Un film de vampires tourné au château de Nemours

Un film de vampires tourné au château de Nemours

22 avril 2021
Cinéma
Tournage d'Amitié mortelle dans le château de Nemours © CNC / Laure Farantos
Tournage d'Amitié mortelle © CNC / Laure Farantos
Tournage d'Amitié mortelle dans un cimetière © CNC / Laure Farantos
Musée du château de Nemours © CNC / Laure Farantos
Tournage d'Amitié mortelle © CNC / Laure Farantos
 
 
 
Pour réaliser Amitié mortelle, court métrage de la classe de 3e du collège Arthur Rimbaud de Nemours (en Seine-et-Marne) imaginé dans le cadre du programme Les Enfants des Lumière(s), les élèves ont posé leur caméra dans le château de la ville. Un décor idéal pour ce film de vampires, qui a révélé bien des secrets aux apprentis cinéastes.

Lorsque Victoria, victime d’un mystérieux virus, disparaît de la classe, sa meilleure amie Chloé la pleure. Elle la retrouvera dans des circonstances étranges avant de faire, ensemble, un dernier voyage… Tel est le synopsis d’Amitié mortelle, film de vampires pour lequel les élèves d’Armand Sauret et Angélique Rolland, professeurs au collège Arthur Rimbaud de Nemours, ont porté un soin particulier au décor.

Le choix d’un décor patrimonial, étrange et effrayant

En effet, choisir le lieu de tournage d’un film est un sujet délicat. Cela requiert une phase de repérage pendant laquelle l’équipe technique du film (régisseur, assistant réalisateur, réalisateur…) cherche un site approprié pour des scènes devant être tournées en extérieur (comme dans une forêt, une rue, une plage, etc.) ou en intérieur (un appartement, une école, un hôpital…) en dehors des studios. Ainsi, il s’agit de trouver les décors naturels (par opposition aux décors reconstitués) en phase avec les impératifs de mise en scène, permettant la faisabilité pratique et technique du tournage.

« Il fallait que l'on puisse ressentir ce lieu comme étrange, effrayant, et surtout inhabituel, par contraste avec l'atmosphère du collège - qui a également servi de lieu de tournage. C'est ce qu'apportent aussi le son et la musique, sur lesquels nous avons beaucoup travaillé » explique la réalisatrice Evelyne Ragot, qui a accompagné les collégiens sur ce projet de court métrage.

Un décor idéal… et contraignant !

Château de Nemours Juliette Labard

Les apprentis cinéastes ont ainsi porté leur dévolu sur le château musée de Nemours, un décor idéal pour leur court métrage de vampires sur lequel ils travaillent depuis près d’un an. « Traditionnellement, les histoires de vampires se déroulent dans des châteaux, comme l’histoire de Dracula dans le château de Bran en Roumanie. Le château de Nemours, qui est une ancienne forteresse médiévale, nous a semblé propice pour y raconter notre histoire. Nous étions partis en repérage en décembre et avons pu débuter le tournage la semaine du 11 janvier 2021. En raison de la crise sanitaire, il n’y avait pas de visiteurs, ce qui a facilité le tournage puisque nous avions le château pour nous tout seuls ! Nous avons pu y tourner beaucoup de scènes, aussi bien extérieures qu’intérieures. » révèlent Carla Dubray, Enzo Caprin et Salma Daghari.

Créer un lieu imaginaire en composant à partir d’un décor réel – en l’occurrence, un bâtiment classé monument historique depuis 1977 – peut présenter son lot de contraintes, comme le soulignent les trois compères : « C’était vraiment l’endroit parfait pour créer l’ambiance inquiétante que nous souhaitions, avec beaucoup d’ombres, des escaliers sombres et étroits, un cachot aussi, que l’on a pu utiliser. Mais lorsqu’on a tourné la fête d’Halloween dans la grande salle à l’étage, nous nous sommes rendu compte qu’il y avait une exposition d’œuvres d’art. Nous avons donc dû prendre des précautions car nous tournions au milieu des tableaux et des statues du musée. Il a fallu veiller à ce que les œuvres qui n’avaient pas de rapport avec le film ne soient pas dans le cadre. »

Tourner en décor naturel

Autre contrainte : planter le décor en extérieur, qui permet de jouer avec les contrastes de lumière et de créer une tension latente chez le spectateur, mais qui suppose de composer avec les aléas météorologiques. Ainsi, aux scènes d’intérieur, filmées dans des endroits clos, se juxtaposent des séquences tournées dans le jardin du château paré d’une lumière hivernale propice à l’atmosphère étrange et inquiétante recherchée.

