Disparition de Bertrand Tavernier, la mémoire du cinéma

Disparition de Bertrand Tavernier, la mémoire du cinéma

25 mars 2021
Cinéma
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Bertrand Tavernier
Bertrand Tavernier CNC
Il se définissait comme un « cinéphile intrépide, bienveillant, hospitalier ». Bertrand Tavernier a écrit quelques-unes des plus belles pages du cinéma, explorant tous les genres avec génie. Du Juge et l’Assassin à Voyage au cœur du cinéma français en passant par Que la fête commence,  le cinéaste-scénariste-producteur déclarait son amour du septième art dans chacun de ses films. Président de l’Institut Lumière, il avait à cœur de préserver et de transmettre le patrimoine cinématographique d’ici et d’ailleurs. Retour sur le parcours d’un érudit, qui symbolisait la mémoire du cinéma.

Fils de l'écrivain René Tavernier, fondateur de la revue Confluences qui, sous l'Occupation, publia les écrits de Louis Aragon et de Paul Eluard, Bertrand Tavernier est né à Lyon en 1941. L’enfant est bercé par les histoires de son père, qui lui fait le récit quotidien de ses lectures, aiguise sa curiosité pour les romans d’Alexandre Dumas, de Jules Verne, et lui fait découvrir la Bibliothèque verte. « Mon père avait une culture encyclopédique. Il m’a communiqué ce besoin de savoir et de découverte » raconte-t-il lors de ses entretiens avec Noël Simsolo publiés dans Le Cinéma dans le sang (éditions Ecriture).

La famille déménage à Paris au début des années 1950. Le garçon, envoyé au sanatorium pour soigner une tuberculose, y fait ses premières découvertes cinématographiques avec Le Dernier Atout de Jacques Becker – qui deviendra l’un de ses cinéastes de référence. Son père l’emmène voir Retour aux Philippines d’Edward Dmytryx au Rex, Les Clairons sonnent la charge de Roy Rowland au Triomphe, sa grand-mère paternelle - une intellectuelle lyonnaise qui traduisait Alberto Moravia dans l’anonymat - lui fait découvrir Les Aventures du capitaine Wyatt de Raoul Walsh avec Gary Cooper en version originale, Fanfan la tulipe de Christian-Jaque… Le jeune Tavernier développe alors une fascination pour l’aventure romanesque et les films à caractère historique, et se met à rêver de cinéma en admirant les affiches de films qui ornent les couloirs du métro parisien.

Nickel Odéon

Au Lycée Henri IV, il rencontre Volker Schlöndorff, avec qui il fréquente la Cinémathèque de la rue d'ULM avec assiduité. Animé par une curiosité insatiable, le jeune cinéphile veut tout voir et passe plusieurs heures par jour dans les salles obscures. Son bac en poche, il entame des études de droit à La Sorbonne, qu’il délaisse rapidement, préférant s’investir dans le ciné-club qu’il crée avec le poète Yves Martin, Pierre Maginot et Bernard Martinand (futur directeur de la programmation de la Cinémathèque). Lancé en 1961, le « Nickel Odéon » a pour ambition de promouvoir les westerns, les films noirs, les comédies musicales, « des genres dédaignés mais que nous rêvions de découvrir ». A la première séance, les compères louent une copie de Tous en scène de Vincente Minnelli, qu’ils diffusent dans une petite salle de projection… en présence du cinéaste. Suivent Les Bas-fonds de Frisco de Jules Dassin, La Poursuite infernale de John Ford, Quand la ville dort de John Huston... Les apprenti-programmateurs raisonnent selon un critère primordial : l’éclectisme. 

