Initié par le cinéma L’Écran de Saint-Denis (93), le festival Regards Satellites engage depuis quatre ans une réflexion ambitieuse autour d’enjeux politiques et culturels, dans de nombreux cinémas de Paris et de la banlieue.
Avec le soutien du CNC, la quatrième édition de Regards Satellites se déploiera du 13 au 22 février. La soirée d’ouverture à la mairie de Saint-Denis invitera le public à découvrir en avant-première Écrire la vie : Annie Ernaux racontée par des lycéennes et des lycéens de Claire Simon, dispositif documentaire dans lequel elle donne la parole aux jeunes qui étudient et s’approprient l’œuvre de l’autrice.
Cette année, la compétition internationale dédiée à l’émergence rassemblera six premiers et seconds longs métrages indépendants venus d’horizons divers. En parallèle du film français Affection Affection d’Alexia Walther et Maxime Matray, trois coproductions françaises intègrent le volet compétitif : Une année italienne de Laura Samani, Shadowbox de Tanushree Das et Saumyananda Sahi, et Aisha Can’t Fly Away de Morad Mostafa.
Le reste de la programmation de Regards Satellites s’articulera autour de nombreux temps forts – focus, rétrospectives, cartes blanches, tables rondes et rencontres – répartis entre quatre volets thématiques.
Les films et programmes rassemblés dans la section « Penser les héritages » interrogeront la transmission des mémoires coloniales, des récits nationaux et des formes politiques du cinéma. Deux rétrospectives seront organisées : la première consacrée à Pedro Pinho avec la projection du Rire et le Couteau, film soutenu par l’Aide aux cinémas du monde avant réalisation, l’Aide franco-portugaise et l’Aide sélective à la distribution (aide au programme 2025) ; la seconde à Leyla Bouzid, rythmée d’une masterclass de la réalisatrice, de l’avant-première d’À voix basse et de la projection d’Une histoire d’amour et de désir qui a reçu l’Avance sur recettes avant réalisation, l’Aide à la création de musiques originales, l’Aide à la conception (soutien au scénario) ou encore l’Aide au développement. Un focus sur Sandhya Suri racontera l’Inde par l’archive grâce aux films I for India (2005) et Around India with a Movie Camera (2018). À l’occasion d’une carte blanche, le festival Chéries-Chéris présentera son Grand Prix 2025, Cactus Pears de Rohan Parashuram Kanawade et son Prix d’interprétation collectif, Le Mystérieux regard du flamant rose De Diego Céspedes aidé à la coproduction franco-allemande et à la distribution.
La section « Lutter au présent » s’intéressera aux œuvres qui mettent à nu les mécanismes de domination et ouvrent des espaces de résistance critique. Au programme : un hommage à Peter Watkins avec neuf de ses films et une séance de courts métrages revenant sur ses premières années ; une rétrospective consacrée aux dix premières années de création Andrzej Wajda, regard majeur du cinéma européen d’après-guerre ; et « Capitalisme de plateforme et exploitation », un regard croisé sur les conditions de travail des livreurs de plateforme élaboré par le festival Fenêtres sur le Japon.
Entraide, transmission et remise en cause des hiérarchies seront les maîtres-mots du volet « Faire ensemble autrement ». Dans le cadre d’une carte blanche, la réalisatrice et autrice Amandine Gay mettra en regard Les Princes noirs de Saint-Germain-des-Prés de Ben Diogaye Beye et Un dessert pour Constance de Sarah Maldoror, réinscrivant ainsi des cinéastes noirs longtemps marginalisés dans l’histoire du cinéma. Cette séance sera précédée de la table ronde du collectif 50/50 « Faire cinéma ensemble aujourd’hui : constellations d’entraide ». Directrice de la photographie et étalonneuse, Pierre Mazoyer proposera une plongée dans ses deux métiers au gré d’une masterclass et de projections lors d’un focus à son honneur. Émaillé de programmes de courts métrages, de longs à la fabrication collective et de la table ronde « Comment faire du documentaire un espace de création et de représentation partagées ? », le cycle Nouveaux regards documentaires sera l’occasion d’une réflexion sur les schémas de création plus inclusifs.
Enfin, le dernier thème « Montrer/Regarder au présent » interrogera les médiations qui conditionnent l’accès aux images, telles que la traduction ou la programmation. Massoumeh Lahidji, interprète et sous-titreuse, aura le droit à une carte blanche tandis que sera organisée la discussion « Dans les coulisses de la programmation en festivals » entre Mériem Rabhi et Cloé Tralci, programmatrices indépendantes. Une rétrospective dédiée à Laura Mulvey proposera aux festivaliers de redécouvrir Crystal Gazing (1982), The Bad Sister (1983), Penthesilea: Queen of the Amazons (1974), ou encore Riddles of The Sphinx (1977). Les festivités se clôtureront par la projection d’Un jour avec mon père d’Akinola Davies.