L’animateur 3D, ou comment donner vie aux personnages

L’animateur 3D, ou comment donner vie aux personnages

28 avril 2020
Séries et TV
Animation 3D du film Les Aventures de Pil
Animation 3D du film Les Aventures de Pil TAT Productions
Faire bouger, parler et rendre expressifs des héros animés, telle est la mission des animateurs 3D. Retour sur ce métier avec Floriane Caserio, qui officie notamment comme animatrice 3D et lead animatrice au sein de TAT Productions.

Utilisant des logiciels spécifiques, l’animateur 3D va créer du mouvement et donner vie aux héros principaux, aux personnages en second plan ou aux éléments du décor selon le département auquel il appartient. « Tout dépend du budget et du studio. Pour le film Les Aventures de Pil, la production qui durera 6 mois va se faire avec un département de 16 animateurs qui s’occupera des personnages principaux et un autre de 6 animateurs foule, chargés des personnages en arrière-plan,  ceux que les héros croisent par exemple lorsqu’ils se promènent dans un village », explique Floriane Caserio qui est lead animatrice pour ce film de TAT Productions et a découvert sa vocation pour l’animation grâce à un épisode de C’est pas sorcier sur ce domaine.

Intervenant après les phases d’animatique 2D (1er montage du film à partir des plans de story-board, avec l'enregistrement des voix temporaires) et de layout 3D (2ème version du montage du film qui est la retranscription la plus fidèle possible de l'animatique 2D dans l'espace 3D avec la mise en place des caméras, des mouvements de caméra, des décors, accessoires et la position des personnages dans le cadre), l’animateur 3D travaille non pas à partir d’un décor et de personnages finis, mais d’une version allégée, en basse définition. « L’animation, c’est 24 images par seconde pour un film (25 pour le format TV) et il faut mettre le personnage en pose à chaque image. Pour vérifier que les mouvements fonctionnent bien, on doit pouvoir lire la séquence dans notre logiciel, ce qui est impossible si le décor et les personnages sont en haute définition. Nous n’avons pas besoin de l’intégralité du décor pour travailler, sauf si le personnage a des interactions avec certains de ses éléments. On anime tout ce qui est en interaction avec le personnage. S’il s’accroche à une branche, on va l’animer un peu pour refléter les conséquences du poids du personnage. On animera aussi la fleur s’il en cueille une », précise Floriane Caserio en ajoutant qu’une autre équipe est dédiée, sur Les Aventures de Pil, à l’animation des vêtements et des cheveux.

Animation 3D des Aventures de Pil TAT Productions

Animatrice 3D depuis plus de 6 ans, Floriane Caserio a effectué à Bellecour Ecole à Lyon un Bachelor Créateur Concepteur en Imagerie Numérique 3D de 3 ans, une « formation générale sur toute la chaîne de production du cinéma d’animation ». La jeune femme, qui a ensuite obtenu dans cette même école d’art un Master Réalisation/Direction Artistique, souligne que ce cursus général est un vrai plus dans sa vie professionnelle actuelle. « Quand d’autres équipes nous demandent des informations ou des retouches, je sais de quoi elles parlent : nous communiquons mieux et plus facilement. En production, j’essaie d’anticiper les problèmes qu’il pourrait y avoir par la suite : savoir ce que font les autres départements me rend plus attentive aux possibles erreurs ». L’ajout par la suite des versions finales du décor et des personnages peut en effet mettre en évidence des problèmes qui nécessiteront des retouches par l’animateur 3D. « Nous n’avons pas toujours, par exemple, les informations d'épaisseur du sol définitif, d'épaisseur de la fourrure d'un personnage ou la simulation de ses vêtements comme nous travaillons sur une version allégée. Imaginez une rue pavée où il y a des trous et des bosses partout : cette information de relief apparaît au moment du rendu des images grâce à la texture, après l'animation. De même sur les personnages : leur fourrure, cheveux ou vêtements ne sont simulés qu’après l’animation. Il est donc possible que le pied du personnage ne touche pas le sol ou qu’il pénètre dans le décor si ce dernier a été un peu modifié. C’est le genre de choses dont on ne se rend pas compte en travaillant sur une version simplifiée et qui nécessite des allers-retours entre départements, et des retouches au plan par plan ».  