En parallèle, Bertrand Tavernier « pige » pour des revues de cinéma, tels que Cinéma 60, Télérama, Positif, Les Cahiers du Cinéma. Avec des amis de La Sorbonne, il fonde le journal L’Etrave, dans lequel l’un de ses articles sur Jean-Pierre Melville lui vaut de se faire engager auprès du cinéaste qui le fascine tant.  Le jeune critique s’improvise assistant réalisateur sur Léon Morin Prêtre, une expérience éprouvante, Melville restant fidèle à sa réputation de tyran. Le jeune homme apprend néanmoins l’obstination, la rigueur et l’économie de moyen. A l’issue de cette expérience peu concluante, le cinéaste le présente au producteur Georges de Beauregard qui l’embauche comme attaché de presse. Parmi les films qu’il promeut, A bout de souffle de Jean-Luc Godard, Lola de Jacques Demy, Cléo de 5 à 7 d’Agnès Varda, Landru de Claude Chabrol…

Ce métier lui permet d’approfondir son « éducation cinématographique », suivant tout le cheminement d’un film, de sa préparation à la sortie en salle en passant par le tournage, le mixage et le montage. Sensible aux affiches publicitaires, il rencontre des affichistes de talent (René Ferracci, Michel Landi…), et est le premier à développer le contenu des dossiers de presse qui accompagnent les films - réduits à l’époque aux potins mondains -, y  intégrant des interviews des artistes et des textes de présentation signés par les réalisateurs.

C’est à cette époque que Bertrand Tavernier fait ses premiers pas de cinéaste en réalisant deux sketches, Les Baisers en 1963 et La Chance et l'Amour en 1964. Il poursuit ses activités d’attaché de presse en indépendant jusqu’au début des années 1970 et défend les films de Pierre Granier-Deferre, de Joseph Losey, de Robert Altman, de Claude Sautet, avec qui il se lie d’amitié. Celui-ci lui apprend les ressorts d’un bon scénario : « la manière de terminer une scène sans en imposer la fin, savoir quand changer de rythme, inclure une scène apparemment inutile mais qui soude des éléments secrets… Ses idées étaient souvent lumineuses, jamais dogmatiques. C’était mon mentor » raconte-t-il.

L’Horloger de Saint-Paul

En 1973, Bertrand Tavernier se lance dans la réalisation de son premier long métrage : l’adaptation de L’Horloger d’Everton, un roman de Georges Simenon, qu’il rebaptise L’Horloger de Saint-Paul. Il transfère l’histoire à Lyon, sa ville natale, et s’entoure des scénaristes Jean Aurenche et Pierre Bost (Doucede Claude Autant-Larra), séduit par leur écriture moderne.

Si le jeune cinéaste rencontre des difficultés à obtenir les financements nécessaires, il trouve en Philippe Noiret non seulement un interprète magistral mais aussi un soutien infaillible. Le film finit par être tourné au bout de deux ans, remporte un franc succès et est récompensé du Prix Louis-Delluc et de l’Ours d’argent à Berlin. Le public et la critique sont conquis, louant le réalisateur pour avoir réussi à faire de ce polar social une œuvre toute personnelle.
C’est ainsi que débute une longue collaboration (neuf films) entre Bertrand Tavernier et Philippe Noiret. Evoquant ses souvenirs de tournage dans ses Mémoires cavalières (éditions Robert Laffont), l’acteur révèle alors : « Tavernier avait le gout de la troupe. Si vous avez un type comme Tavernier, attentif, aimant son prochain, intéressé, curieux, passionné par ce qu’il fait, cela créé une atmosphère très stimulante pour tout le monde. A mes yeux, la vraie direction d’acteurs n’est pas autre chose. »

Que la fête commence

Bertrand Tavernier impose rapidement son éclectisme comme moteur de son cinéma. Alors que les propositions d’adaptation de polar se multiplient à la sortie de L’Horloger de Saint-Paul, le jeune cinéaste choisit de réaliser un film en costumes, refusant de s’enfermer dans un registre cinématographique particulier. A la sobriété de son premier film succède ainsi le fantasque Que la fête commence, inspiré de La Fille du Régent d'Alexandre Dumas, et co-scénarisé à nouveau avec Jean Aurenche.

