Simone Signoret, une actrice engagée

Simone Signoret, une actrice engagée

30 septembre 2020
Cinéma
Simone Signoret et Yves Montand (c) Prd DB - DR
Simone Signoret et Yves Montand Prod DB - DR
Alors que l’on commémore ce 30 septembre les 35 ans de la disparition de la comédienne, retour sur quatre films où ses rôles ont rejoint les nombreux combats qu’elle a pu mener dans sa vie, hors des plateaux de cinéma.

Un matin comme les autres de Yannick Bellon (1956)

Cinq ans après avoir épousé Yves Montand, Simon Signoret tourne pour la première fois à ses côtés dans ce court métrage de 30 minutes. Un segment du film à sketches La Rose des vents (co-signé par Alberto Cavalcanti, Sergueï Guerassimov, Gillo Pontecorvo et Alex Viany) composé de cinq portraits de femmes engagées dans des luttes sociales à travers le monde, en France donc mais aussi au Brésil, en URSS, en Italie et en Chine. Simone Signoret incarne une jeune institutrice d’une petite ville industrielle de la région parisienne qui prend fait et cause pour des gens menacés d’expulsion avant de se retrouver mutée dans une autre école. Supervisé par Joris Ivens, Un matin comme les autres traite de l’insalubrité des logements en banlieue à un moment où ce sujet n’est que peu traité par le cinéma français. Et la participation de la comédienne à ce court métrage deux ans après le grand succès des Diaboliques accompagne son engagement, hors des plateaux, en faveur du PCF, dont elle est comme Montand une des compagnons de route fidèle. Jusqu’à ce que l’année suivante, après la tournée triomphale de Montand dans les pays du bloc de l’Est, ils reviennent déçus de voir la différence entre les théories qu’ils approuvent et la réalité du communisme qu’ils ont découverte. Dès lors, le couple prendra ses distances avec le PCF tout en continuant à défendre ses convictions.

Les Sorcières de Salem de Raymond Rouleau (1957)

C’est un compagnon de combat politique, Jean-Paul Sartre, qui s’attaque à l’adaptation de la pièce écrite trois ans plus tôt par Arthur Miller. Simone Signoret joue une femme victime de la vengeance de sa servante qu’elle a renvoyée pour avoir couché avec son mari volage, sur fond de chasse aux sorcières - dans tous les sens du terme. Si l’action de ce procès en sorcellerie se déroule dans l’Amérique du XVIIème siècle, Miller a imaginé cette pièce pour raconter une situation totalement contemporaine : la croisade anti-communiste menée dans ces années-là par le sénateur Joseph McCarthy. Miller pense plus particulièrement à l’affaire des époux Rosenberg accusés d’espionnage au profit de l’URSS et exécutés en 1953. En France, Simone Signoret et Yves Montand font d’ailleurs partie dès 1952 de leur comité de défense et quand, avant de les camper au cinéma, ils jouent au théâtre Sarah Bernhardt les époux Proctor, impossible de ne pas penser aux Rosenberg. Sur grand écran, ils obtiennent de nouveau un immense succès. Malheureusement, le film sera longtemps invisible pour des questions de droits : Miller décide de suspendre son exploitation commerciale pour une raison tout sauf politique. C’était un moyen de se venger de son rival amoureux, Yves Montand était entre-temps devenu l’amant de sa femme, Marylin Monroe.
 

 

L’Aveu de Costa-Gavras (1970)

Cette adaptation d’Artur London (ex-vice ministre des affaires étrangères tchécoslovaque qui fut l’un des trois survivants des Procès de Prague) est le quatrième film dont le couple Signoret-Montand partage l’affiche après Les Sorcières de Salem, Compartiments tueurs et Paris brûle-t-il ?. Montand incarne Anton Ludvik, un haut responsable tchécoslovaque accusé à tort d’espionnage au profit des Etats-Unis et qui, brisé par la torture, finit par avouer des crimes qu’il n’a pas commis en récitant par cœur un texte écrit par ses bourreaux. Simone Signoret interprète son épouse. Et cette quatrième collaboration raconte quelque chose de leur histoire personnelle. En acceptant de jouer dans cette histoire inspirée par les Procès de Prague qui se sont déroulés 20 ans plus tôt, Simone Signoret et Yves Montand mettent leurs actes artistiques en accord avec leurs paroles publiques. C’est l’ultime étape d’un désenchantement qui les a peu à peu envahis. Dans ses mémoires, Simone Signoret raconte ainsi que Montand avait fait une sorte de pénitence en incarnant Ludvik. Ils étaient tous les deux bouleversés de s’être à ce point trompés sur ce régime communiste qui leur semblait ouvrir des perspectives inouïes jusqu’à ce que le Printemps de Prague en 68 entérine leur rupture définitive avec le PCF. Accusé par certains d’avoir attaqué la droite sans discernement avec Z, Costa-Gavras se verra pour ce film reprocher par d’autres d’en faire de même avec la gauche. Cette polémique peut paraître dérisoire de nos jours où il n’est plus question de nier les faits dénoncés. Mais à cette époque, la prise de conscience des intellectuels pro-communistes ne se fait pas en douceur…  La force de Costa-Gavras est pourtant de ne jamais marteler son propos. L’Aveu est un enregistrement sobre et rigoureux du mécanisme de conditionnement des êtres par un régime qui pouvait se situer pourtant a priori du côté des valeurs du cinéaste. Nommé aux Golden Globes, L’Aveu fut un phénomène politique et culturel qui bouleversa son époque.

La Vie devant soi de Moshe Mizrahi (1977)

Dans cette adaptation du roman de Romain Gary, Prix Goncourt 75, Simone Signoret incarne Madame Rosa, une ex-prostituée qui élève des enfants de prostituées en exercice dans le quartier parisien de Belleville. Une femme juive qui va tisser un lien privilégié avec un petit garçon arabe, dont le soutien sera essentiel lorsqu’elle deviendra de plus en plus dépendante à cause de l’âge et de la maladie. Dans un équilibre permanent entre humour et émotions, La Vie devant soi se lit comme un hymne à la tolérance et à l’entraide entre les différentes communautés. Pourtant, au mitan des années 70, les éléments de division se sont multipliés que ce soit la Guerre des Six Jours ou l’attentat meurtrier contre une synagogue rue Copernic à Paris. Ce nouvel acte d’engagement fort de Simone Signoret sera récompensé par l’extraordinaire succès public du film et un César pour sa composition.