Hervé Hadmar : « J'avais envie de raconter une belle et grande histoire d'amour »

Hervé Hadmar : « J'avais envie de raconter une belle et grande histoire d'amour »

09 juin 2020
Séries et TV
Romance
Romance Jean-François Baumard - FTV - Cinétévé
Un jeune homme se retrouve propulsé dans la France des années 60, après être tombé amoureux d'une mystérieuse photographie... Le créateur de Pigalle, la nuit et Les Témoins change de genre avec Romance, minisérie mélancolique qui flirte avec la science-fiction. Rencontre.

Comment avez-vous imaginé l'histoire de Romance ?

Tout est parti d'un fait divers que j'avais lu dans la presse. Un type aux Etats-Unis, qui collectionnait les appareils photo, a trouvé dans une brocante un vieil appareil avec à l’intérieur une pellicule. Il l'a développée et a découvert des clichés d'une femme très belle mais très mystérieuse, de trois-quarts dos sur une plage, en robe, avec de l'eau jusqu'aux genoux. Il est tombé amoureux de ces photos, de l'énergie qui s'en dégageait. Il a recherché cette femme pendant longtemps, sans jamais la retrouver. Moi qui venais de faire plusieurs thrillers, je suis parti de cette anecdote pour raconter une belle et grande histoire d'amour. J'avais envie de ça. En même temps, j'ai toujours adoré les histoires de voyage dans le temps. J'ai mélangé un peu tout ça, et voilà comment est née Romance.

Si Jérémy est le héros, le personnage d'Alice vampirise l'écran. Avez-vous écrit le rôle pour Olga Kurylenko ? On a le sentiment que c'est elle qui vous a inspiré ce personnage...

Non, ça c'est le fantasme des journalistes (rires). Ça arrive très rarement. Ceux qui vous disent que c'est le cas, souvent, se racontent des histoires... On écrit et puis après, on pense à des comédiens. Il se trouve que je connaissais Olga parce qu'on travaille ensemble sur un projet de thriller qui se passe sur la Lune - Silence of the Moon. Elle doit jouer dedans mais le film a été repoussé. Je lui ai donc fait lire Romance. En écrivant le scénario, je voyais plutôt une blonde hitchcockienne dans le rôle, et puis j'ai changé d'avis et j'ai eu envie de casser les codes et d'aller contre ça.

Comment avez-vous pensé ces relations brûlantes, qui sont le cœur de la série ?

Romance, c'est plusieurs histoires d'amour. Pour dire que l'amour rend fou. Parce qu'on est capable à la fois de tomber amoureux d'une femme sur une photo et de voyager dans le temps, mais aussi, par amour, de faire du mal à l'autre. L'état amoureux est quelque chose d'anormal en fait. Quelque chose de très beau et en même temps de très dangereux...

« On n'est pas dans Retour vers le futur »

Quand on fait une série sur le voyage dans le temps, les règles sont contraignantes et les paradoxes temporels doivent être manœuvrés avec soin. Ça n'a pas été trop compliqué à écrire ?

Non parce que ce n'est pas tout à fait une série sur le voyage dans le temps, même si c'est un genre que j'apprécie beaucoup. C'est un véhicule, mais ce n'est pas l'essentiel de l'histoire. Un peu comme dans certains films de Woody Allen, comme La Rose Pourpre du Caire par exemple. C’est un prétexte pour raconter une histoire. On n'est pas dans Retour vers le futur avec Romance. Du coup, délibérément, j'ai fait le choix de ne pas aller vers le paradoxe temporel. Je m'en sers un peu, mais ce n'est pas le moteur de la série.

Le déclencheur du « voyage », c’est la musique. Cette ambiance jazz ou blues-rock des années 1960 est très présente.

Je suis fou de musique. J'écoute toutes les musiques, tous les genres. Et avec la musique, il m'arrive bien souvent de voyager dans le temps. Vous écoutez un morceau des années 1990 et vous allez retourner à l’adolescence. La musique nous ramène en arrière. En ce sens, Romance est une série assez nostalgique.

Pourquoi avoir choisi « Deep Blue Sea » d’Odetta comme déclencheur ?