Porté par Philippe Noiret, Jean Rochefort et Jean-Pierre Marielle, le film, abordé comme une chronique quotidienne, met en scène la conspiration de Pontcallec pendant la régence du duc d’Orléans. Tavernier s’amuse à tordre le cou au caractère hiératique que l’on attribue à l’Histoire, se gardant néanmoins de la manipuler. Il plonge son film dans la démesure et l'excessif, dessinant des personnages du XVIIIe siècle modernes, proches des spectateurs, et adopte la formule de Jean Rochefort pendant le tournage : « Faire comme si la caméra avait été inventée en 1778 ».

Le succès est de nouveau au rendez-vous : le film remporte quatre César en 1976, dont celui du meilleur réalisateur et du meilleur scénario original ou adaptation.

Le Juge et l’assassin

Féru de reconstitutions historiques, le cinéaste s’inspire pour son nouveau film d’un fait divers : la cavale d’un tueur multirécidiviste dans les campagnes françaises à la fin du XIXe siècle. Le Juge et l’assassin confronte ainsi un meurtrier, malade mental marginal et solitaire, interprété par un Michel Galabru formidable – sa prestation est alors couronnée du César du meilleur acteur en 1977 -,  et un juge cynique et ambitieux, l’ami Noiret.

En toile de fonds,  la France profonde au temps de l’affaire Dreyfus, une époque où la bourgeoisie, par l’intermédiaire de la médecine, de la justice, de la peine de mort, s’octroyait les pleins pouvoirs. Si Bertrand Tavernier, influencé par l’efficacité du cinéma américain, assume le choix d’une narration classique, autour d’une histoire solide et des personnages forts ancrés dans une réalité sociale, il met un point d’honneur à proposer dans chacun de ses films une réflexion critique et politique sur la société et les mœurs.


« Plonger chaque fois dans un monde inconnu »

Animé par l’envie de faire des films librement et sans compromis, le réalisateur crée sa société de production, Little Bear, au début de l’année 1975. Il délaisse alors les films historiques pour s’atteler à un film plus intime et contemporain : Les Enfants gâtés. Le cinéaste tourne comme il pense, au fil de ses indignations, observant la société française et ses malaises.

Fuyant toute tentative de définition, Bertrand Tavernier aborde les genres les plus divers, allant de la science-fiction (La Mort en direct, avec Romy Schneider et Harvey Keitel, qui pointe du doigt le voyeurisme contemporain) aux films de guerre (La Vie et rien d'autre et Capitaine Conan, sur l’après Première Guerre mondiale), en passant par la fresque médiévale (La Passion Béatrice), le roman classique lyrique (La Princesse de Montpensier, film étudié plus tard, en classe de terminale) ou par l'adaptation d’une bande dessinée humoristique sur les coulisses du pouvoir (Quai d’Orsay d’après Christophe Blain et Abel Lanzac). Il révèle : « Je veux plonger à chaque fois dans un monde inconnu. Un film doit permettre de découvrir un pays, une époque, un milieu social, un moment de l’Histoire via un principe de mise en scène. Et il faut casser les cadres ! Si je fais un film sur un peintre, les plans ne doivent pas avoir l’air de tableaux, la caméra doit bouger, tout le temps. »

Une constante se dégage néanmoins de son cinéma : son regard lucide et critique sur le monde qui l’entoure et son sens de l'émotion, qui transparait dans les films d'inspiration plus personnelle (Un dimanche à la campagne, 1984,  Daddy nostalgie, 1989). 

En réalisant Coup de torchon (1981), le cinéaste poursuit ses observations au vitriol. Avec la complicité de Jean Aurenche, il adapte 1275 âmes de Jim Thompson, transpose l’action dans l’Afrique coloniale et compose une satire bouffonne et tragique dans laquelle se révèlent les plus bas instincts d’une humanité désabusée. Personnages vils et cruels, dialogues savoureux, mise en scène frénétique, et distribution grandiose (Philippe Noiret et Isabelle Huppert à contre-emploi, Jean-Pierre Marielle, Stéphane Audran…). Tavernier frappe fort, récolte douze nominations aux César et une à  l'Oscar du meilleur film étranger, et signe un film devenu culte pour les cinéphiles.

