Jean Duprat : « Petit Malabar pose une toile de fond qui autorise la rêverie »

Jean Duprat : « Petit Malabar pose une toile de fond qui autorise la rêverie »

12 septembre 2018
Petit Malabar
Petit Malabar Tchack

Tiré d’une collection de livres signée par Jean Duprat, chercheur au CNRS et spécialiste en astrophysique, et par l’artiste Nelly Blumenthal, la série animée Petit Malabar – diffusée sur France 5 depuis le 1er septembre et Petit Malabar et soutenue par le Fonds d’aide à l’innovation (aide au développement) du CNC – invite les 3-7 ans à découvrir l'espace et les grands objets naturels qui nous entourent de façon ludo-éducative. Retour sur ce concept de vulgarisation scientifique avec son scénariste Jean Duprat.


D’où vient le nom du héros, Petit Malabar ?

Je connaissais le carnet de voyage de Jacques Prévert, Lettres des îles Baladar, mais dans mon souvenir, c’était les îles Malabar. Cela fait penser à une destination très lointaine, exotique, où on aurait envie d’aller et qui reste accessible. Et puis ce nom sonne bien.

Que cherchez-vous à faire avec Petit Malabar, que ce soit avec les livres ou le dessin animé ?

La plupart du temps, quand on parle de science, les gens ont une réaction de repli, ils ont l'impression de faire leurs devoirs car il y a un ordre de comprendre quelque chose. La science, ce n'est pas que comprendre mais c’est aussi se poser des questions, se familiariser avec les choses. C'est encore plus important, surtout pour les plus petits. La compréhension peut venir plus tard quand ils sont à l'aise dans un terrain. Mon véritable but n'est pas tant d'expliquer comment la lune est née, par exemple, que les enfants réalisent qu’à un moment la lune n’était pas là.

Faut-il garder une curiosité d’enfant pour vulgariser la science ?

Un des moteurs de base des scientifiques, c’est de se demander : qu’est-ce que c’est ? Comment ça marche ? Petit Malabar n’est que le début de ce processus : se poser la question et regarder. Mais je ne suis pas sûr que Petit Malabar soit de la vulgarisation. Il y a cet aspect mais la part de rêve et d’imagination autour des objets naturels dont nous parlons reste un des moteurs de la série. On ne cherche pas à être didactique, on pose une toile de fond qui autorise la rêverie. Je veux emmener les enfants dans une grande promenade, qu’ils s’habituent à ces objets et que ce soit un environnement dans lequel ils se sentent bien.

Petit Malabar joue à cache-cache avec une girafe sur Mercure ou à la marelle dans les astéroïdes…

C’est plus parlant pour des enfants. Cela les ramène à leur monde. C’est pour ça que je parlais de territoire. Les petits animaux que Nelly dessine pour accompagner Petit Malabar ou le fait d’humaniser les choses en faisant parler les planètes sont fondamentaux car cela participe à rendre l’espace et l’univers plus vivants et plus proches des enfants. Ils auront beaucoup plus de facilité ensuite à aller plus loin.

Vous vous adressez aux 3-7 ans mais il existe pourtant un gouffre entre un enfant de 3 ans qui commence à découvrir le monde et celui de 7 ans qui aura déjà des connaissances sur le sujet.

Tout comme il peut exister des différences énormes entre deux enfants de 4 ans. Certains auront entendu parler de ces planètes et reconnaîtront des choses. Pour d’autres, cela sera complètement nouveau ou ils en auront très peu entendu parler. On espère qu’une bonne partie des questions qu’aborde Petit Malabar résonnera chez eux. Quand on s’adresse à cette tranche d’âge, il y a un certain langage au niveau conceptuel qu’il faut adapter mais pour leurs réactions, cela reste un pari. L’espoir est que chacun y trouve quelque chose. Il y a aussi une seule idée par épisode pour laisser la place à autre chose autour de cette idée, comme de leur faire vivre une aventure extraordinaire.

Comment travaillez-vous avec Nelly Blumenthal pour que les dessins soient à la fois ludiques et compréhensibles pour les plus jeunes ?

Je lui envoie des simulations, des images satellites ou de sondes spatiales. J’organise le tout en expliquant les points les plus importants à mettre en avant. Après, Nelly dessine ce que cela lui évoque.

La planète Mars a quand même un aspect bizarre avec sa sorte de chapeau…

C’est une énorme montagne ! Si on faisait Mars comme elle est réellement, ce serait juste une petite pustule hors cette montagne est monstrueuse proportionnellement à la taille de la planète. Mais ce n’est pas grave car ce que l’on veut dire c’est qu’il y a une montagne sur Mars, qu’elle est très grande et qu’elle a poussé il y a très longtemps. Après, mon espoir est que les enfants aient envie d’en savoir plus. Si des enfants se mettent à regarder ces choses-là alors qu’ils ne l’auraient pas fait sans la série, on aura réussi.

cartoon forum

Produite par Tchak et réalisée par Patrick Volve, la série d’animation Petit Malabar est adaptée des livres pour enfants de Jean Duprat et Nelly Blumenthal. L’astrophysicien et l’illustratrice ont d’ailleurs collaboré avec l’auteur, scénariste et scriptwriter Baptiste Grosfilley pour transposer ces albums jeunesse sur le petit écran. Avant d’arriver sur France 5, Petit Malabar a été projeté en 2014 au Cartoon Forum. Organisé depuis 2012 à Toulouse, cet événement, qui est né en 1990, réunit les producteurs, diffuseurs ou créateurs de séries d’animation du monde entier. Il vise à « encourager la coproduction et la distribution de l’animation européenne pour la télévision et les nouvelles plates-formes de médias ». Ce rendez-vous, dont la 29ème édition se tient du 10 au 13 septembre 2018, permet notamment aux producteurs de découvrir de nouvelles créations lors de « sessions de pitching » de 30 minutes par projet. Près de 1000 professionnels du secteur de l’animation ont rendez-vous cette année à Toulouse pour assister à la présentation de 86 projets inédits venus de 21 pays différents, dont 28 créations pour la France qui domine la programmation devant le Royaume-Uni (9 projets) et L’Allemagne (8 fictions animées).