Le streamer : plus qu'un hobby, un métier

Le streamer : plus qu'un hobby, un métier

28 novembre 2018
Jeu vidéo
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Z EVENT 2018
Z EVENT 2018 DR2
Métier récent de l’industrie vidéoludique, le streamer est désormais incontournable dans le monde du jeu vidéo. ZeratoR, le co-créateur du Z Event, revient pour le CNC sur cette nouvelle profession.

Jouer à un jeu vidéo tout en se filmant pour diffuser, en direct sur Internet, sa partie. Loin d’être un simple hobby, cette activité est devenue un vrai métier pour certains joueurs. Baptisés streamers en référence au streaming (la diffusion de contenus multimédia en continu), ils suscitent un vrai engouement chez les amateurs de jeu vidéo. Les sessions sont ainsi l’occasion, pour le public, de découvrir les prouesses de ces gamers connectés. Mais pas seulement. « Le streamer a une personnalité qui plaît ou un humour particulier. Les internautes ne me regardent pas seulement pour mon bon niveau de jeu. Ils savent que l’on va rire et passer un bon moment ensemble », explique Adrien « ZeratoR » Nougaret, un joueur suivi par plus de 540 000 personnes sur la plateforme de streaming Twitch.

« Je fais également de la découverte. Je choisis ainsi des jeux atypiques et j’essaie aussi de piocher des titres auxquels peu de monde joue pour trouver des pépites, poursuit le joueur qui est également le cocréateur du Z Event. Le public suit les streamers comme il regarde une émission de télévision pour découvrir des choses et passer un bon moment. Le stream est une sorte de mini one man show, un peu comme si on était seul sur scène pendant des heures. On ne joue pas de la même façon quand on est regardé : on va essayer de faire le spectacle. Pour un titre qui est censé faire peur, on va par exemple se diriger vers les endroits les plus effrayants, ce qu’on ne ferait pas forcément lorsqu’on est seul ».

Si les performances de jeu sont importantes, « l’essence de ce métier » est l’interactivité avec le public. « Il m’est déjà arrivé de discuter pendant une heure sans jouer, juste en regardant le tchat (la messagerie virtuelle instantanée ndlr) qui permet notamment de savoir en temps réel ce que les gens apprécient ou non. On peut ainsi ajuster nos blagues ou les sujets abordés », explique ZeratoR en précisant qu’il doit également parfois faire face à des messages de « haine ». « Soit on essaie de discuter avec eux, soit on les ignore car c’est une toute petite minorité. Si on passait notre temps à répondre, ça en générerait d’autres… »

Des revenus aléatoires

Outre l’humour et la personnalité, le streamer doit, pour attirer le public, « connaître la technique pour que l’image et le son soient bons, et l’ensemble agréable à regarder ». Et ce n’est pas le seul critère qu’il se doit de respecter pour rester attractif. « C’est un métier où on est soumis au nombre d’heures de live. Si on s’arrête pendant longtemps, la communauté passe à un autre stream. On peut presque disparaître en un claquement de doigts, sauf peut-être lorsqu’on a une énorme communauté. Mais si j’arrêtais de streamer pendant deux ou trois mois, je pense que je perdrais 70% de mon public… », reconnaît ZeratoR.

Soulignant l’absence de « revenus fixes », il précise que les streamers ont trois sources de rémunération possibles, dont des abonnements. « Chaque personne peut choisir de soutenir un joueur en payant 5 euros par mois. Le streamer touche de 50 à 75% de la somme selon son contrat avec Twitch, soit 2,5 à 3,5 euros par abonnement. Avec une communauté fidèle entre 400 et 500 abonnés, on peut déjà générer un smic, impôts compris ». Les streamers peuvent également gagner de l’argent grâce à des messages envoyés par leurs abonnés. Ces derniers donnent la somme de leur choix pour afficher, en plein écran, le texte de leur choix. Enfin, certains streamers contactés par des marques ou éditeurs, peuvent prendre part à des « opérations spéciales ». Ils testent ainsi un jeu contre rémunération. Un partenariat financier qui n’impacte pas forcément la liberté de ton du joueur. « Le public me connaît pour ma franchise. Quand un éditeur me contacte, je lui précise qu’il me paie pour jouer à son jeu, pas pour en dire du bien. Je ne peux pas mentir aux gens. Je prends soin de regarder des extraits du jeu à tester avant tout. Je n’accepte ainsi que des titres qui pourraient m’intéresser », ajoute ZeratoR.

Un métier « passion »

Les streamers sont autodidactes, même si certaines compétences facilitent leur travail. « Connaître un peu le jargon juridique aide pour créer le statut d’auto-entrepreneur. Avoir fait un peu de théâtre permet également de s’exprimer plus facilement devant une caméra», détaille ZeratoR qui s’est lancé dans l’aventure en 2010, après avoir découvert un « stream d’une compétition de Starcraft 2 ». Il commente dans un premier temps diverses compétitions. « Streamer ses parties soi-même n’existait pas encore. Je ne pensais pas du tout en vivre un jour. J’ai passé deux ans sans rien gagner », poursuit celui qui vit de sa passion depuis 2012. Il se rappelle d’ailleurs encore avec émotion de son premier stream devant une centaine de personnes : « J’avais l’impression de parler à une bande de copains. C’était assez incroyable. Maintenant, ça n’a plus rien à voir. Il peut m’arriver de streamer devant 10000 personnes ».

Après avoir conquis le monde du stream et réussi à faire naître Z Event avec son complice Alex Dach, ZeratoR s’est lancé un nouveau défi. Il a en effet créé Unexpected, un studio de développement de jeux vidéo dont le premier titre dWARf est attendu en janvier prochain. « Ce studio n’est pas un rêve d’enfant. Mais je trouvais que c’était une suite assez logique car je teste des jeux toute l’année.»