Fanny Herrero : « J’ai passé la main à la direction d’écriture»

Fanny Herrero : « J’ai passé la main à la direction d’écriture»

16 novembre 2018
Séries et TV
Dix pour cent saison 3
Christophe Brachet, Mon-voisin productions, Mother Productions, FTV Christophe Brachet, Mon-voisin productions, Mother Productions, FTV
La scénariste Fanny Herrero nous raconte les coulisses de Dix pour Cent, la série imaginée par Dominique Besnehard  et qu’elle a créée.

Comment vous êtes-vous retrouvée embarquée dans l’aventure Dix pour Cent ?
 

C’est Dominique Besnehard qui a initié la série, quand il a cessé d’être agent et qu’il est devenu producteur. C’était, je crois, sa première idée de producteur. Il a commencé à travailler avec un auteur, Nicolas Mercier, pour Canal +. Le développement à Canal a duré très longtemps, puis la chaîne a renoncé. Dominique Besnehard s’associe alors à Harold Valentin, ancien conseiller de programmes chez France 2, qui venait de monter sa boîte de production. Les deux hommes se sont alors tournés vers France 2 qui a montré son intérêt mais dans une forme différente de celle proposée à Canal +. C’est là qu’une nouvelle équipe d’auteurs a été constituée. C’est à ce moment-là que j’ai été recrutée comme simple auteur d’un épisode. Harold Valentin avait entendu parler de mon travail sur Un village français, Les Bleus, Fais pas ci, fais pas ça, Kaboul Kitchen. J’écrivais en binôme avec Quoc Dang Tran. Mais la série ne trouvait pas son cap et la chaîne cherchait autre chose alors Nicolas Mercier est parti et on m’a proposé la direction d’écriture. Pour moi, c’était un énorme défi parce qu’il y avait beaucoup de pression : les producteurs désespéraient de voir le projet aboutir un jour, la chaîne se posait beaucoup de questions. Ça a été un moment très vertigineux et très excitant car il fallait faire exister cette série, redéfinir les personnages principaux. J’ai pris du temps avant de lancer la machine, j’ai beaucoup discuté avec une consultante psy, Violaine Bellet.

Quels ont été vos premiers axes de travail ?

On avait l’arène, on avait le sujet, il manquait la matière empathique pour que ce soit bien. J’ai repensé tous les protagonistes de cette histoire. J’avais la conviction que c’était la relation entre les agents qui ferait une bonne série. On savait déjà qu’on voulait une star dans chaque épisode. Mais j’ai décidé qu’elles apparaîtraient comme des problèmes aux agents, qui seraient les véritables héros de la série. Il fallait vivre la série à travers leurs yeux. Je n’ai pas eu l’idée originale de Dix pour cent – et je rends justice aux personnes qui sont passées avant moi- mais le travail de création – ce moment où l’on définit l’échiquier relationnel- est le mien. C’est pour ça qu’aujourd’hui, je suis créditée comme créatrice.

Que s’est-il passé ensuite ?

J’ai recruté une nouvelle équipe d’auteurs (Sabrina Karine, Camille Chamoux, Anaïs Carpita, Benjamin Dupas, Eliane Montane). Je cherchais des auteurs complets. Un bon scénariste de mon point de vue est quelqu’un qui est capable de structurer un récit, d’inventer des rebondissements et d’avoir un rapport empathique au personnage. Ils viennent plutôt de la comédie ou du drame. Camille Chamoux était un peu l’électron libre du groupe. Elle n’avait jamais fait ça ; elle écrivait ses propres spectacles. Elle nous a apporté son humour très vif.

Comment construisez-vous une saison ?

Avec deux auteurs, je dessine l’arche de la saison, c’est-à-dire ce qui va arriver dans les grandes lignes aux personnages récurrents. Et après, j’attribue à chaque auteur un épisode et en collaboration avec moi, il fait rentrer la star qui va provoquer un problème. Il faut compter un an pour écrire une saison.

Avez-vous puisé votre inspiration dans de véritables histoires de cinéma ?

Dix pour Cent est une série qui se passe dans notre milieu. On a des agents, des copains réalisateurs, comédiens, on connaît l’univers des tournages. On baigne là-dedans. C’est une immense chance pour raconter une histoire. Après on a aussi fait un travail d’enquête comme dans toute série, on a glané des anecdotes auprès d’agents, on a lu des recueils de souvenirs, on a décortiqué la presse spécialisée. Et puis, nous sommes aussi des machines à imaginer. Souvent une anecdote ne fait pas un bon épisode, ça fait un point de départ, une scène, mais il faut le dramatiser.

La série met souvent en exergue les problèmes qui touchent les comédiennes (l’âge, la représentation de la nudité, la conciliation de la vie privée et professionnelle…) Pourquoi ?

Qu’est-ce qu’un agent ? Si ce n’est quelqu’un qui représente un talent. La série est là pour essayer de définir la ligne entre la vie publique et la vie privée. Qu’est-ce qu’on montre ? Qu’est-ce qu’on ne montre pas ? Après, il faut que les séries – a fortiori quand elles sont populaires- s’emparent de vrais sujets d’actualité et donnent un point de vue sur le monde. Je pense que la question de la représentation des femmes est un sujet majeur aujourd’hui. Cela n’était pas volontaire à l’écriture de la première saison, mais plus les saisons ont passé, plus on a eu envie d’affiner ce thème et d’en faire le cœur du réacteur de Dix Pour Cent.

Les épisodes sont-ils écrits sur mesure pour les guests qui les interprètent ou sans avoir de nom en tête ?

La première saison a été très compliquée à monter parce que des acteurs ont refusé de participer alors qu’on avait écrit sur mesure pour eux. Ils avaient donné des accords de principe, mais ne l’ont pas suivi pour mille raisons qui leur appartiennent. En 2014, de nombreux acteurs de cinéma rechignaient encore à se « commettre » à la télévision. Nous avons tiré les leçons pour les saisons suivantes : écrire des histoires très solides que marginalement on peut retravailler selon qu’elles soient interprétées par untel ou untel. Concevoir des épisodes pour une famille d’acteurs. Ne pas être trop proche de la réalité de la vie de la star car l’autodérision n’est pas un exercice très français. Le succès de la première saison a donné envie aux gens de venir travailler avec nous. En saison 3, du coup, nous avons pu concevoir de nouveaux des épisodes sur mesure, notamment celui d’Isabelle Huppert et celui de Béatrice Dalle.

Tout à fait. Elle est déjà en cours d’écriture. Mais j’ai passé la main à la direction d’écriture. Un duo d’auteurs-réalisateurs me remplace (Victor Rodenbach et Vianney Lebasque) qui a œuvré sur la série Les Grands sur OCS. Je n’avais respiré que Dix pour Cent en exclusivité depuis 6 ans !