Patrick Dewaere en 7 metteurs en scène

Patrick Dewaere en 7 metteurs en scène

16 juillet 2020
Cinéma
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Hôtel des Amériques d'André Techiné
Hôtel des Amériques d'André Techiné Sara Films- Parafrance Films- Les Acacias
Voilà 38 ans, le 16 juillet 1982, on apprenait la disparition brutale à seulement 35 ans de Patrick Dewaere. Retour sur sept cinéastes qui lui ont offert ses rôles plus marquants.

Bertrand Blier

Bertrand Blier est loin d’être le premier à avoir filmé Patrick Dewaere au cinéma. Dès les années 50, sous son vrai nom Patrick Maurin, on l’aperçoit chez Marc Allégret (En effeuillant la marguerite), Henri-Georges Clouzot (Les Espions), René Clément (Paris brûle-t-il ?) et même Gene Kelly (La Route joyeuse). Mais Bertrand Blier est celui qui va lui permettre d’accéder à la notoriété en 1974 avec Les Valseuses qui suit les 400 coups de deux voyous en cavale. Pour ce film qui bouscule les conventions, Blier veut des comédiens peu connus du grand public. Pour jouer face à Depardieu, circulent les noms de Jacques Weber, Francis Huster et Coluche. Mais Blier choisit finalement Dewaere, qu’il a repéré au Café de la Gare. Le coup de foudre amical avec Depardieu est immédiat. Et le film joue avec la complicité de ces deux zébulons que Blier réunit à nouveau en 78 dans Préparez vos mouchoirs. Dewaere y joue cette fois-ci un prof de musique, à qui son meilleur pote demande d’essayer de rendre le sourire à sa femme. Son naturel fait mouche et le film décroche l’Oscar du film étranger. Dewaere aurait dû, dans la foulée, retrouver Blier dans Buffet froid mais cette fois-ci Depardieu lui est préféré. Il le retrouvera cependant une dernière fois en 1981 dans Beau-père où il campe un trentenaire tombant sous le charme d’une adolescente. La composition de Dewaere est quasiment unanimement louée mais pour la septième et ultime fois, il repart bredouille des César. Ces échecs resteront une plaie qui ne se refermera jamais. Blier aurait dû le diriger une quatrième fois dans La Femme de mon pote avec Coluche et Miou-Miou mais le sort en décidera autrement.

 

 

Claude Miller

En 1976, Patrick Dewaere décide de faire confiance au directeur de production de François Truffaut qui se lance dans la réalisation : Claude Miller. Dans La Meilleure façon de marcher, il incarne un animateur de colonie de vacances grande gueule qui surprend un de ses collègues travesti en femme et noue avec ce dernier une relation ambigüe. Un rôle un temps envisagé pour Philippe Léotard. Sa prestation à fleur de peau lui vaut une fois de plus les louanges de la presse. La critique salue sa capacité à faire ressortir une sidérante vulnérabilité derrière l’aspect tonitruant de ce matamore au machisme exacerbé. Et Dewaere considèrera ce film comme le meilleur de sa carrière avec Série noire. Pourtant, une fois encore, les César préfèreront saluer la prestation de Michel Galabru pour Le Juge et l’assassin.

 

 

Jean-Jacques Annaud

C’est en suivant, en 1973, l’épopée du modeste club de Guingamp en Coupe de France qu’Annaud a eu l’idée de cette satire au vitriol du monde du foot. Ecrit par Francis Veber, Coup de tête voit le jour six ans plus tard. Pour le rôle de l’ailier droit, d’abord accusé d’un viol qu’il n’a pas commis avant de devenir le héros de la petite ville de Trincamp pour ses exploits sportifs, le réalisateur de La Victoire en chantant n’a qu’un nom en tête : Patrick Dewaere. Mais la Gaumont ne veut pas en entendre parler : Dewaere vient de les « planter » en renonçant à La Carapate de Gérard Oury en dépit du contrat qu’il avait signé. Sans compter que les assurances hésitent à le couvrir à cause de ses ennuis avec la drogue. Alain Poiré, le patron de la firme à la Marguerite aimerait d’ailleurs  que ce soit plutôt... Gérard Depardieu qui incarne le rôle principal. Mais Annaud ne lâche rien. Il ne veut pas de la flamboyance de Depardieu, mais un acteur capable de jouer, à l’inverse, en mode plus mineur. Et il impose son choix. Dewaere travaille énormément pour être au point physiquement. Tout le tournage se passera sans heurts jusqu’à la dernière semaine où les démons de Dewaere vont resurgir. Le comédien est de plus en plus à fleur de peau. Il est persuadé que Depardieu est meilleur acteur et qu’il n’est, lui, qu’un joueur de seconde classe. Pourtant, ici, tout son jeu dit le contraire.