Une passion indéfectible pour le septième art

En quête d’un renouvellement perpétuel, Bertrand Tavernier dit aborder chaque nouveau film « comme s’il s’agissait de mon premier. Je me méfie des règles, des recettes toutes prêtes. Plus ça va, moins je sais. ». Animé par sa passion indéfectible pour le septième art, ce « cinéaste de l’inattendu » continue de naviguer d’un univers à un autre. Après avoir réalisé La Fille de d’Artagnan, film de cape et d’épée avec Sophie Marceau, il signe avec L'appât (co-scénarisé par son épouse, Colo Tavernier) un thriller glaçant, inspiré d’un fait divers, qui remporte l’Ours d'or Berlin en 1995. Avec Laissez-passer (2000), le réalisateur rend hommage aux artisans du cinéma des années quarante qui, malgré l'Occupation et le contrôle allemand sur les maisons de production, ont refusé de renoncer à leur art.

Féru de cinéma américain – il est l’auteur d’Amis américains, un livre d'entretiens réalisés avec les grands d'Hollywood, signe 50 ans de cinéma américain, qui fait office aujourd’hui encore de « bible » pour les cinéphiles -, Bertrand Tavernier pose sa caméra en Louisiane. Nous sommes en 2007 et cet amoureux de littérature, grand admirateur de l’écrivain James Lee Burke, adapteDans la brume électrique, un polar dans lequel Tommy Lee Jones campe un inspecteur qui enquête sur des meurtres atroces, tandis que resurgit une guerre de Sécession omniprésente.

Cinéaste engagé

Abordant la fiction et la réalité avec « le même regard  qui refuse la manipulation », le cinéaste qui aime explorer de nouveaux territoires tourne plusieurs documentaires. Pour la télévision, il filme Philippe Soupault et le surréalisme (1982), une série d’entretiens avec le poète injustement exclu du mouvement artistique. Parti pour le sud des États-Unis réaliser avec Robert Parrish Mississippi blues, consacré au jazz, son autre passion, il développe un projet de fiction dont les héros seraient des jazzmen d'outre-Atlantique vivant à Paris. Autour de minuit sort en salles en 1986 et vaut au compositeur Herbie Hancock de remporter le César et l’Oscar de la meilleure musique du film.

En 1988,  il rend hommage à la ville de son enfance. En compagnie de son père, il évoque dans Lyon, le regard intérieur – documentaire pour la série télévisée Chroniques de France -,  ses souvenirs, l’histoire de la cité, source d’inspiration inépuisable, mais aussi les coutumes et les mentalités lyonnaises.

Cinéaste engagé qui « attrape des sujets qui le touchent », Bertrand Tavernier travaille à mettre en lumière les injustices. Après La Guerre sans nom (1992), documentaire sur la guerre d’Algérie, et De l’autre côté du périph (1998), réalisé en réaction à la loi Debré réglementant le séjour des étrangers en situation irrégulière, il prend sa caméra et filme, avec son fils, Niels, Histoires de vies brisées ­ Les « double peine » de Lyon (2001).  Il y donne la parole à un groupe de sans-papiers lyonnais qui entament une grève de la faim pour protester contre la double peine dont ils sont victimes.

Le réalisateur poursuit dans la veine documentaire avec L.627, du nom d’un article du Code de la santé publique qui réprime les infractions liées à la drogue. Il filme avec réalisme les conditions de travail difficiles d’une brigade des stupéfiants, pointant du doigt le décalage entre les moyens prévus par la loi et ceux mis à disposition de la police. En 2003, il s’intéresse à la difficulté des adoptions avec Holy Lola(2003), film entre documentaire et fiction, co-écrit par sa fille Tiffany.

Cinéaste sur tous les fronts

Très au fait des dossiers qui agitent sa profession - de la défense de l'exception culturelle au combat contre la censure -, le cinéaste s'engage sur tous les fronts tout au long de sa carrière. Nommé président de la Société des réalisateurs de films en 1979 et 1986,  vice-président de la Société des Auteurs et compositeurs dramatiques (SACD),  il œuvre à améliorer le statut d’auteur-réalisateur, à défendre la protection et conservation des œuvres et à proposer au public des œuvres diversifiées.

