Shira Geffen : "Il y a un quelque chose de David Lynch dans L'Agent Immobilier"

Shira Geffen : "Il y a un quelque chose de David Lynch dans L'Agent Immobilier"

07 mai 2020
Séries et TV
Mathieu Amalric dans LAgent Immobilier
Mathieu Amalric dans LAgent Immobilier Charles Paulicevich/Arte
Diffusée en intégralité jeudi 7 mai sur Arte et disponible en replay sur le site de la chaîne, la mini-série L'Agent Immobilier a été imaginée par l'auteur israélien Etgar Keret et son épouse Shira Geffen. Cette dernière revient sur la conception et les enjeux de cette fiction, récompensée par le Prix du meilleur scénario lors de l'édition 2019 du Festival de La Rochelle.

Vous avez écrit cette série avec Etgar Keret. Pourtant L'Agent Immobilier n'est pas adapté d'un de ses romans.

Non, ce n'est pas une adaptation, ou pas exactement. C'est une nouvelle histoire, qui pioche des éléments dans plusieurs livres d’Etgar. Un peu comme ce poisson rouge qui « conseille » le héros. C’est un animal qui revient souvent dans son travail...

Comment avez-vous travaillé concrètement avec lui au quotidien ?

On s'est calé de longues plages d'écriture, plusieurs heures par jour. On a beaucoup discuté et il y a eu beaucoup d'allers-retours pour aboutir à une version définitive du scénario. D'ailleurs, au départ, on avait prévu de faire cette série en six épisodes, mais Arte nous a demandé de la réduire à quatre, ce qui n'a pas été simple.

Le script original est en hébreu mais vous avez décidé de placer l'action en France et donc de filmer en langue française. Pour quelle raison ?

Parce qu'on a porté le projet avec la société de production française Les Films du Poisson et ensuite avec Arte France, qui a très vite été emballé. Après, l'histoire de ce loser qui traîne sa misère, ce récit de filiation… ce sont des thèmes universels, qui auraient pu se passer à peu près n'importe où.

Comment avez vous fait pour que les dialogues et le script restent fidèles à l'esprit original du scénario ?

La productrice Yaël Fogiel (fondatrice des Films du Poisson), qui parle hébreu et français, a fait un gros travail de traduction, pour retranscrire au mieux notre façon de voir les choses. Et puis durant le processus, Mathieu Amalric a aussi pris une place importante dans sa manière d’adapter les mots. Ils nous disaient comment telle ou telle chose se dirait plus naturellement, en Français.

Mais si vous ne comprenez pas la langue de Molière, ce doit être frustrant de ne pas pouvoir regarder le résultat de votre travail ?

Non. On comprend tout, parce qu'on connaît les scripts par cœur. On sait chaque mot qui est prononcé par les acteurs et on a parfaitement réussi à se débrouiller, sur le plateau, au moment de réaliser les épisodes.

Dès le départ, vous avez pensé à Mathieu Amalric pour le rôle d'Olivier ?

Oui, on se connaissait déjà un peu, on s'était croisé plusieurs fois, et on n'a pas vraiment imaginé quelqu'un d'autre pour ce rôle. Pour tout dire, on a écrit le personnage d'Olivier en pensant à lui : on l'a écrit pour lui.

L'Agent Immobilier, c'est une histoire un peu folle, avec un héritage, un poisson qui parle, un voyage dans les années 70... Comment décririez-vous la série ?

Je ne pense pas qu'on puisse la définir en un seul mot. C'est une sorte de comédie loufoque, sombre, mixée avec du drame et un peu de fantastique. Il y a un quelque chose de David Lynch. C'est relativement indéfinissable.

Est-ce que cette série vous avez envie de tourner à nouveau en France ou en Français ?

Totalement ! C'est une expérience qu'on aimerait beaucoup réitérer avec Etgar. On a un lien particulier avec la France, puisque moi j'ai reçu la caméra d'Or à Cannes en 2007 (pour le film Les Méduses). Mais pour l'heure, je prépare mon prochain film, qui sera en hébreu.

Et une suite de L'Agent Immobilier, ce serait possible ?

Oui pourquoi pas. Je dois avouer qu'on y a un peu pensé déjà. On adore le personnage d'Olivier et on serait ravis de le faire revenir. Je crois qu'il faudrait une centaine de saisons pour qu'il arrive au bout de tous ses problèmes !

L'Agent Immobilier, 4 épisodes, à voir sur Arte ce jeudi 7 mai.