Festival Cinélatino : la fièvre dans l'écran

Festival Cinélatino : la fièvre dans l'écran

25 mars 2019
Cinéma
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Ixcanul de Jayro Bustamante
Ixcanul de Jayro Bustamante La Casa de Producción - Tu Vas Voir - Trigon-Films
Alors que Toulouse se met à l’heure latino-américaine le temps des 31e Rencontres Cinélatino, du 22 au 31 mars, retour sur cinq films emblématiques qui ont chacun à leur manière redéfini les règles de leur art.

LOS OLVIDADOS de Luis Buñuel (1950)

En 1950, Luis Buñuel est un cinéaste doublement exilé. Il a d’abord fui son Espagne natale et le franquisme au mitan des années 30 pour les Etats-Unis où son anticatholicisme et son marxisme exacerbé ne sont pas bien vus. Le Mexique devient alors sa nouvelle terre d’accueil. Los Olvidados – Les oubliés – est produit par Oscar Dancigers, ami et protégé du cinéaste qui l’a persuadé de venir s’installer au Mexique. Répondant à une suggestion de son producteur, Buñuel filme les quartiers pauvres de Mexico et les enfants des rues. Influencé par le néo-réalisme italien, le film iconoclaste est également traversé de fulgurances surréalistes. Los Olvidados obtient le Prix de la mise en scène au festival de Cannes en 1951 et relance la carrière de Buñuel.

 

ANTONIO DAS MORTES de Glauber Rocha (1969)

Figure du cinéma Nuovo, la Nouvelle Vague brésilienne, Glauber Rocha réalise Antonio das Mortes à la fin des années 60 et clôt ainsi une trilogie dite « de la Terre » débutée avec Le Dieu noir et le Diable blond (1964) et Terre en transe (1967).  C’est grâce à Antonio das Mortes que le cinéaste accède à une reconnaissance internationale avec un Prix de la mise en scène reçu au Festival de Cannes en 1969. Film politique, il raconte l’histoire d’un justicier engagé pour mater une révolte paysanne dans une petite ville du Brésil et qui va finalement se retourner contre ses commanditaires.  Film sauvage et sans concession, il avait pour titre original : Le Dragon de la méchanceté contre le saint guerrier.

 

LA CIENAGA de Lucrecia Martel (2001)

Récompensé d’un Prix du scénario à Sundance en 1999, le film est également primé à la Berlinale deux ans plus tard. Avec ce premier long métrage, l’Argentine Lucrecia Martel s’impose d’emblée comme l’une des figures du renouveau du cinéma de son pays. Toutefois, sa mise en scène volontairement étouffante et le scénario qui joue plus sur des sensations que sur une narration classique, la placent en marge. La Ciénaga raconte le désœuvrement d’une famille bourgeoise dans une maison de campagne au nord-ouest du pays. La chaleur subtropicale semble endormir les corps et les consciences mais réveille certaines fêlures. Le film contemporain de la crise économique qui secoua l’Argentine entre 1998 et 2002 peut se voir comme une métaphore d’une société contaminée de l’intérieur.

 

SANTIAGO 73, POST MORTEM de Pablo Larrain (2010)

Troisième long métrage de ce cinéaste chilien mais le deuxième à trouver le chemin des salles françaises après Tony Manero (2008), ce Santiago 73, Post mortem est une histoire d’amour contrariée ayant pour toile de fond le coup d’état militaire d’Augusto Pinochet. Ici l’employé d’une morgue observe à distance une jeune femme dont il est secrètement amoureux. Un jour, l’appartement de cette dernière est saccagé et à la morgue arrive le corps de Salvador Allende. A l’aide d’une mise en scène oppressante dont la précision semble déstabiliser les êtres qui pénètrent dans le cadre, Pablo Larrain parvient à rendre compte de la violence d’une époque.


IXCANUL de Jayro Bustamante (2015)

Tourné dans le sud du Guatemala proche du volcan Pacaya, ce film utilise la force expressive des paysages majestueux pour nous  faire entrer dans l’intimité d’une jeune paysanne, Maria, qui va se retrouver au centre d’un dilemme affectif et moral. Sa famille sur le point d’être chassée de sa plantation de café, voit la perspective du mariage de leur fille avec le propriétaire terrien comme une aubaine. Mais Maria, amoureuse d’un jeune garçon qui rêve de fuir aux Etats-Unis, tombe enceinte. Ixcanul – volcan en langue maya – est récompensé d’un Ours d’argent à Berlin en 2015. Jayro Bustamante dont c’est le premier long métrage, se sert des éléments culturels spécifiques de ce coin retiré du Guatemala pour imprégner son réalisme de mysticisme.