Animation 3D des Aventures de Pil TAT Productions

Un sens de la psychologie indispensable

Plusieurs critères sont pris en compte pour définir l’animation d’un personnage, parmi lesquels le sexe, le physique et le caractère. « Un homme ne marchera pas comme une femme. Un personnage joyeux peut par exemple se dandiner, un autre qui a de petites jambes va sautiller pour avancer à la même vitesse que les autres. Il faut sentir le caractère du personnage dans l’animation ». Le style de l’animation pour chaque personnage est choisi lors de la préproduction par le directeur d’animation et les leads d’animation, en accord avec le réalisateur et en s’appuyant sur le scénario qui décrit chaque personnalité. Cette étape permettra notamment à l’équipe de choisir entre une animation réaliste ou plus cartoon, puis de tester différents mouvements pour les personnages. « Il y a un gros travail de recherche pour définir les cycles de marche, de course ou de trot que les animateurs pourront ensuite intégrer dans leurs plans. A chaque fois qu’un personnage va courir, il le fera de la même façon. L’animateur n’aura qu’à retoucher le cycle pour l’intégrer pleinement dans le plan sur lequel il travaille. Seize personnes vont animer les personnages principaux pour Les Aventures de Pil, il faut donc qu’ils les animent de la même façon ».

Les Aventures de Pil, rendu final du plan TAT Productions

Pour ce long métrage, 7 personnes ont participé à la phase de préproduction, qui a duré 3 mois. L’une de leurs missions consistait à trouver comment animer un personnage moitié poule, moitié chat. « Est-ce qu’on fait des mouvements d’un animal ou de l’autre ou mélange-t-on les deux ? On s’est dit qu’il allait marcher comme un chat mais que sa tête bougerait comme celle d’une poule. Pour Gilbert, le scientifique tarsier des As de la jungle qui est très aigri, nous avons décidé de lui mettre des tics nerveux à chaque plan. Maurice, le héros qui est moitié tigre-moitié pingouin, marche comme un pingouin tandis que Miguel, le gorille qui a un caractère d’enfant, bouge de manière plus extravagante qu’un adulte. Les autres animaux, qui existent tous, ont été animés de manière assez réaliste ».

Si l’animateur 3D donne vie aux personnages en imaginant leurs mouvements, il doit également réussir à transmettre avec réalisme de l’émotion à travers leurs expressions. Pour y arriver, il peut s’inspirer de vidéos trouvées sur la toile ou se prendre lui-même comme exemple. « Nous nous filmons souvent pour voir comment jouer les scènes dont nous avons déjà les voix. Nous faisons plusieurs versions et nous choisissons le mouvement le plus naturel ou le plus drôle. L’animation est un jeu d’acteur. Nous grimaçons parfois devant nos écrans pour retranscrire la tristesse d’un personnage. De nombreux animateurs ont d’ailleurs un miroir sur leur bureau, non pas pour se regarder toute la journée mais pour voir comment son visage bouge lorsqu’il fait certaines expressions. Mais certaines animations, faites régulièrement, ne nécessitent pas autant de recherches », décrit Floriane Caserio.

Intermittents du spectacle, les animateurs 3D sont payés à la journée et leur contrat précise notamment la quantité de secondes à animer par jour. « Pour Les Aventures de Pil, nous devons faire 3,5 secondes d’animation par jour et par animateur. Pour la série Les As de la jungle, c’était 8 secondes et un peu moins pour le long métrage sorti en juillet 2017 », détaille-t-elle. Pour respecter ces quotas, le directeur d’animation veille au grain pour ne pas que l’animateur s’égare. Avec le réalisateur, il regarde ainsi régulièrement les plans finis et en cours pour s’assurer que la bonne direction a été prise et que le résultat est homogène.