Le Grand Bazar : « On avait envie de raconter une famille d'aujourd'hui »

Le Grand Bazar : « On avait envie de raconter une famille d'aujourd'hui »

25 juin 2019
Séries et fictions TV
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Le Grand Bazar
Le Grand Bazar Pascalito-M6
Le réalisateur du Nom des Gens, Michel Leclerc, et sa coscénariste, Baya Kasmi, ont créé la nouvelle série familiale de M6. Ils reviennent pour le CNC sur leur ambition.

Quelle est l’origine du Grand Bazar ?

Baya Kasmi : Au départ, trois auteurs avaient imaginé une première version de la série. Mais ce projet n'avait pas abouti. Ils n'avaient pas réussi à trouver un système sériel satisfaisant. Dans une série comme celle-ci, il faut réussir à placer un enjeu au début de chaque épisode pour le boucler à la fin, tout en donnant l'envie de voir la suite. Ce n'est pas une série policière, il n'y a pas d'enquête. On doit donc se débrouiller avec le matériel humain, c'est à dire les personnages.

Ici, ce sont eux qui déterminent le ton de la série…

Michel Leclerc : C'est vrai. On découvre progressivement les relations entre les uns et les autres, et à partir de chaque personnage, on cherche un axe de comédie. Il y a par exemple l'ex qui est dans le déni et refuse de voir que les choses ont changé. On pousse le curseur à l'extrême, et cela devient drôle. Il y a aussi le beau-père d'origine arabe, dont la fille se moque (notamment sur ses fautes de français). Mais on n’est pas dans la comédie pour la comédie. On essaie de dire quelque chose de l'évolution de la société, du gouffre entre les générations. Il y a un point de vue sociologique, presque politique, mais qui n'est pas dit de manière frontale. C’est plutôt présent dans les relations entre les gens.

Baya Kasmi : On ne voulait pas être dans le réalisme. Par contre, on essaie d'être juste, vrai. De prendre au sérieux des situations loufoques.

Le thème d’une société multiculturelle est aussi très présent dans l'histoire...

Baya Kasmi : Oui, parce que c'est la France d'aujourd'hui. On aurait pu choisir une famille de n'importe quelle origine, mais on voulait que ce thème soit présent, sans être appuyé. La modernité, je crois, c’est de rester léger, pas didactique. Cela dit, on voit que ça peut marcher : un film comme Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ? en est la preuve. Nous, par nature, on préférait rester un peu subtils sur ce terrain-là.

Michel Leclerc : Et puis qu’est-ce que le multiculturalisme ? Le Grand Bazar ne repose pas sur le concept : "Tu es si différent que j'ai du mal à te comprendre". Ce n’est pas l’enjeu des relations entre les beaux-parents. Ils sont tous chiants, à leur manière. La question des origines n'est pas un sujet.

Pourtant, la question du prénom du bébé se pose dès le premier épisode...

Baya Kasmi : Evidemment ! C’était précisément l'équilibre à trouver, parce qu'on ne voulait pas nier leurs origines. Ils sont commerçants, ils ont tel type de problèmes, ils sont sympas ou bougons, et il se trouve qu’ils sont d'origine maghrébine et font des fautes de français. C’est cela qu’on voulait montrer et assumer. Par exemple : le gag du "youyourte". C'est un classique pour tous les enfants de parents marocains. Mon père n’a jamais su prononcer ce mot correctement ! Si on a écrit cette histoire dans le premier épisode, c’est parce qu’il m’est arrivé de le reprendre, et qu’il en a été très vexé ! Je trouvais ça émouvant d'en parler dans la série. C’était notre « ligne de crête » : ne pas nier cela, même si, comme le dit Michel, ce n'est pas le sujet principal. Hormis un épisode où l'on traite de la circoncision, ce n'est pas l'objet de ces histoires de famille. C'est d’ailleurs un peu angoissant aujourd'hui, d'avoir des personnages définis uniquement par leur origine.

Le Grand Bazar, c'est le titre d'un film de Claude Zidi sorti en 1973. Est-ce un hasard ou un clin d'œil ?

Baya Kasmi : Franchement, c'est un hasard. Quand on a choisi le nom au départ, on voulait que la série s'appelle Joyeux Bordel. Si M6 aimait l’idée, ils n’aimaient pas ce titre. Quand le nom du Grand Bazar est arrivé, plus doux, ça nous a fait rire. Il y avait un parfum 70’s qui fonctionnait bien. Notre écriture a d’ailleurs été fortement inspirée par cette époque, par des films comme Un Éléphant ça trompe énormément. On avait l'envie de faire une comédie populaire innocente, sans aucun cynisme.

Le Grand Bazar, sur M6 – à partir du mardi 25 juin 2019