Quels films montrer aux enfants de 3 à 5 ans ? La sélection de Lydia et Nicolas Boukhrief

Quels films montrer aux enfants de 3 à 5 ans ? La sélection de Lydia et Nicolas Boukhrief

20 avril 2020
Cinéma
Le Voyage dans la Lune
Le Voyage dans la Lune Star Film - DR
Quels films montrer à ses enfants en temps de confinement ? Auteurs du livre 100 grands films pour les petits,, Lydia et Nicolas Boukhrief (réalisateur de Made in France, Le Convoyeur ou Trois Jours et une vie) nous livrent leurs recommandations pour les petits à partir de trois ans et de cinq ans.

« Il ne faut pas hésiter à découper les films, assure Nicolas Boukhrief. Si au bout de vingt minutes l'enfant s'ennuie, on lui dit qu’on continuera le lendemain. C'est exactement ce qu'on fait avec les contes, qu’on lit en plusieurs fois. Il ne faut pas hésiter : ils ne sont pas tenus d'être aussi concentrés que nous. On peut leur montrer des images plus lentes, mais en plusieurs fois. Et évidemment, voyez les films avec vos enfants : si vous les mettez devant, ils vont mille fois préférer regarder Star Wars ! »

A partir de trois ans

Le voyage dans la Lune de Georges Méliès (1902)

« Méliès est l’un des premiers créateurs du cinéma de l’imaginaire. Il invente la science-fiction et fait partie de ces metteurs en scène qui ont d'abord rêvé les histoires, et ont après cherché le moyen d'arriver à les fabriquer. Le film est très poétique, avec un rythme trépidant qui captive les enfants. C'est du concentré de cinéma, ça montre à quel point le septième art est un art de synthèse. La version colorisée du Voyage dans la Lune est certainement plus festive pour les enfants que la version noir et blanc. Et il existe plusieurs bandes-son, dont une enregistrée par le groupe Air. On préconise d’ailleurs d'enlever la musique originale des films muets pour mettre la musique qu'on entend à la maison. C'est beaucoup moins ennuyeux pour les petits que des gens qui jouent du piano. Pour les plus grands, c’est l’occasion de leur faire comprendre les liens qui existent entre les cinéastes et de leur montrer Hugo Cabret, l’hommage de Scorsese à Méliès. Ça fait habilement le pont entre le tout début du cinéma et le tout récent, avec la 3D numérique. On peut aussi imaginer un double programme avec des films des Lumière, comme La Sortie de l'usine Lumière à Lyon ou L'Arrivée d'un train en gare de La Ciotat, de façon à montrer les deux pans du cinéma : d’un côté celui qui tendait vers une volonté documentaire, voire réaliste, et de l'autre l'imagination pure. »

 

 

Nanouk l'Esquimau de Robert Flaherty (1922)

« Ce sont les premières images jamais tournées d'Inuits. Flaherty était un aventurier qui a passé des années sur place. C’est un film qui nous apprend le mode de vie des Inuits au début du siècle, avec des images primitives, toutes blanches… C'est totalement dépaysant et en temps de confinement, ça fait voyager. Nanouk L’Esquimau est d'une douceur absolue, avec des moments purement extatiques. C'est instructif et Flaherty a construit cette famille qui n'existait pas dans la réalité. Ce qui l'intéressait était de montrer comment on fait un igloo, comment on chasse le phoque... C'est l’un des tous premiers documentaristes. »

 

 

Silly Symphonies (1929-1939)

« Des petits films musicaux produits par Walt Disney, sur lesquels il a fait travailler ses studios. C'est là qu'il a mis au point tous les outils d'animation, de musique et de création, qui lui ont permis de faire Blanche-Neige et les Sept Nains après. Les Silly Symphonies étaient projetés dans les salles et sont très souvent adaptés de contes européens. C'est très poétique, et même éducatif et pédagogique par moments : dans l’un des films, un enfant va dans le pays des jouets et apprend les choses qu'il peut et ne peut pas toucher. Ce sont de petits chefs-d’œuvre (beaucoup ont d'ailleurs eu l’Oscar), totalement dépourvus d’agressivité. C'est une très bonne façon de rentrer dans l'univers Disney, à une époque où ils étaient au top, avant que le studio ne devienne une grande industrie. C'est également la matrice de Fantasia, un film qu'il est d’ailleurs possible de montrer par sketches aux plus de cinq ans. »

 

A partir de cinq ans

Monte là-dessus de Fred C. Newmeyer (1923)

« Dans le registre burlesque il y a évidemment La Ruée vers l'or avec Chaplin, que tout le monde doit connaître. Alors je dirais Monte là-dessus. Un immense film, très drôle. L'histoire d'un petit provincial qui va dans la grande ville – le film possède d’ailleurs un aspect documentaire passionnant sur ce qu'était New York en 1920. On voit ce jeune homme travailler dans un grand magasin et il y a cette scène folle de l'ascension de l’immeuble, une pure démonstration de perspective. C’est un moment d'éducation optique maximal : ce qui est intéressant là-dedans, c’est de montrer aux enfants qu’à chaque étage, la perspective change, et du coup les péripéties également. C’est du pur burlesque, qui captive les mômes. »

 

Les courts métrages de Charley Bowers

« C'est un cinéaste qui avait totalement disparu, jusqu’au jour où le directeur de la Cinémathèque de Toulouse a retrouvé des bandes que quelqu'un allait jeter. Charley Bowers mélange l'animation et les images réelles dans des films d’une vingtaine de minutes. C’est un bricoleur fou qui a imaginé un personnage d’inventeur. Il met par exemple au point des chaussures qui dansent toutes seules, préfigure le fast-food... Une série de petits courts métrages très drôles et brillants. C’est une autre façon de découvrir le burlesque avec un personnage que les adultes connaissent peu et que les enfants adorent parce qu'il est enfantin et créatif. Un plaidoyer pour la création et l’invention. »

 

Les Contes de l'horloge magique de Ladislas Starewitch (1924-1928)

« Un cinéaste russe très connu dans son pays qui a fini par devenir irrémédiablement bolchevique. Il a produit avec sa fille et sa femme des films qui mélangent aussi images réelles et animation. Ce sont trois petits contes merveilleux de vingt minutes, très bien écrits. Il y a dedans toute une esthétique qui préfigure ce que l'on pourra découvrir dans les films de l'Est des années 40, 50, 60 et 70. La durée courte est évidemment importante, car on ne peut pas mettre que des longs métrages aux enfants : à un moment, ils s'usent ! C'est totalement immersif et captivant. Ce sont des films avec des valeurs morales et identificatoires très saines, très poétiques. C’est une éducation aux films en stop-motion, à l’image par image, et une belle introduction à l'animation en volume. »