Vladimir Cosma : « Faire une musique de comédie c’est ce qu’il y a de plus difficile »

Vladimir Cosma : « Faire une musique de comédie c’est ce qu’il y a de plus difficile »

28 janvier 2019
Cinéma
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Vladimir Cosma
Vladimir Cosma Vladimir Cosma-DR
Le compositeur de musiques de films (Les Aventures de Rabbi Jacob, La Boum…) donnait deux concerts exceptionnels les 26 et 27 janvier au Grand Rex où il dirigeait ses plus grandes BO accompagné de solistes prestigieux. Rencontre.

Les concerts de musiques de films ont le vent en poupe. Est-ce important pour vous de jouer votre musique devant un public ?

Pour moi, la musique de film est une musique qui doit avoir sa vie propre. Ecrite pour le cinéma, elle est bien entendu d’abord au service du film pour lequel je la fais, mais elle ne doit pas s’arrêter là. Elle peut être écoutée en dehors des images. Ces concerts m’ont permis de développer beaucoup ces musiques et de leur donner une ampleur plus grande. Souvent dans le cinéma, la durée des musiques est limitée à une minute, une minute et demie, et donc on est dans l’impossibilité de développer. En concert, c’est possible. Je suis ravi aussi de cette rencontre avec le public. J’ai vécu toute ma vie caché derrière des pages de partitions avec gomme et crayon.

Avez-vous réarrangé vos compositions spécialement pour ces concerts ?

Tout à fait. Ces concerts me donnent l’occasion d’approfondir mon travail. Pour La chèvre, j’ai composé une suite pour orchestre de sept minutes alors que le thème principal dans le film durait deux minutes. Dans ces pièces que je joue en concert, je ne me limite pas au thème principal, ce qui donne une quintessence globale de la musique du film.

L’orchestre symphonique, les chœurs, les solistes d’exception, vous bénéficiez de plus de moyens que lors de l’enregistrement de la musique du film…

Par le passé, j’ai eu beaucoup de musiciens à diriger, comme sur Les aventures de Rabbi Jacob, par exemple. Mais souvent, quand on enregistre de la musique de films en studio, on doit, pour des raisons financières, simuler un orchestre symphonique avec parfois le tiers de l’effectif.

Comment concevez-vous le rôle de la musique de film ?

Je ne considère pas que la musique de film soit un genre de musique à part. Elle peut être classique, jazz, ethnique… Quand je fais la musique de La Boum, je fais de la chanson, quand je fais Nous irons tous au paradis, c’est du jazz. Le genre c’est le contenu musical. La musique de film doit être autre chose qu’un accompagnement. Elle ne doit pas répéter ou souligner ce qui est dit par les acteurs. Elle doit apporter un autre commentaire, un autre plan…

Vous avez composé essentiellement pour la comédie. Est-ce un hasard ou un choix ?

C’est un hasard dans la mesure où j’ai commencé à travailler pour Yves Robert avec Alexandre le Bienheureux. Dans ce milieu, comme dans d’autres, quand on commence à être connu pour quelque chose, on est vite catalogué. J’ai fait 15 films avec Yves Robert, autant avec Claude Zidi, j’ai travaillé régulièrement avec Gérard Oury, Pierre Richard, Francis Veber, Claude Pinoteau… C’est le genre le plus difficile à aborder à mon sens. La musique s’exprime beaucoup plus facilement dans le drame, dans le romantisme, dans le lyrisme, dans l’angoisse même que dans le rire. Il faut trouver un ton, un style. Je ne voulais pas faire de la musique « comique » qui fonctionne sur la parodie. Il faut exprimer la joie, le rythme.