« La difficulté était surtout liée au monde de la nuit qui est celui des vampires qui craignent la lumière. Nous avons fait des nuits américaines en extérieur (un réglage de la caméra qui permet de tourner le jour une scène de nuit) et choisi les angles les moins éclairés dans les pièces du château. Nous ne pouvions pas tourner de nuit de trop longues scènes car nous devions rester dans les horaires du collège. Mais par chance, c'était l'hiver et la nuit tombe tôt. Enfin, comme sur tout tournage, il a fallu nous adapter aux conditions météorologiques et tourner sous la pluie et dans le froid, puisque nous avions beaucoup de décors en extérieur (cimetière, ruelles, forêt). » ajoute Evelyne Ragot.

Adaptation, imagination, et débrouille

Tournage du court métrage Amitié mortelle Juliette Labard

Autant de contraintes qui ont obligé les élèves à faire appel à leur capacité d’adaptation, à leur imagination et à la débrouille : « Comme on ne disposait pas d’un vrai cercueil pour la scène où Victoria se réveille, on s’est servi d’une grande boîte d’instrument de musique en bois. En revanche, le musée du château a pu nous prêter un grand miroir ancien pour la scène où Victoria se regarde sans que son reflet n’apparaisse » racontent Xhuljana Muso, Beatriz Mendonca Izzo et Luzio Rodrigues.

Veiller à la cohérence entre le décor et l’histoire exige une certaine rigueur et une attention constante, comme le souligne la réalisatrice : « Il a fallu travailler sur les cadres et les lumières pour faire ressembler le château à un endroit mystérieux, plus ou moins abandonné. Nous avons aussi utilisé une machine à fumée. Les élèves ont imaginé une fête d'Halloween dans le château, ce qui permettait d'inventer une autre réalité avec masques et maquillages. »

Le travail de maquillage

Tournage d'Amitié mortelle - séance de maquillage Laure Farantos

De fait, une équipe dédiée au maquillage a également œuvré à la crédibilité de l’histoire. Ce travail se fait en collaboration avec l’ensemble de l’équipe du film, du réalisateur au script en passant par l’accessoiriste, afin d’éviter les faux raccords par exemple et de coller le plus fidèlement possible à l’histoire racontée. « Tourner dans le froid, sous la pluie, par -1°C, devoir m’asseoir par terre, ou montrer mes sentiments rien qu’avec mon visage était difficile. Mais le travail que faisaient les maquilleuses m’a beaucoup aidé à entrer dans mon personnage et à dépasser ces difficultés » révèle Inès Fogle, l’une des deux héroïnes.

« Nous avons choisi de nous occuper du maquillage pendant le tournage parce que certaines d’entre nous voulons en faire notre métier. Pour créer le teint de Victoria – la vampire-, nous avons utilisé du fond de teint clair et du fard à paupière couleur lilas. Pour le personnage de Chloé, qui tombe malade, on s’est servi de poudre libre blanche et d’un fard à paupières mêlant le bleu au violet pour créer des cernes. Nous avons également réalisé des recherches sur internet afin de trouver des images pour avoir des exemples.» précisent Jade Corby, Lucie Binet et Lucie Machado.

Un travail d’équipe rondement mené, malgré l’interruption des cours au printemps 2020 en raison de la pandémie, comme le rappelle Evelyne Ragot :

Nous avons malgré tout réussi à écrire le scénario à distance pendant cette période, chaque semaine. Un scénario ambitieux, avec maquillages et effets spéciaux. Je crois que les élèves garderont un souvenir intense de cette expérience.