MIAM ! met l'écologie au centre de la production numérique, grâce à la 3D temps réel

MIAM ! met l'écologie au centre de la production numérique, grâce à la 3D temps réel

15 mars 2021
Séries et TV
Edmond and Lucy
Edmond and Lucy Miam animation
Fondée par Hanna Mouchez en 2016, MIAM! animation a développé un appétit certain pour les contenus de qualité à destination de toute la famille. Et depuis 2019, la société a lancé Miam ! Studio, spécialisé dans la 3D temps réel. Une approche éco-responsable de la production numérique aux innombrables atouts. Rencontre.

Pourquoi est-ce que vous vous êtes lancée dans la création de MIAM !, il y a 5 ans ?

J'ai d'abord travaillé au studio d'animation Millimages. J'ai eu la chance de toucher à tout. A la fin, j'étais notamment chargée de toute la distribution et de la vente à l'international. Je m'occupais aussi de co-production. Et puis au bout de 7 années, j'ai eu envie de développer ma propre ligne éditoriale. Ce sont les événements de novembre 2015 qui ont tout changé pour moi. Je travaillais alors dans le 11e arrondissement. Tout à coup, j’ai pris conscience qu'il fallait passer en responsabilité et être utile. J'avais cette intuition que dans mon métier, pour changer le monde - parce qu'il ne faut pas avoir peur des mots -, il faut se placer du côté des récits. Construire des récits forts qui permettent de transporter les gens, les émerveiller, les secouer, éveiller les consciences, donner de l'espoir...

Aujourd'hui, qu'est-ce qui fait la force de MIAM ! ?

On est sur trois activités principales. D'abord, on initie des projets en faisant de la production déléguée, surtout à destination des enfants. A l'heure actuelle, deux projets sont en production, bientôt trois. Miam ! c'est aussi une société de distribution, qui fait de la vente à l'internationale, avec un catalogue qui compte une vingtaine de séries. On s’adresse également aux adolescents et aux adultes.

Ce qui nous intéresse, c'est une certaine forme d'audace. L'important, c'est le contenu, le concept, l'originalité. On travaille avec une dizaine de producteurs français indépendants.

Enfin, le troisième pilier, c'est le studio, que j'ai monté fin 2019. L'idée, c'était d'être capable d'être autonome sur le plan financier comme sur le plan artistique et éditorial. Quand on initie des projets ambitieux, on a envie de conserver cette ambition jusqu'au bout dans la fabrication. On s'est lancé avec de la 3D temps réel, ce qui reste encore assez inédit à l'heure actuelle. Quand on a fait notre première série Edmond et Lucy, à l'époque, on n'aurait pas pu trouver un studio de 3D temps réel sur lequel s'appuyer, simplement parce que ça n'existait pas.


« L'idée, c'est d'être cohérent à tous les niveaux, sur le contenu, autant que sur la manière de fabriquer »


La 3D temps réel permet-elle une approche de développement durable dans la production numérique ?

L'idée qui traverse notre entreprise, c'est la volonté d'être utile vis à vis de la planète, d'un point de vue écologique. Le projet de MIAM !, c'est d'être cohérent à tous les niveaux. Sur le contenu, autant que sur la manière de fabriquer. Ça ne sert à rien de fabriquer des séries qui se veulent utiles pour la Terre, si c'est pour passer deux années à polluer pour les faire... Mieux vaut s'abstenir.

Comment est-ce qu'on fait, alors, pour être éco-responsable dans le monde de l'animation ?

Hanna Mouchez DR

Lorsque vous fabriquez un dessin animé, c'est comme lorsque vous fabriquez une voiture. Vous pouvez choisir de le faire de façon "old school", en utilisant des machines et des outils "old school", avec des serveurs qui tournent toute la journée. Parce que le principe de la 3D de base, qui utilise des logiciels classiques, c'est que les images sont très lourdes. Pour être capables de calculer ces images, il faut des Fermes de rendu (grappe de serveurs dont l'objectif est de calculer le rendu des images de synthèse, typiquement pour les effets spéciaux au cinéma ou à la télévision - ndlr). Les studios ont ainsi des mètres et des mètres carrés de serveurs qui moulinent toute la journée. Et ça, ça dégage une pollution très importante, contribuant au réchauffement climatique. Certains studios, comme Team TO, recyclent déjà cette énergie pour en faire quelque chose d’utile, comme chauffer une piscine publique, des immeubles etc. Et puis c'est un milieu où l'on envoie un nombre incalculable de mails avec de très grosses pièces jointes, pour validation. Et ça aussi, il faut bien comprendre que ça génère une grosse pollution. Face à ces problématiques, la 3D temps réel apporte des solutions.

