L’Effondrement : la société s’écroule dans la mini-série de Canal+

L’Effondrement : la société s’écroule dans la mini-série de Canal+

16 novembre 2020
Séries et TV
L'Effondrement
L'Effondrement Et BIM - Studio + - Canal + - Synchrone Média
Connus jusqu’ici pour leurs courts métrages postés sur leur chaîne YouTube, les membres du collectif Les Parasites ont dernièrement tourné L’Effondrement (Et BIM - Studio + Canal + Synchrone Média), mini-série diffusée sur Canal+ (et désormais sur YouTube), aussi anxiogène que virtuose, qui retrace l’écroulement de la société sur plusieurs centaines de jours, suite à un événement dont on ne connaîtra jamais la teneur. Chaque épisode a été réalisé en plan-séquence et le tournage a été pensé pour réduire au maximum son impact environnemental. Jérémy Bernard, Guillaume Desjardins et Bastien Ughetto reviennent pour nous sur la construction de cette série.

Pourquoi l’effondrement de la société vous semblait être un bon sujet de série ?

Bastien Ughetto : On avait un autre projet qui tardait un peu à entrer en production, on a donc commencé à réfléchir à un autre sujet. On a toujours aimé les films post-apocalyptiques mais on voulait quelque chose de beaucoup plus réaliste. Cela fait des années qu'on est inquiets de la situation de la société dans laquelle on vit, que ce soit au niveau de l'environnement ou de l'évolution globale de la planète. 

Guillaume Desjardins : L’Effondrement était un sujet qu'on commençait à étudier et on a même rencontré Jacques Blamont, qui est l'un des fondateurs du programme spatial français. On a provoqué un déjeuner avec lui car on avait lu certains de ses livres sur la collapsologie. Nous nous sommes beaucoup documentés et nous pensons que notre société va droit dans le mur. Comme on ne connaissait pas de fiction qui racontait exactement ça, on a fait ce qu'on aurait aimé voir. 

Bastien Ughetto : On est très pessimistes par rapport à l'avenir. C’est de ça dont on a eu envie de parler à travers ces huit épisodes.

Au départ, il ne devait y avoir que six épisodes…

Bastien Ughetto : Tout à fait. On a commencé par filmer seuls celui de la station-service, en l’autoproduisant pour 7 000 euros grâce à nos abonnés qui nous aident via notre Tipeee. Derrière, on avait l’idée de le sortir sur notre chaîne YouTube. Et une fois tourné, on l'a finalement envoyé à Canal+ et à France Télévisions : les deux groupes ont été immédiatement intéressés par le projet. Les choses sont devenues sérieuses et on a finalement choisi Canal+, avec qui on a fait les huit épisodes.

 

L’idée du plan-séquence faisait partie du projet dès le départ ?

Guillaume Desjardins : Pas tout à fait. Au début, seul celui de la station-service avait été imaginé ainsi. Et c’est en le réalisant qu’on s'est rendu compte qu'on voulait tous les faire en plan-séquence. On a tout réécrit en fonction.

C’est un grand défi technique…

Bastien Ughetto : Oui (Rires). C’est certainement plus dur mais on en avait vraiment envie. Et ça venait aussi compléter l'expérience du spectateur par rapport au sujet, ce qui n'était pas rien.

Guillaume Desjardins : Le plan-séquence permettait de montrer l’effondrement de la façon la plus réaliste possible. Ça plonge le spectateur dans le temps des personnages, dans un temps réel. Il n’y a pas d'échappatoire à travers des ellipses, le spectateur est coincé dans la fiction. Après, on a parfois triché, mais les coupures sont invisibles.

Vous avez fait le choix de ne pas montrer ce qui cause l’effondrement. Pourquoi ?

Jérémy Bernard : Parce que ça ne nous intéressait pas de montrer les causes.

Personne n'est d'accord sur ce qui pourrait créer l’effondrement global, qui pourrait en fait provenir de plusieurs petits effondrements. On était surtout intéressés par ce qui se passe après.
 

Ce qu'on dit aussi dans le dernier épisode de la série, c'est que l'effondrement est déjà là pour de nombreux pays, notamment ceux du Sud. On le voit en ce moment à la frontière gréco-turque. L’idée était de faire une série assez universelle. C’est pour ça qu’il y a beaucoup de situations différentes, mais qui, je crois, touchent tout le monde. Chaque épisode est centré sur l'humain.

