Kool Shen : « Au cinéma ou à la télé, j’aime qu’on me raconte une histoire ancrée dans le réel »

Kool Shen : « Au cinéma ou à la télé, j’aime qu’on me raconte une histoire ancrée dans le réel »

04 septembre 2020
Séries et TV
Engrenages, saison 8 épisode 2
Engrenages, saison 8 épisode 2 Caroline Dubois - Son et Lumière - Canal+
La dernière saison d’Engrenages sera diffusée à partir de lundi sur Canal +. Face aux policiers inamovibles de la série (interprétés par Caroline Proust et Thierry Godard) de nouveaux suspects viennent s’aligner. Parmi eux l’ancien leader du groupe rap NTM, Kool Shen. Rencontre.

Comment êtes-vous arrivé sur cette dernière saison d’Engrenages ?

Très simplement. Mon agent m’a appelé un jour pour me dire qu’ils voulaient me faire faire des essais. J’avais tourné avec Tewfik Jallab (l’acteur qui interprète Ali, dans la saison 7) qui m’avait dit le plus grand bien de la série, mais je ne la connaissais pas.

Vous avez accepté de jouer dans la série sans en avoir vu un épisode ? Uniquement sur sa notoriété ?

Non ! J’ai travaillé avant (rires). J’ai regardé toutes les saisons précédentes et ça m’a beaucoup plu. J’ai vraiment apprécié son réalisme. J’aime ce qui fait vrai, qu’on me raconte une histoire ancrée dans le réel. Je regarde peu de blockbusters américains pour cette raison par exemple… En l’occurrence Engrenages est très proche de la réalité. Ça m’a été confirmé par certains policiers : sur le tournage, on en croisait souvent et ils nous disaient tous être fans de la série parce qu’elle restait proche de ce qu’ils vivaient au quotidien.  

Vous incarnez un caïd, comment avez-vous préparé ce rôle de dur ?

Comme à chaque fois : j’ai appris mon texte au cordeau, pour ne pas être handicapé par les répliques et pouvoir jouer en pleine maîtrise. Mais je me considère comme un novice dans ce métier et quand j’arrive sur un tournage, je mets les gens à l’aise tout de suite en leur demandant de ne pas se gêner et de me dire si je ne fais pas bien certaines choses. Je n’ai pas d’égo sur ce terrain-là ! Sur un plateau, j’arrive sur la pointe des pieds. La chance que j’ai eue, c’est que je partage beaucoup de scènes avec Thierry Godard et il a tout fait pour me mettre à l’aise… C’est un partenaire idéal pour quelqu’un comme moi. Après, n’allez pas croire que je suis venu les mains dans les poches. Quand j’ai lu le scénario, je me suis demandé comment ne pas caricaturer ce personnage de taulard. Il fallait être très premier degré, accentuer la dureté du personnage par une gestuelle brute et brutale.

Vous sentez-vous acteur ?

Chaque tournage est un apprentissage. Mais j’adore les sensations : sentir qu’on a réussi une scène, tout oublier pour faire que le texte sorte naturellement...  Ça nécessite un entraînement tout en lâchant prise… C’est très excitant.

Avez-vous pris des cours de comédie pour l’occasion ?

J’ai travaillé avec un coach pour mes deux premiers films. On lisait le scénario pour décortiquer les motivations, le passé du personnage, on répétait certaines scènes… Mais le cinéma m’est tombé dessus par hasard. C’est Catherine Breillat qui, après m’avoir vu dans une interview télé, s’est dit que je pouvais jouer un personnage comme Christophe Rocancourt (dans Abus de faiblesse)… Je ne suis pas cinéphile et le jeu d’acteur est a priori très éloigné de moi et de mon univers.   

Vous vous dites encore novice. Pourtant votre filmographie est maintenant bien fournie.

Novice, parce que… quand tu fais une tournée de trente concerts, une aisance s’installe progressivement. Moi, je tourne peu. C’est un peu comme si tous les ans, je remontais sur un vélo et je réapprenais à pédaler à chaque fois. Ce n’est pas mon occupation principale. C’est en cela que je me considère novice.

Est-ce que l’étiquette NTM ne vous impose pas uniquement dans les rôles de dealer ou de voyou ?

Je viens de refuser une série sur TF1 où j’étais encore en prison. C’est vrai qu’on pense à moi d’abord dans ce genre de registre. Paradise Beach, Abus de faiblesse… Mais dans Réparer les vivants, je jouais un père de famille qui vient de perdre son fils. C’est à moi de refuser ces rôles de durs. D’autant que, honnêtement, ce ne sont pas les plus faciles à jouer pour moi. J’ai l’impression de devoir forcer le trait à chaque fois. Certes, j’ai la gueule de l’emploi, un visage émacié, un physique relativement imposant. Mais je n’appartiens pas au monde des voyous.

Votre expérience sur la scène musicale vous a-t-elle aidé pour votre travail d’acteur ?

Un concert se rapproche plus du théâtre. Entre le moment où tu montes sur scène et celui où tu retournes dans les coulisses, il faut être présent à 2000%, comme au théâtre. Au cinéma, on joue et on coupe au bout de 40 secondes. C’est très découpé. L’intensité et l’énergie n’ont rien à voir. Evidemment, le fait d’avoir chanté pendant trente ans devant des caméras m’a aidé à apprivoiser cet outil. Je sais être à l’aise devant. Mais on peut avoir chanté pendant trente ans et être nul devant un objectif. L’autre différence essentielle, c’est qu’en musique j’étais maître du projet de A à Z. Au cinéma, je suis juste un maillon. J’essaie de faire au mieux, mais ce n’est pas moi qui vais décider de l’angle de la caméra, du montage, du scénario…

Et tout cela ne vous donne pas envie de réaliser un film ?

C’est un vrai métier. Avec NTM, on a commencé sans vraiment savoir ce qu’était le business musical. Il nous a fallu près de 20 ans pour réussir à le maîtriser. Je suis plus âgé aujourd’hui, alors pour réussir à faire le film que je veux… Et je ne parle même pas du talent nécessaire. J’ai bien quelques idées de scénarios, j’y pense parfois. De là à les réaliser… On verra.

La saison 8 d’Engrenages démarre le 7 septembre à 21h sur Canal +.