« On utilise ce moteur de rendu qui nous vient des jeux vidéo, dans un autre tuyau, celui des dessins animés »


Comment ça marche ?

Il s'agit de se servir des logiciels qui sont utilisés depuis une vingtaine d'années, pour faire des jeux vidéo ! Pour schématiser, cela permet de ne plus avoir à calculer vos images en 3D. Sachant qu'une image nécessite 30 minutes de calcul environ, et que dans une seconde d'animation, il y a 25 images... Je vous laisse faire les comptes. Cela signifie que, quand vous fabriquez votre dessin animé, avant même de voir à quoi ça ressemblera, cela nécessitera des heures et des heures d'ordinateur qui calculent. C'est très lourd. Ainsi, dans les séries animées en 3D, on met habituellement peu de détails, de personnages ou des décors réduits, pour que le rendu soit moins lourd à calculer.

On s'est lancé dans la production d’Edmond et Lucy, pour France Télévision, en adaptant l'univers de Marc Boutavant, un illustrateur qui fait des albums somptueux, où la nature est hyperprésente. On a adoré l'idée de pouvoir reconnecter les enfants à la nature. Pour cela, il nous fallait du détail. Les arbres, les fleurs, les ambiances, les atmosphères. Il aurait fallu beaucoup d'argent pour le faire avec la 3D classique, sans réduire notre ambition artistique. Alors on a innové.
On a été voir du côté du jeu vidéo, qui utilise des moteurs de rendu, en temps réel. Eux, ne rendent pas les images. C'est au moment où vous entrez dans une pièce, dans un monde, que le rendu se fait. Tant que vous n'avez pas ouvert la porte, tout ce qui existe derrière est en puissance, mais n'existe pas. Ce monde n'a pas encore été calculé.

Ces derniers temps, les deux gros pourvoyeurs de logiciels de jeux vidéo, Unreal et Unity, ont tellement progressé, qu'ils arrivent à produire des images, qui ressemblent à celles qu'on a en série. Il y a quatre ou cinq ans, on n'aurait pas pu utiliser la 3D temps réel pour faire une série d'animation, ça aurait été très laid, trop pixélisé. Mais aujourd'hui, ça marche ! On est à la croisée des chemins. On utilise ce moteur de rendu qui nous vient des jeux vidéo pour un autre secteur, celui des dessins animés. Finalement, on fabrique des images de qualité supérieure à ce qu'on pourrait faire avec de la 3D normale avec un budget de série. Pour les films à gros budget, il y a encore un écart, mais très sincèrement, je pense que très bientôt, la 3D temps réel arrivera au même niveau.

Et avec la 3D temps réel, vous produisez plus propre ?

Oui, parce qu'en fait, il n'y a plus de temps de calcul. Je n'ai plus d'ordinateurs par milliers qui tournent en permanence. Le temps réel offre en terme de coût un abaissement des barrières à l'entrée du marché des studios 3D. Cela permet de garder une indépendance financière qui est loin d'être anodine.

C'est une technique qui tend à se développer au sein des studios d'animation en France ?

Je suis persuadée que d'ici quelques années, tout le monde se sera mis au temps réel, tant les avantages sont énormes. Et tant mieux.

Plus on aura de concurrents dans ce domaine, plus ce sera bon signe pour la planète finalement. Mais ce sont aussi les contenus qui font la force d'une boîte. Utiliser une méthode propre et innovante, c'est bien, mais ce qui nous démarque, c'est la force de nos récits et l'originalité de nos contenus. On a lancé le studio en 2019, à une époque où personne ne faisait encore de la 3D temps réel, avec cette première production, Edmond et Lucy, qui sera livrée à France Télévisions pour 2022. Et on vient de signer un deuxième projet en 3D temps réel, qui s'appelle Les Minus, avec Canal +, pour 2023.