vie ! 2023-2024 Mabel Films

Cette opération nationale est destinée aux jeunes suivis par la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). Alors que la 18e édition a été lancée récemment au CNC, tour d’horizon d’un programme qui lie éducation aux images et éducation à la citoyenneté.


Initiée en 2006, Des cinés, la vie ! (DCLV) est une opération nationale d’éducation aux images et à la citoyenneté destinée aux jeunes, mineurs et majeurs, placés sous main de justice et pris en charge par l’ensemble des services de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). Déployée en métropole et dans les territoires d’outre-mer, elle est pilotée par l’association L’Archipel des lucioles (anciennement Passeurs d’images) qui a pris le relai de la structure Kyrnea international en 2018. « Avec Des cinés, la vie !, les jeunes découvrent de nouvelles formes cinématographiques comme le court métrage, ont l'opportunité d'aiguiser leurs sens de l'observation, de l'analyse et de développer leur esprit critique, explique Lydie Sélébran, chargée des publics prioritaires au sein de L’Archipel des lucioles. L'échange et le vote individuel autour des films de la sélection responsabilisent les jeunes et valorisent l'importance du débat. »

Soutenue par le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), le ministère de la Justice (Direction de la protection judiciaire de la jeunesse) et le ministère de la Culture (Délégation générale à la transmission, aux territoires et à la démocratie culturelle), l’opération Des cinés, la vie ! fait partie du catalogue des manifestations nationales de la PJJ, et dans ce cadre, son portage est confié à la Direction interrégionale de la PJJ en Île-de-France et outre-mer.

« Voir » et « faire » le cinéma

En 2022, 223 structures de la PJJ ou du SAH (secteur associatif habilité) ont participé à l’opération dont l’Unité éducative en milieu ouvert (UEMO) d’Arcueil. « Le cinéma permet de créer du lien avec ces jeunes dont certains sont très éloignés de l’insertion », témoigne Jean-François Gautheur, éducateur et référent insertion au sein de la structure. Depuis bientôt dix ans qu’il participe à l’opération, Jean-François Gautheur travaille à transmettre aux jeunes sa passion pour le septième art dans toute sa diversité. « Le court métrage est majoritairement une découverte pour eux, puisqu’ils consomment surtout des séries et des blockbusters ». À Arcueil, les jeunes visionnent ensemble les films de la sélection sur deux ou trois demi-journées pendant les vacances scolaires. Des séances organisées depuis l’année dernière avec l’UEMO de Vitry-sur-Seine. « Chacune de ces séances est réfléchie. Dans quel ordre programmer les films ? Lequel doit-on diffuser en premier ? Comment conserver leur attention ? Il faut leur donner envie de revenir le lendemain », souligne l'éducateur. Documentaire, animation, film en prise de vues réelles, œuvres expérimentales : les courts métrages choisis pour chacune des éditions de l’opération font la part belle à la pluralité des genres, à la parité et à la représentation de l’outre-mer. « Deux autres critères fondamentaux », rappelle Lydie Sélébran.

 

Chaque année, un comité constitué de représentants des institutions partenaires de l’opération, de professionnels de la PJJ, du SAH, de la culture et du cinéma se réunissent pendant deux jours dans les locaux de l’Agence du court métrage. 30 films leur sont proposés parmi lesquels ils doivent choisir une dizaine que visionneront et départageront les jeunes. Avec une nouveauté mise en place en 2022 : la participation au comité d’un jeune placé sous main de justice. « L’objectif est de croiser toujours plus les regards, explique Lydie Sélébran. En revanche, on ne s’interdit rien et surtout on s’oppose à l’idée de proposer uniquement aux jeunes des films miroirs ». Chaque édition suit une thématique. Après « Et demain » l’année dernière, c’est une 18e édition aux couleurs des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 qui se prépare désormais. « Le thème « En jeu(x) » s’est imposé naturellement. Mais nous ne souhaitons pas contraindre mais faire de cette sélection un terrain d’expérimentation pour les jeunes », soutient Lydie Sélébran. Car au-delà du visionnage des films et du vote, les structures participantes à l’opération ont aussi la possibilité de « faire ». C’est le deuxième volet des Cinés, la vie ! « Une fois que les jeunes ont vu les films, débattu et voté, il leur reste du temps avant la remise des prix. Le « faire » va donc prendre plusieurs formes », explique Lydie Sélébran. 

Chaque structure est en effet invitée à réaliser un trophée Des cinés, la vie ! en s’inspirant du film lauréat ou du fil rouge de l’édition en question. L’année passée, le Centre éducatif fermé (CER) de Mulhouse (Haut-Rhin) et le Centre éducatif et d’insertion (CEI) Le Bigard de Querqueville (Manche) ont respectivement fabriqué les trophées de Dorlis (Enricka M) et de Pile-Poil (Lauriane Escaffre et Yvo Muller), les deux lauréats ex-aequo. Dimensions, poids, matériaux utilisés… : les structures préparent un dossier détaillé et argumenté pour défendre leur réalisation. « Un comité de pilotage arbitre ensuite entre les différentes propositions de trophées, note Lydie Sélébran, même si l’objectif n’est pas d’instaurer une compétition entre les jeunes, mais plutôt de leur donner envie de s'impliquer au maximum dans l'opération ».

Trophée du CER Mulhouse pour Dorlis
 
 
En parallèle des débats organisés sur la sélection au sein des structures, des ateliers pratiques peuvent être mis en place et donner lieu à des productions (courts métrages, podcasts, bandes annonces, création d’affiches etc.). « Je me souviens d’une initiative réalisée avec la structure Hors Cadre, un de nos partenaires en Hauts-de-France  : les jeunes discutaient de dos sur des extraits de films qui défilaient. Un réel exercice critique réalisé en studio sur fond vert qui permettait également de contourner la problématique des droits à l’image », explique Lydie Sélébran. Une année, nous avions pu être accompagnés par un cinéaste pour réaliser un court métrage à partir de diapositives grattées. Un jeune avait pu s’exercer à la voix off », raconte Jean-François Gautheur.