J'ai longtemps, longtemps cherché... Je ne suis pas du tout un expert du blues et je suis tombé dessus un peu par hasard, en surfant sur YouTube. Je ne sais pas pourquoi cette chanson m'a plu. C'est un peu irrationnel, une chanson. C'est comme tomber amoureux... On ne sait pas tellement pourquoi ça arrive. En tout cas, j'ai senti que « Deep Blue Sea » pouvait être hypnotique, qu'elle pouvait supporter l'histoire d'un jeune homme qui voyage dans le temps avec elle. En plus, la mer et l'eau sont des éléments importants dans la série. « Deep Blue Sea », « la mer bleue et profonde », ça avait du sens. Je travaille mes scénarios en m’aidant de la psychanalyse et des contes de fées. L'océan, la mer, nous rappelle ce passage avant la naissance, dans le ventre de nos mères : c'est comme une renaissance.

Dans la série, on a l’impression que l’explication du voyage n'est pas vraiment importante.

Notre héros pense à un moment que c'est grâce à ce gramophone et à ce disque-là... Moi je pense en fait que ça marche parce qu'il en est capable, c'est tout. C'est aussi pour ça que j'ai choisi Pierre Deladonchamps pour le rôle. Il a un côté Peter Pan, un visage qui ne vieillit pas. C’est l’éternel adolescent, quelqu'un qui dégage une innocence folle. Je crois personnellement que c'est parce qu'il tombe amoureux qu'il voyage dans le temps. Après, il n'y a pas plus d'explications. Sans doute n’en faut-il pas d'ailleurs.

« On a récupéré de vieux films de vacances tournés en Super 8 »

La reconstitution du Biarritz des années 1960, et même de la France de cette époque, est assez bluffante.

C'était primordial. C’était amusant et passionnant à faire d'ailleurs. C'est la première fois que je fais une série d'époque, et la reconstitution est un sujet très excitant. D'autant que les années 1960 est une époque passionnante pour tout ce qui concerne le design, les costumes, les voitures... Après, on a filmé à Biarritz et dans toute la région et on a joué à effacer plein de choses numériquement.

La photographie rappelle la nostalgie d'un vieux film de vacances, sur la côte Basque...

C'était la direction voulue. Avec mon chef opérateur, on a regardé certains films de l'époque. On a aussi passé des petites annonces pour récupérer de vieux films de vacances tournés en Super 8. On a inclus certains plans dans la série et je me suis amusé à y insérer mes personnages, filmés sur fond vert. C'est un peu le même procédé que celui utilisé pour Forrest Gump. L'idée était de ramener ce rapport mélancolique à l'image. Il y a de la mélancolie dans Romance.

Il se dégage finalement de Romance une atmosphère bien différente de vos précédentes séries, que ce soit Au-delà des murs, Les Témoins ou Les Oubliées.

C'était une volonté très nette dès le départ. Je venais de sortir de deux saisons des Témoins, avec des tueurs en série dans le Nord de la France... J'avais envie de soleil, de sourires, de musiques... Je n'avais pas filmé de musique depuis Pigalle, la nuit et pourtant j'adore ça. J'adore filmer des gens qui font de la musique. Je pourrais filmer des concerts toute ma vie. Alors je me suis fait plaisir !

Et Romance est une série moins anxiogène, plus décontractée aussi...

Oui, j'avais envie de faire quelque chose de lumineux avec, en même temps, une intrigue et un côté thriller. C'est une minisérie curieuse, parce qu'elle se transforme à mesure qu'elle avance. Tout commence par une histoire d'amour teintée de fantastique, avec un voyage dans le temps. Le spectateur, au début au moins, ne sait pas trop où il va. Et puis petit à petit, le thriller rattrape l'histoire. Quand vous tombez amoureux de quelqu'un, la réalité de cette personne vous rattrape. Romance, c'est l'histoire d'un homme qui tombe dans le fantasme et que la réalité va progressivement rattraper. Cette réalité dans notre série, c'est le thriller.

Romance, mini-série en 6 épisodes de 52 minutes à voir sur France 2 à partir du mercredi 10 juin.