Eurimages : 30 ans de soutien au cinéma

Eurimages : 30 ans de soutien au cinéma

17 octobre 2019
Cinéma
"Cold War" de Paweł Pawlikowski Diaphana Distribution
Actif depuis 1989, ce fonds de soutien à la coproduction, le plus important au monde sur le plan financier, souffle sa trentième bougie. Une excellente occasion pour nous pencher sur son fonctionnement, ses objectifs et ses résultats. Décryptage.

Depuis sa création à l’initiative de 12 pays membres du Conseil de l’Europe, dont la France, la mission première d’Eurimages est restée la même : le soutien à la coproduction de longs métrages de cinéma entre pays membres, même s’il intervient également pour le soutien à la distribution et l’exploitation. Ce fonds de soutien est un « accord partiel » du Conseil de l’Europe, c’est-à-dire une institution qui ne réunit que les pays souhaitant y participer et y contribuer, et dont la gestion quotidienne est confiée à des personnels du Conseil. 40 Etats sont aujourd’hui membres d’Eurimages. Des pays européens, bien entendu, mais pas seulement. Le Canada en fait ainsi partie depuis 2017, tandis que l’Argentine vient également de l’intégrer.

La France, principal contributeur

Les orientations stratégiques du Fonds, la nomination de son président et le choix des projets soutenus relèvent de la responsabilité du Comité de direction d’Eurimages, composé de représentants des Etats membres. Constituée de 22 agents du Conseil de l’Europe, l’équipe permanente du Fonds est actuellement dirigée par le juriste italien Roberto Olla. La présidence d’Eurimages est assurée quant à elle depuis 2016 par l’ancienne ministre de la Culture française Catherine Trautmann. Un poste qu’occupa auparavant Jacques Toubon, de 2002 à 2009.

Le budget d’Eurimages est constitué principalement par les contributions obligatoires des Etats membres. Ces contributions sont calculées selon une formule prenant d’abord en compte le PIB et la population de chaque pays. La France en est le principal contributeur : sur un budget 2019 total de près de 26 millions d’euros, la France contribue à hauteur de 4,4 millions.

Près de 21,3 millions d’euros de ce budget sont consacrés au soutien à la coproduction. Ces crédits sont répartis sur les quatre sessions annuelles du Fonds. Les aides, octroyées sous forme d’avances remboursables, sont plafonnées à 500.000 euros et 17% du budget du film (25% pour les documentaires).

Notes sur 10

Pour être éligibles, les projets de longs métrages doivent avoir au moins deux coproducteurs européens (ils en ont parfois jusqu’à 6 et en ont en moyenne 2,5) et avoir réuni au moins 50 % des financements sur chacun des territoires de la coproduction. Ce critère des financements acquis limite fortement le nombre des projets éligibles au soutien : entre 30 et 65 par session.

Les décisions de soutien sont prises par le Comité de direction d’Eurimages sur la base d’une recommandation faite par deux groupes de travail composés de 6 à 7 représentants de certains États membres. Cette composition change à chaque session pour permettre à tous les délégués de participer à l’un des groupes au moins une fois sur une série de trois sessions consécutives. La composition des groupes respecte la diversité géographique du Fonds. En tant que grand contributeur, la France siège alternativement avec l’Allemagne et l’Italie.

Les membres du groupe étudient les dossiers à l’ordre du jour préalablement à la réunion, notamment en lisant les scénarios des projets, ainsi que l’ensemble des documents artistiques, juridiques et économiques mis à leur disposition. L’examen de chaque projet consiste en une audition des représentants (délégués nationaux) des coproducteurs de chaque film.

Chacun des membres du groupe attribue ensuite au projet une note sur 10. Chaque projet est ensuite classé en fonction de la note moyenne. La proposition que le groupe fait au Comité de direction est constituée de la liste des projets les mieux notés et dont le montant total des aides est finançable par l’enveloppe disponible pour cette session. Les décisions doivent respecter les critères définis par le règlement d’Eurimages : qualité et originalité du scénario, vision et style du réalisateur, contribution de l’équipe de création et niveau de coopération artistique et technique, cohérence et niveau de financement confirmé, potentiel de circulation du film.

Au cours des dernières années, de nombreux films soutenus par Eurimages ont réalisé de belles carrières et obtenu les plus hautes récompenses cinématographiques. C’est le cas par exemple d’ Amour de Michael Haneke (Palme d’Or 2012 et Oscar du meilleur film étranger en 2013), La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche (Palme d’Or 2013), Winter Sleep de Nuri Bilge Ceylan (Palme d’Or 2014), Ida de Pawel Pawlikowski (Oscar du meilleur film étranger en 2015), Cold War de Pawel Pawlikowski (prix de la mise en scène Cannes 2018) ou encore Atlantique de Mati Diop (Grand Prix à Cannes en 2019)… A l’exception d’Ida, tous ces films ont été coproduits par la France. Un constat représentatif de la place très importante qu’occupe notre pays au sein d’Eurimages : la proportion, parmi les projets candidats à l’aide, de ceux coproduits majoritairement ou minoritairement par la France, oscille en effet selon les sessions entre un tiers et la moitié.
 

Les 30 ans d'eurimages

Le 30e anniversaire d’Eurimages est célébré à Strasbourg ce jeudi 17 octobre. Dominique Boutonnat, président du CNC, Marija Pejcinovic Buric, secrétaire générale du Conseil de l’Europe, Catherine Trautmann, présidente d’Eurimages, prendront la parole. Le ministre de la Culture Franck Riester prononcera une allocution vidéo. Ces prises de parole seront suivies de la projection du film d’animation Les Hirondelles de Kaboul, coproduction entre la France, le Luxembourg et la Suisse soutenue par Eurimages. La projection sera suivie d’un débat.