S’il reste très attaché à découvrir- et faire découvrir- les films en salles, le cinéphile éclairé s’engage également aux côtés des éditeurs DVD, qui répondent à cette question de transmission et de sauvegarde du patrimoine. Bertrand Tavernier préside alors la commission vidéo et VàD du CNC de 2010 à 2012. Sa mission : « Soutenir les éditeurs qui font des choix artistiques audacieux aussi bien parmi les films d’aujourd’hui que parmi ceux d’hier. Soutenir l’audace, la curiosité. Et aussi prendre sérieusement en compte le travail éditorial : la qualité des copies et des transferts, le choix et la pertinence des bonus et suppléments, l’intérêt des commentaires, le sous-titrage pour les malentendants... Bref, tout l’accompagnement qui va faire d’un DVD un objet indispensable pour les amoureux du cinéma, les étudiants et les enseignants de toute sorte. Cette réflexion est également valable pour l’édition en vidéo à la demande. » affirme-t-il dans un entretien accordé au CNC fin 2010.

Ardent défenseur du patrimoine cinématographique

Bertrand Tavernier est sensibilisé à la question de préservation des films dès l’époque du Nickel Odéon, rencontrant alors de nombreux cinéastes qui ne pouvaient pas montrer leur film, ne sachant pas où se trouvaient les copies. Dès lors, il n’a de cesse de militer pour la sauvegarde des films, clamant haut et fort que  « préserver le patrimoine, c’est préserver la mémoire. Parvenir à restaurer des films de Julien Duvivier, Chris Marker, Alain Resnais, reconstituer une version complète, est un moyen de les saluer, de les remercier. »

Porté par cette même ambition de « protéger et transmettre la mémoire du cinéma », il préside l’Institut Lumière depuis sa création en 1982 aux côtés de Bernard Chardère. Située au cœur de Monplaisir, quartier historique de Lyon où les frères Lumière ont inventé le Cinématographe, cette « maison du cinéma » rassemble la mémoire du cinéma dans un lieu emblématique où l’on conserve le patrimoine sous toutes ses formes (films, photographies, objets de tournage…). Des séances quotidiennes de grands classiques et de films méconnus, des rétrospectives et des expositions font revivre les classiques du cinéma auprès des spectateurs, cinéphiles ou néophytes.
Conscient de l’image poussiéreuse dont souffrent les « vieux films », Bertrand Tavernier imagine avec la complicité de Thierry Frémaux, délégué général de l’Institut Lumière depuis 1995, un festival dédié aux films de patrimoine à redécouvrir en salles. Né en 2009, le Festival Lumière défend l’idée d’un cinéma pluriel. « Le refus des chapelles et des clans, c’est quelque chose que l’on porte à l'Institut Lumière. On s’intéresse aux grands classiques du cinéma français mais aussi à Clint Eastwood, on rend hommage à Agnès Varda mais aussi à Henri Decoin. Ce dernier était regardé avec condescendance. »

C’est d’ailleurs afin d’assurer une continuité entre le passé et le présent que le cinéaste se lance dans un projet abyssal, à l’image de sa cinéphilie : Voyage à travers le cinéma français est un documentaire de plus de 3h, un plaidoyer sous la forme de déclaration d’amour au septième art qui a nécessité six ans de travail. Compilant des extraits et des archives, le cinéaste se fait conteur, traverse les genres et les époques, et embarque le spectateur dans ses souvenirs. Il réhabilite au passage les réalisateurs (Jean Grémillon, Max Ophüls, Jean Delannoy), scénaristes, dialoguistes, compositeurs (Paul Misraki, Pierre Henry, Maurice Jaubert, Georges Van Parys) et paroliers que l’Histoire a oubliés. « Ces films m'ont donné le goût de la mémoire. Et la mémoire réchauffe : ce film, c’est un peu de charbon pour les nuits d’hiver ».

Bertrand Tavernier en 10 films, disponibles en VàD