Chaque début de rentrée scolaire, les professionnels des structures PJJ et SAH sont conviés aux Journées de lancement de l’opération qui se déroulent au CNC. Présentation des films de la sélection, échanges et conseils rythment ce rendez-vous annuel. « On les invite à contacter leurs référents justice et les coordinations Passeurs d’images pour pouvoir justement organiser des ateliers d’initiation au cinéma accompagnés de professionnels ou nouer des partenariats avec des salles de proximité afin de permettre aux jeunes de voir les films en salle », précise Lydie Sélébran. 

Trophée du CEI Le Bigard de Querqueville pour Pile-Poil

Les encadrants repartent avec le coffret DVD des films et le lien pour accéder au livret pédagogique de l’édition, support désormais dématérialisé. « Nous mettons à leur disposition ce livret qui comprend des focus sur des séquences, des propositions de films passerelles, des arrêts sur image ou encore un lexique des termes de cinéma, détaille Lydie Sélébran.

Débattre et confronter les idées

Quand il organise les séances avec ses collègues des UEMO d’Arcueil et de Vitry-sur-Seine, Jean-François Gautheur cherche à mettre à l’aise les jeunes afin qu’ils puissent libérer leur parole. « Dans ces ateliers, on travaille aussi l’estime de soi. C’est important de leur faire confiance, de leur montrer qu’ils sont capables de parler de thèmes sérieux et que nous les prenons au sérieux. Ils ne s’y attendent pas toujours, témoigne l’éducateur. Je leur demande d’argumenter leurs réponses, un exercice qui n’est pas évident. Car parler d’un film demande de prendre du recul. J’essaie de leur donner des billes pour qu’ils réussissent ». Faire circuler la parole dans une démarche de citoyenneté : l’autre ciment des Cinés, la vie !. « C’est se dire : ma voix compte, j’existe en tant que citoyen », ajoute Lydie Sélébran. S’exprimer, libérer la parole sur des sujets parfois douloureux qui font écho à des traumatismes vécus, mais aussi accepter la contradiction ou les désaccords. « À travers le cinéma, on essaye de leur apprendre la nuance », poursuit Jean-François Gautheur.

Peuvent participer à l’opération, l’ensemble des mineurs et jeunes majeurs sous protection judiciaire pris en charge au sein de tous les services de la PJJ, sans limite de nombre au sein d’une même structure ou d’un même établissement. Il s’agit donc des services territoriaux éducatifs de milieu ouvert, des services territoriaux éducatifs d’insertion, des établissements de placement éducatif, des centres éducatifs fermés, des centres éducatifs renforcés, des services éducatifs intervenant dans les quartiers pour mineurs en maison d’arrêt et dans les établissements pénitentiaires pour mineurs, des dispositifs relais fondés sur le partenariat PJJ – Éducation nationale et enfin des jeunes qui relèvent des dispositifs de prévention spécialisée, des missions locales et des classes relais. « Les jeunes que nous accueillons en milieu ouvert sont sous le coup d’une mesure judiciaire ordonnée par le juge des enfants au civil ou au pénal », explique Jean-François Gautheur. Pendant le temps où ils sont suivis par la Justice, une partie de notre rôle en tant qu’éducateur est de rapporter au juge la manière dont ils évoluent. Leur implication dans l’opération Des cinés, la vie ! est un élément en leur faveur ».

 

L’opération se conclut chaque année avec les Journées de valorisation qui se tiennent sur deux jours en Île-de-France. La première journée est dédiée au « parcours image » : les jeunes participent à des activités culturelles et des ateliers de pratique artistique (tournage, montage, réalisation d’un gif animé…) au sein de structures partenaires comme la Maison du geste et de l’image (MGI) ou le Forum des images. Le lendemain, la Cinémathèque française les accueillent pour un atelier d’éducation aux images le matin, avant la traditionnelle remise des prix aux lauréats dans la salle Langlois, l’après-midi. L’année dernière, la réalisatrice Emmanuelle Bercot est venue échanger avec les jeunes pour l’occasion. « Je me souviens de leurs regards émerveillés. C’est également le rôle des Cinés, la vie ! de leur faire découvrir les coulisses et les métiers du cinéma, de susciter le désir », souligne Lydie Sélébran. « Des cinés, la vie ! c’est aussi un moyen de leur montrer que tout est possible. Qu’ils peuvent eux aussi se mettre à créer, à réaliser, rapporte Jean-François Gautheur. Avec un téléphone, on peut déjà faire beaucoup… ».

Les Journées de valorisation des Cinés, la vie ! 2023-2024 se dérouleront au printemps 2024 à Paris.

des cinÉs, la vie !

 

La liste des films de l’édition 2023-2024 : Boza (Séverine Sajous et Anna Surinyach, 2020), À trois (Claudia Bottino, 2022), A.O.C (Samy Sidali, 2022), L’Air de rien (Gabriel Hénot Lefèvre, 2022), Au revoir Jérôme ! (Chloé Farr, Gabrielle Selnet et Adam Sillard, 2021), Beach Flags (Sarah Saidan, 2014), Le Bout de la piste (Sophie Thouvenin, 2018), Haut les cœurs (Adrian Moyse Dullin, 2021), Les Liaisons foireuses (Chloé Alliez et Violette Delvoye, 2021), La Naissance d’un guerrier (Gino Pitarch, 2021), Sur les mains (Audrey Espinasse et Sami Lorentz, 2018), Ville éternelle (Garance Kim, 2022)