« Tu mourras moins bête » : l’animation au service de la vulgarisation scientifique

« Tu mourras moins bête » : l’animation au service de la vulgarisation scientifique

20 juin 2019
Séries et fictions TV
Tu mourras moins bête
Tu mourras moins bête DR - Folimage- Ex Nihilo - Arte France
Adaptée d’une bande dessinée publiée sur un blog avant de faire l’objet de plusieurs tomes en librairie, la série d’animation Tu mourras moins bête, diffusée sur Arte, répond, en 3 minutes chrono et avec une pointe d’humour, à des questions scientifiques étonnantes. Rencontre avec Marion Montaigne, l’auteure et illustratrice de cette BD.

« Comment devenir un beau fossile ? », « Peut-on être digéré vivant ? », « Le boson de Higgs, quésaco ? » ou encore « Quand pourrons-nous voyager comme dans Alien ? »… Voici quelques exemples de questions auxquelles répond en BD Marion Montaigne. « J’adore me documenter et faire des enquêtes lorsque je ne comprends pas quelque chose. En 2008, j’ai commencé à publier sur un blog ce que je dessinais, autour d’un petit alter ego qui racontait ce qu’il avait compris, comme si je le faisais autour d’une table avec des amis », raconte celle qui a appris l’illustration à l’école Estienne puis l’animation aux Gobelins. Ainsi est né Tu mourras moins bête, publiée depuis sous forme d’albums, et devenu une série d’animation diffusée par Arte.

Le rôle de la communauté scientifique

Pour répondre aux questions qu’elle se pose, que certains internautes lui envoient ou qui lui viennent de discussions avec des scientifiques, Marion Montaigne réalise un important travail de recherche seule. Mais elle bénéficie aussi régulièrement de l’aide de chercheurs. Par exemple Mehdi Moussaïd, spécialiste en sciences cognitives. « Il étudie les foules et a écrit un livre sur le sujet. Il m’a contactée lorsque j’ai utilisé certaines de ses recherches. Il a apprécié ce que j’en avais fait et m’a conseillée pour que je corrige certaines choses », précise Marion Montaigne.

Si certains scientifiques acceptent de jouer un rôle dans ses recherches et de l’aider à clarifier les sujets qu’elle maîtrise moins, d’autres sont moins enclins à œuvrer pour ce travail de vulgarisation. « Pour certains, vulgariser revient à déformer la réalité. Ils disent ainsi que ‘simplifier, c’est trahir’. Pour Tu mourras moins bête, il faut des personnes ouvertes, qui comprennent que tout le monde n’a pas un bac+6 et que le public ne va pas faire une thèse dans leur domaine après avoir vu un épisode ».

Pop culture

Tu mourras moins bête traite principalement de questions liées à la biologie. « Je n’arriverais pas à faire ça en histoire ou en littérature, je suis davantage portée sur le vivant. C’est fascinant de connaître des choses qui nous concernent tous », confie Marion Montaigne qui souligne la « flexibilité » apportée par la BD. « Je peux aller où je veux, mettre en scène, grâce à ma mémoire visuelle, des lieux qu’on ne peut pas forcément photographier... Je peux aller dans le passé, dans l’espace, ça ne coûte pas plus cher (rires) ! ».

Cette liberté se retrouve également dans le ton sans tabou, plein d’humour et de références à la pop culture. « Je traite souvent de sujets un peu difficiles et je n’épargne rien au public. L’humour permet de rendre certains détails supportables. Il aide également à éviter le côté « donneur de leçons »… En lançant le blog, je me suis demandé comment intéresser le public à des choses aussi compliquées que le transfert de gènes. Partir d’une référence qu’on connaît, comme Star Wars, aide. »

Après avoir réuni ses planches dans plusieurs tomes, Marion Montaigne a poursuivi son travail de vulgarisation scientifique sur le petit écran. Diffusée sur Arte, la série d’animation Tu mourras moins bête (produite par Ex Nihilo, Folimage et ARTE France) est composée d’épisodes de 3 minutes. Un format auquel elle a dû s’adapter. « Pour une question, il me faut un mois, un mois et demi de travail. Les épisodes sont donc assez proches de la BD car pour chaque saison, je dois en fournir 30 en peu de temps. Il m’est donc impossible de tout refaire. Mais une question est traitée de manière plus courte pour la websérie que dans la BD. Il y a donc un gros travail d’écriture et de storyboard ». Ces storyboards, validés par Marion Montaigne, sont réalisés par plusieurs artistes. « Les pauvres, ils partent de mes dessins. Ils ont dû apprendre à dessiner comme moi, ce qui n’était pas facile au départ car il faut déborder et ne pas être propre ! », conclut-elle.

La saison 3 de Tu mourras moins bête est actuellement en production. La série est diffusée sur Arte et disponible sur Arte.tv.