Le perchman, un métier d'équilibriste

Le perchman, un métier d'équilibriste

04 janvier 2019
Séries et fictions TV
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Benoît Guerineau sur le tournage de
Benoît Guerineau sur le tournage de "Dans la brume" Benoît Guerineau

Chargé de manipuler un micro installé au bout d’une perche lors d’un tournage, le perchman doit rester discret tout en étant omniprésent. Un métier qui demande une flexibilité à toute épreuve.


« Discrétion et flexibilité ». Tel est le credo du perchman, chargé de capturer les sons lors d’un tournage. « Certains vous diront autre chose, mais je pense qu’il faut très peu exister pour ne pas gêner les acteurs. Dès qu’ils bougent, le perchman doit bouger aussi. S’ils tournent la tête, nous devons également tourner le micro. C'est un métier d'observation visuelle et auditive », confie Benoît Guerineau, perchman depuis plus de 10 ans. « La perche, c'est vraiment quelque chose de particulier qui demande beaucoup d'expérience. Il y a aussi une partie assistanat : on s'occupe du matériel, de la gestion des batteries, des fichiers d'enregistrement », poursuit celui qui a travaillé pour les séries Versailles, Les Revenants et plus récemment Ad Vitam, ainsi que pour les films Dans la brume, La Fille de Brest, Frantz ou encore La Tête haute. « Le perchman doit être au courant de tout ce qui va se faire. En fonction de ce qu'on doit tourner, on sait quels éléments il faut utiliser. On utilise principalement la perche mais on peut la renforcer avec d’autres micros ou une deuxième perche », explique-t-il en soulignant l’importance de connaître le scénario.

Un métier difficile

Le perchman doit savoir s’adapter aux différentes scènes : « Si ça crie, il va monter la perche. Si ça chuchote, il va la descendre au maximum tout en restant hors cadre. Si le plan est large, le micro est loin et inversement ». Son objectif : ne rien rater des paroles prononcées par les acteurs. Il faut dire que tout ce qui est tourné peut désormais être utilisé à l’écran. « Avec les caméras numériques, on fait tout en plan-séquence. Ça complique les choses car tout ce qui est filmé peut être monté. Il faut tout capter car on ne peut pas faire de choix à la place du monteur ou du réalisateur », souligne Benoît Guerineau. Rester de longues heures les bras en l’air pour tenir la perche est la principale difficulté de ce métier. « On ne peut pas faire ce travail toute la vie, surtout avec les rythmes actuels. Avant, on tournait un long métrage en 12, 13 semaines. Maintenant, c’est 8 et le métrage n’a pas changé. C’est un métier d’avenir mais il faut une bonne forme physique, une bonne hygiène de vie et de la souplesse », précise ce technicien qui a dû faire face aux contraintes physiques de son métier. Perchman depuis plus de 10 ans, il a en effet déjà eu 2 hernies discales. A 41 ans, il se dirige désormais vers une carrière d’ingénieur son, la « suite logique du métier de perchman ». « S’il faut refaire de la perche, j’en referais. C’est un métier passion, mais physiquement c’est difficile, je n’ai plus de dos », confie-t-il.

Malgré les difficultés, ce métier permet de vivre des moments marquants.
« Lors d'un film en Birmanie, je me suis retrouvé sur une pirogue avec tout mon matériel et quelqu’un qui écopait parce qu'elle prenait l'eau… Sur le tournage de Dans la brume, j’ai été photographié en haut du toit, au 10è étage, avec la perche à bout de bras. Si je glissais, je tombais. En Guyane, pour le film 600 kilos d’or pur, je me suis retrouvé dans la forêt pendant deux mois. Je faisais de la perche au bout de la pirogue conduite par un ambulancier : j’avais le pied sur la proue du bateau, s’il tombait moi aussi. Ce film-là est également la première fois que j'ai fait de l'hélicoptère au-dessus de la forêt. Je m'en rappellerais toute ma vie », détaille Benoît Guerineau en replongeant dans ses souvenirs et en soulignant, malgré tout, la difficulté d’être loin de sa famille pendant de longues semaines.  

Quel salaire pour un perchman ?

Si des formations de perchman existent – notamment à la Fémis, l’Ecole nationale Louis-Lumière, l’Esra ou dans des BTS audiovisuel option métiers du son -, Benoît Guerineau s’est lancé dans ce métier « un peu par hasard ». « J'ai travaillé dans une société de location de matériel (DC Audiovisuel) comme petite main entre 2000 et 2005 et ils m'ont donné la passion du son. Un ingénieur du son m'a demandé un jour ce que je voulais faire. J'ai répondu « de la perche » et il m'a pris. C’est un coup de bol, je n’ai pas fait d’études pour ça ». Pour se faire une place dans ce métier à forte concurrence, il faut avant tout « avoir une bonne réputation et être sympathique ». « Sur les plateaux, tout le monde se connaît. Si on se comporte mal, on ne dure pas longtemps ».

Côté rémunération, il existe un salaire conventionné à 1280 euros brut, environ, la semaine. Mais ce tarif n’est pas toujours respecté. « Il y a une grille de salaire, on est rarement au-dessus, parfois en-dessous. C’est toujours de la négociation, mais il faut parfois aller dans le sens du film et de la production. Dans nos conventions, nous avons également deux heures supplémentaires non payées. Si on termine un jour à 20h au lieu de 18h, on ne gagnera pas plus », explique Benoît Guerineau qui précise que les heures de préparation sur le plateau, avant le tournage, ne sont pas toujours rémunérées. Si le salaire conventionné est « bon », il tient à rappeler que le perchman, comme n’importe quel intermittent du spectacle, peut avoir de longues périodes d’inactivité, durant lesquelles il ne touchera pas forcément d’indemnités chômage. « Aujourd’hui, il y a davantage de conditions pour les toucher que lorsque j’ai commencé. Il ne faut plus vraiment compter là-dessus. Il faut mettre de côté quand on travaille pour équilibrer », conclut-il.