Caroline Cellier, l’élégance faite actrice

Caroline Cellier, l’élégance faite actrice

17 décembre 2020
Cinéma
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Caroline Cellier dans Poulet au vinaigre
Caroline Cellier dans "Poulet au vinaigre" mk 2 Films - DR
Césarisée pour L’Année des méduses, l’héroïne du Zèbre s’est éteinte le 16 décembre à 75 ans

« Vous savez, à 50 ans aujourd'hui, on est encore très jeune car, d'après ce que l'on nous dit, nous allons vivre jusqu'à 120 ans. Vous vous rendez compte ! On ne va faire du tricot pendant soixante-dix ans ! On peut avoir peur de la maladie, d'être handicapé mais on ne peut avoir peur de la mort. Depuis que je suis toute petite, je me dis qu'on va mourir demain. J'ai toujours eu cette lucidité. Alors, profitons, avançons ». Ainsi s’exprimait en 2010 dans Le Figaro Caroline Cellier à l’occasion de la sortie de Thelma, Louise et Chantal de Benoît Pétré. On ne se doutait pas alors que son rôle de femme (très) affranchie se rendant avec deux copines (Catherine Jacob et Jane Birkin) au mariage de leur ex commun serait sa dernière apparition sur grand écran.

Voilà donc 20 ans que nous étions sans nouvelles de Caroline Cellier. Pourtant, son souvenir était toujours vivace dans la mémoire des passionnés de cinéma et de théâtre qui furent ses deux passions. Tout a commencé au début des années 60 quand elle apprend son métier sous la direction de René Simon, le fondateur du cours qui porte son nom. Très vite, la scène (On ne peut jamais dire de George Bernard Shaw), la télévision (Une fille dans la montagne avec Jacques Higelin) puis le cinéma (La Tête du client en 1965 - face à Jean Poiret qui deviendra l’amour de sa vie) font appel à elle. Très vite aussi, elle est couverte de récompenses : Prix Gérard Philipe, Prix Suzanne Bianchetti…

Mais dans les années 70, c’est le théâtre qui va avoir sa préférence. Sa carrière grandit au fil de pièces à succès et de longues tournées qui l’obligent souvent à sacrifier le grand écran. Elle y joue Molière, Colette, Marivaux, Jean-Claude Carrière ou encore Shakespeare dans La Mégère apprivoisée mis en scène par Jacques Weber que Dominique Besnehard (qui fut son agent entre 1986 et 2008) explique dans Le Parisien « avoir vu et revu plus d’une dizaine de fois, juste pour entendre sa voix ».

Cette voix, ce phrasé si singulier mais aussi ce regard perçant et sa cinégénie renversante n’ont traversé l’univers du septième art que par intermittences dans les années 70 où on la voit cependant chez Chabrol (Que la bête meure), Lelouch (Mariage) ou Molinaro (L’Emmerdeur). Mais tout s’accélère dans les années 80, entamées avec Mille milliards de dollars d’Henri Verneuil où elle incarne l’épouse de Patrick Dewaere. La scène continue à faire appel à elle (Trahisons de Pinter, L’Âge de Monsieur est avancé de Pierre Etaix, Les Liaisons dangereuses de Christopher Hampton…), mais Caroline Cellier se fait beaucoup plus présente sur le grand écran. Tête d’affiche de Poker qui marque les débuts de Catherine Corsini ou de Charlie Dingo de Gilles Béhat, elle impressionne le grand public avec deux magnifiques seconds rôles dans Poulet au vinaigre de Chabrol et surtout L’Année des méduses de Christopher Frank. Sa sensualité renversante et le troublant mystère qui émane d’elle vont marquer toute une génération de spectateurs. Elle sera par ailleurs récompensée du César du second rôle. Elle sera de nouveau nommée en 1993, mais cette fois-ci dans la catégorie premier rôle pour le seul long métrage réalisé par Jean Poiret (qui disparaît peu après) : Le Zèbre, adapté d’Alexandre Jardin.

A partir de là, l’actrice se fera plus discrète. Elle décrochera une nomination au Molière en 1999 pour Un tramway nommé désir, campera l’ex-femme de Jean-Pierre Bacri dans Didier d’Alain Chabat et accompagnera des cinéastes au début de leur carrière (de Nicolas Boukhrief dans Le Plaisir (et ses petits tracas) à Benoît Pétré en passant par Martin Valente avec Fragile(s)). Elle imprime l’écran à chacune de ses apparitions, mais se fait rare, presque évanescente. « Elle était aussi pudique, d'une grande timidité, et orgueilleuse : elle ne faisait rien pour obtenir un rôle, elle attendait qu'on vienne la chercher », explique Dominique Besnehard. C’est cette pudeur, cette timidité mais aussi son élégance infinie et son humour irrésistiblement tranchant qui ont profondément marqué ceux qui ont eu la chance de croiser son chemin.