Ovni(s) : "En plus du Minitel et du TGV, la France a eu le GEPAN"

Ovni(s) : "En plus du Minitel et du TGV, la France a eu le GEPAN"

11 janvier 2021
Séries et TV
Ovni(s) de Clémence Dargent et Martin Douaire
"Ovni(s)" de Clémence Dargent et Martin Douaire Be-Films - UMedia - Montebello Productions - Canal +
Comédie SF dans la France giscardienne, Ovni(s), la nouvelle série de Canal+, fait la lumière sur le GEPAN, un bureau d’études des objets volants non identifiés créé dans les années 70. Les scénaristes Clémence Dargent et Martin Douaire nous racontent comment cette « exception culturelle » a nourri leur désir de fiction.

Qu’est-ce qui a présidé à la création d’Ovni(s) : votre envie d’écrire une comédie ou votre intérêt pour la science-fiction ?

Martin Douaire : Avec Clémence, nous avons plutôt une fibre d’auteurs comiques, nous avions envie de quelque chose de drôle. Le point de départ de la série, c’est notre curiosité pour l’existence du GEPAN [Groupe d’études des phénomènes aérospatiaux non identifiés, NDLR] en France. L’aspect pittoresque des ovnis nous poussait vers la comédie, en sachant que l’écueil, c’était que ça tourne à la farce, à la parodie.

Nous voulions de la comédie, oui, mais nous voulions aussi rencontrer un vrai sujet.

Clémence Dargent : Le mot « ovni », en France, évoque quelque chose d’un peu ridicule, des références comme La Soupe aux choux ou Le Gendarme et les extraterrestres. Mais les ovnis, c’est aussi X-Files. On a donc eu envie de faire un mélange des genres. Au tout début, Ovni(s) était notre travail de fin d’études à la Fémis. Nous l’avions conçue plutôt comme une sitcom, sur les aventures d’un type très cartésien qui fait face à des situations improbables. Mais Canal+, qui aimait beaucoup l’univers et voulait en faire une série de prime time, nous a dit : « Il faut croire à vos ovnis. » Nous avons donc élaboré une mythologie plus vaste et pris au sérieux la question que pose la série : « Sommes-nous seuls dans l’univers ? »

Comment avez-vous eu vent de l’existence du GEPAN ?

MD : De façon très anecdotique : par un chauffeur de taxi ! Je m’intéresse beaucoup à l’espace, et il m’a parlé de ce bureau qui avait ouvert dans les années 70 pour s’occuper de ces phénomènes inexpliqués. Il y avait comme un paradoxe : en France, on a parfois l’impression que la science-fiction ne fait pas vraiment partie de notre ADN culturel, mais on est pourtant le seul pays au monde à avoir connu une initiative comme le GEPAN. C’est une époque que Clémence et moi n’avons pas connue directement : celle où Jean-Claude Bourret présentait le 13 h de TF1, et où les ovnis prenaient beaucoup de place, dans la littérature, dans l’actualité, dans l’imaginaire… Ça a attisé notre curiosité.

En faisant des recherches sur le GEPAN, on s’est rendu compte qu’ils avaient vraiment été des pionniers, qu’ils avaient mis en place une méthode d’observation de ce qui était alors un véritable phénomène culturel.

En plus d’avoir le premier réseau Minitel, un train à grande vitesse, la France a aussi eu ce bureau qui s’occupait des ovnis. C’était une exception culturelle.

Ovni(s) de Clémence Dargent et Martin Douaire Be-Films/UMedia/Montebello Productions/Canal +

 

Vous êtes entrés en contact avec eux ?

CD : Oui, ils nous ont ouvert leurs portes, très gentiment. Le jour où on les a rencontrés, au CNES [Centre national d’études spatiales, NDLR], à Toulouse, on est allés avec eux voir Contact – ils présentaient le film dans un cinéma. Ce genre de projections et de rencontres font partie de leur mission de service public et leur permettent d’expliquer ce qu’est le GEIPAN [Groupe d’études et d’informations sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés, le nouveau nom du GEPAN, NDLR]. Notre rencontre a peut-être été facilitée par le fait qu’à l’époque, notre série n’était qu’un projet de fin d’études. On n’avait aucune idée qu’elle allait se retrouver sur Canal+ !

MD : On a aussi pris contact avec le directeur du GEPAN de l’époque et l’un de ses enquêteurs qui nous ont donné accès à leurs archives. C’est comme ça que tout a commencé, en écoutant leurs histoires, en découvrant leur univers. Ça nous a confortés dans l’idée qu’Ovni(s) devait être une série sur l’humain. Pas sur des phénomènes grandioses ou spectaculaires, mais sur ces vies consacrées à rencontrer les autres, à écouter des récits qu’on n’était pas forcément préparés à écouter. C’est grâce à ce matériau très humain qu’on s’est dit qu’il y avait une fiction à en tirer.

À travers le GEPAN, vous réfléchissez à des questions très contemporaines : le décrochage entre les élites et le peuple, le complotisme…

MD : C’est en effet la conclusion à laquelle arrive le personnage à la fin de la série, au moment où il comprend qu’il n’y a peut-être pas de grande découverte scientifique à faire, mais se dit que les institutions comme le GEPAN sont néanmoins essentielles : si elles n’existent pas, alors les gens sont laissés dans la solitude de leur questionnement. Si on ne leur offre pas d’endroits où venir chercher des réponses, alors on les laisse aux mains des escrocs, des gourous, et on peut les perdre à jamais. Ça reste un sujet complètement actuel. Si on laisse les gens qui ont vu des lumières dans la nuit chercher des réponses uniquement sur internet, ils peuvent trouver des tas de choses qui vont les faire s’éloigner de la société. La création du GEPAN, à l’époque, était une manière de dire qu’on peut penser différemment mais se parler quand même. Qu’on peut être rationnel tout en posant des questions inhabituelles.

Ovni(s)
Une série de 12 épisodes de 30 minutes
Créée par Clémence Dargent et Martin Douaire
Écrite par Clémence Dargent et Martin Douaire, avec la collaboration de Julien Anscutter, Marie Eynard, Clémence Madeleine-Perdrillat et Raphaëlle Richet
Réalisée par Antony Cordier
Produite par François Ivernel pour Montebello Productions
Avec Melvil Poupaud, Michel Vuillermoz, Géraldine Pailhas, Quentin Dolmaire, Daphné Patakia, Jean-Charles Clichet, Laurent Poitrenaux, Nicole Garcia…
Musique : Thylacine
Sur Canal+