Guillaume Desjardins : On a quand même raconté un effondrement d'occidentaux qui perdent leurs privilèges. Et c'est ça qui nous intéressait : montrer à quel point nous sommes dépendants d'un système qui, s'il ne tient plus la route, nous fait perdre tous nos repères. C'était un point d’entrée qui nous permettait d'aborder plein d'autres sujets. C'est d'ailleurs pour ça qu'on l'a pensé comme une anthologie, une collection de courts métrages, plus qu'une série feuilletonnante. On a raconté un effondrement brutal parce que scénaristiquement, on avait besoin de ça pour le rendre attrayant, un peu spectaculaire et cinématographique.

Le sujet est sombre et la série refuse catégoriquement de rassurer ses spectateurs…

Bastien Ughetto : On ne voit strictement aucune raison d'espérer une amélioration puisque rien de concret n'est engagé au niveau mondial. On a toujours foi en l'humain et on sait qu'on est capables de plein de choses, mais la situation est dramatique et ne cesse de s'empirer.

Jérémy Bernard : Nous sommes pessimistes depuis longtemps. Je dirais réalistes, en fait. Il y a une telle urgence et on prend le virage tellement lentement en tant qu’espèce. Comment ne pas être pessimiste ?

 

L’Effondrement est une éco-production. Est-ce une volonté de votre part et pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste un tournage écologique ?

Bastien Ughetto : Nous sommes tous les trois végétariens ou vegans, et nous avions envie que le tournage le soit également. Nous avons imposé cette condition dès le début. La production a été de suite enthousiaste, car ils avaient entendu parler du label Ecoprod, avec qui on a travaillé. Concrètement, cela veut dire qu’il n'y avait aucune utilisation de plastiques à usage unique, qu’on s’est déplacé en covoiturage, que la régie était végétarienne, qu’il n’y avait pas de gaffer... Mais pour nous, en tant que réalisateurs, ça n'a pas changé grand-chose.

Jérémy Bernard : On n'a pas écrit les épisodes en se disant qu'il fallait penser écologie, c'est venu après. On n'a rien modifié à l’écriture et d’ailleurs on n'aurait pas voulu que ça soit le cas. On sait que les films polluent et si on voulait arrêter de polluer, on ne ferait peut-être plus de films du tout.

Mais la démarche de l'éco-production, après l'avoir vécue, nous semble évidente. Elle sera mise en place sur nos prochains projets car ce sont des changements très basiques et de pur bon sens, finalement. C'est simplement une remise en question des habitudes.

Après, c'est forcément beaucoup de travail pour le régisseur général. Mais tout le monde a joué le jeu. 

Bastien Ughetto : En fait, il faudrait une loi pour obliger tous les producteurs et les entreprises à aller dans ce sens. C'est tellement simple, évident, facile et concret, qu'on ne comprend pas pourquoi ça n'est pas généralisé.

Jérémy Bernard : Et c'est un gain d'argent finalement. On dépense moins en faisant du covoiturage et en n’achetant pas 500 gobelets en plastique à la journée. 

Bastien Ughetto : C'est économique et écologique.

Dans les coulisses de L'EffondrementCanal+ - Les Parasites

Quand on réalise à trois, qui fait quoi, concrètement ? 
Guillaume Desjardins : On était tous les trois réalisateurs et scénaristes de tous les épisodes. Être trois n'était pas de trop, car c'est un projet exigeant et c’était assez confortable de pouvoir avoir un œil sur tout. Moi j'étais au cadre ; Jérémy réglait le rythme des scènes avec un talkie et un retour vidéo qui lui permettaient de lancer toutes les actions dans le timing ; Bastien était au combo et au retour vidéo, donc il pouvait prendre des notes et rester très vigilant. À la fin des prises, on se retrouvait pour partager nos retours.

 

C’est votre premier projet avec une chaîne. Vous avez envie de continuer ou de rester indépendants sur YouTube comme vous le faites depuis longtemps ?

Guillaume Desjardins : On est très contents du retour de la série, qui nous a ouvert beaucoup de portes et de rendez-vous chez de nombreux producteurs et diffuseurs. Rien n'est encore précis, mais on sait qu'on a envie de continuer à être financés (Rires). On enchaîne les rendez-vous. En tout cas on vise le long métrage, et on est très séduits par la salle. Faudra-t-il accepter d'être sur des plateformes ? On ne le sait pas encore.

L'Effondrement a bénéficié du fonds d'aide à la création du CNC.