 

Alain Corneau

Sans Patrick Dewaere, il n’y aurait jamais eu de Série noire. Dans la foulée des succès de Police Python 357 et de La Menace, Alain Corneau adapte avec Georges Pérec Des cliques et des cloaques de Jim Thompson. Le cinéaste pourtant est prêt à abandonner le projet si le seul acteur à qui il pense pour Franck Poupart, l’excentrique représentant de commerce rêvant d’une vie aventureuse, refuse  sa proposition. La rencontre a lieu dans un bistrot. Et le soir-même, Dewaere accepte, enthousiaste. C’est LE rôle qu’il attendait, aux confins du cinéma d’auteur et du cinéma de genre. Et il va s’y plonger à corps perdu, allant même jusqu’à voler un imperméable au magasin Tati de Barbès, certain que ce costume serait la seconde peau idéale de Poupart. A ce moment, chez lui, la frontière entre réalité et fiction explose. Il perd 10 kilos, se frappe réellement la tête jusqu’au sang contre le capot d’une voiture dans une des scènes les plus fortes du film. Et Corneau est au diapason : il tourne avec plusieurs caméras pour laisser les séquences se dérouler dans la longueur, avec aussi peu de prises que d’éclairage et un son enregistré en direct via des micros sans fil portés par ses comédiens. Dewaere ne cessera de le répéter : Série noire restera son meilleur souvenir de tournage. L’absence de toute récompense aux César et sa défaite contre Claude Brasseur dans La Guerre des polices n’en sera que plus violente. Mais ce film et ce rôle lui vaudront un rendez-vous avec Orson Welles pour un projet qui, hélas, ne vit jamais le jour.

 

Claude Sautet

Quand il écrit Un mauvais fils, la chronique du retour d’un toxicomane chez ses parents après avoir purgé 5 ans de prison pour trafic d’héroïne, Claude Sautet a d’abord en tête Gérard Depardieu qu’il a déjà dirigé dans Vincent, François, Paul et les autres. Avant de changer d’avis. Il pense qu’il lui manque quelque chose d’angélique et d’enfantin. Tout ce qu’il va trouver en Patrick Dewaere, chez qui ce rôle va trouver un écho avec ses propres problèmes d’addiction. Avec Un mauvais fils, Sautet souhaite sortir de sa zone de confort. Exit donc les fidèles Jean-Loup Dabadie et Claude Néron au scénario, place à deux journalistes Daniel Biasini (alors marié à Romy Schneider) et Jean-Paul Török. Dewaere veut tellement ce rôle qu’ayant entendu que Sautet aimerait qu’il rase sa fameuse moustache, il le fait sans le prévenir et débarque ainsi à un rendez-vous de travail, surprenant le cinéaste qui se dira très touché par le geste. Une fois encore la sensibilité à fleur de peau du comédien fait des merveilles et son face-à-face avec Yves Robert qui incarne son père marque les esprits. Le film aurait dû rencontrer le succès auprès du public mais un fait divers va court-circuiter sa notoriété : après avoir frappé un ami journaliste de France-Dimanche qui l’avait trahi, Dewaere devient persona non grata dans les médias. Il n’est invité nulle part pour parler du film et dans la presse écrite, son nom au générique est même remplacé par ses initiales « P.D. ». La carrière d’Un mauvais fils s’en ressentira.

 

André Téchiné

Elle s’appelle Hélène. Il s’appelle Gilles. Une nuit à Biarritz, un accident les a réunis et a fait d’eux des amants. Une passion déchirante entre une femme encore endeuillée par la mort de celui qu’elle aimait et un homme qui rêve d’ailleurs. Cette histoire, André Téchiné l’a imaginée pour réunir devant sa caméra deux comédiens qu’il n’a jamais dirigés : Catherine Deneuve et Patrick Dewaere. Jamais ces deux-là n’avaient croisé le fer à l’écran. Et cette première restera unique. Le comédien poursuit ici dans la veine de ces rôles qui, de Coup de tête à Série noire, auront constitué la colonne vertébrale de sa carrière : les désenchantés solitaires, débordant de mélancolie. Sur le plateau, Téchiné est frappé par sa précision mais il va lui demander d’en faire moins pour camper pleinement ce personnage objet d’un désir dont il se sent indigne. Dewaere disparaîtra trop tôt pour qu’ils puissent retravailler ensemble.

Claude Lelouch

Si Paradis pour tous d’Alain Jessua marquera l’ultime apparition de Patrick Dewaere à l’écran en 1982, il était déjà en train de préparer son rôle suivant quand il a décidé de mettre fin à ses jours. Dewaere s’apprêtait à jouer le boxeur Marcel Cerdan dans le film Edith et Marcel de Claude Lelouch. C’est en 1974 que le cinéaste avait repéré ses talents de boxeur lors d’un combat face à un pro. Et huit ans après, il lui offre ce personnage face à Evelyne Bouix qui campera Edith Piaf. Dewaere travaille comme un forcené, perd 5 kilos pour atteindre son poids de forme. Et puis un jour, au Club 13 où il déjeune avec le cinéaste, Dewaere reçoit un coup de fil qui semble changer son humeur jusque là joyeuse. Il part en donnant rendez-vous à Lelouch en fin de journée pour une séance de travail. Il ne se présentera jamais à ce rendez-vous.