Les secrets des effets spéciaux

Les secrets des effets spéciaux

13 août 2019
Cinéma
La Guerre des étoiles
La Guerre des étoiles Lucasfilm - DR - TCD
Le champ des effets visuels au cinéma s’est considérablement développé ces dernières années. Pas une production française ou américaine qui n’envisage d’avoir recours aux VFX. Au moment où certaines entreprises françaises du secteur (BUF, Mac Guff ou Mikros Image) deviennent incontournables, Pascal Pinteau, auteur de Effets spéciaux, 2 siècles d’histoires, nous aide à faire le point sur ce domaine particulier.

D’où vient le terme VFX ?

C’est un terme anglais qui est l’abréviation de visual effects (effets visuels). On le préfère aujourd’hui au terme français « effets spéciaux » qui a toujours été un peu fourre-tout. Dans le jargon américain, on divise les trucages en différentes catégories : les « practical effects » sont les effets spéciaux réalisés devant la caméra en direct comme la pluie ou la neige, tandis que les « visual effects » sont ceux réalisés à partir d’une image déjà créée. Cela comprend tout ce qui relève de la retouche d’image.

De quand datent les effets visuels?

Dans les tout premiers temps du cinéma, on avait déjà développé des effets inspirés des techniques photographiques comme les « Cache / Contre–cache » pour assembler dans la même scène deux éléments filmés à des moments différents. Puis, on a fait des choses de plus en plus sophistiquées jusque dans les années 1930, où on a fabriqué la tireuse optique qui permettait de recopier petit à petit des bouts de pellicule pour faire une image puzzle. Egalement appelée « image composite », elle est utilisée par exemple dans King Kong en 1933. D’autres techniques se sont développées et puis, à la fin des années 1990, sont arrivés les effets spéciaux numériques qui ont permis de faire plus simplement tout ce qu’on faisait auparavant avec les effets spéciaux optiques sur pellicule. Depuis, il y a eu de nouvelles évolutions importantes. Aujourd’hui, on peut d’ailleurs presque tout faire : créer un monstre comme effacer une perche dans le champ.

Quels sont les effets visuels les plus connus ?

On peut citer le « matte painting » qui consiste à rajouter sur la pellicule des peintures. Parmi les plus célèbres de l’histoire du cinéma, il y a évidemment la fin de La Planète des singes avec la Statue de la Liberté qui dépasse de la plage ou les plans emblématiques et flamboyants d’Autant en emporte le vent, et bien sûr beaucoup de plans de La Guerre des étoiles. Ces techniques sont aujourd’hui numériques et permettent même de donner une impression de volume.

Ces derniers temps, on a vu fleurir des acteurs rajeunis numériquement. Quel est le secret de leur cure de jouvence ?

C’est une vraie révolution ! En maquillage, on sait très bien vieillir un acteur en rajoutant sur son visage des prothèses avec des rides, de la peau. Par contre, il est quasiment impossible de lisser davantage le visage d’une personne.  Certains ont bien tenté de recourir aux élastiques tendus mais ce n’était pas probant. Pour faire ce qu’on appelle le « desaging », il faut créer un masque numérique de l’acteur, une sorte de double, et le plaquer sur son visage en mouvement.

Y a-t-il une limite à ce qu’on pourra faire avec l’image ?

Il faut savoir que plus l’effet est réaliste, plus il demande une énorme capacité de calcul à des microprocesseurs qui doivent stocker beaucoup de données. On ne peut pas tromper l’œil humain avec ce qu’il a l’habitude de reconnaître. Jon Favreau, réalisateur du Livre de la jungle et du Roi Lion, avait prévenu Disney qu’il ne se lancerait sur le projet que s’il confondait un animal créé par ordinateur et son jumeau en images réelles. La société MPC, après des années de recherche, lui a montré un plan d’oiseau-mouche et il était incapable de dire si c’était de la synthèse ou des images réelles. MPC est arrivée aujourd’hui avec Le Roi Lion à une perfection saisissante. On se rapproche de plus en plus de la réalité anatomique. Cet exploit est au moins aussi important dans l’histoire de l’animation que ne l’a été Avatar dans l’histoire de la science-fiction.

Quelle est la place des sociétés françaises dans ce secteur ?

Elle est de plus en plus importante. D’abord, parce que la France possède un excellent système éducatif : les écoles françaises sont parmi les meilleures dans ce domaine. Ensuite la science-fiction et le fantastique gagnent du terrain en France, après avoir été méprisés pendant des années. Enfin, les sociétés françaises nées avec les effets numériques sont régulièrement sollicitées par les productions américaines. Aujourd’hui, il faut faire de nombreux effets visuels invisibles sur un film : effacer un câble dans un film d’époque, changer la vue d’un appartement, rajouter de la foule…

Quels sont les films français où les effets visuels sont les plus impressionnants pour vous ?

Il y a une séquence hallucinante dans Le Boulet d’Alain Berbérian et Frédéric Forestier où la Grande Roue se décroche de son axe et roule dans le Jardin des Tuileries. Plusieurs sociétés y ont contribué. C’est un film de 2002, mais cette scène reste, jusqu’à aujourd’hui, la plus complexe que j’ai vue.

Pascal Pinteau, Effets spéciaux, 2 siècles d’histoires (éditions Bragelonne)