L'accès et l'éducation au cinéma
Fanny Petit Van-Tornhout : L'association a été créée en 1990, lorsque les maires de cinq communes rurales : Saint-Astier, Montignac-Lascaux, Ribérac, Nontron et La Roche-Chalais, se sont inquiétés de voir leurs salles de cinéma de proximité menacées de fermeture. Ils ont identifié le cinéma comme un important espace social. Ils ont voulu défendre le droit d'avoir un cinéma en milieu rural. Ils ont racheté les murs et le matériel, engagé les gens qui travaillaient dans ces salles privées, et ont défendu ces nouvelles salles municipales.
Le réseau Ciné Passion est né de leur besoin d'accéder aux films. Il s'est élargi au fil du temps. Nous avons aujourd'hui douze salles adhérentes, un cinéma associé (le Rex de Sarlat) mais aussi du cinéma itinérant qui a débuté en 1996 avec une série de séances en plein air, sous les étoiles, et dont le déploiement s’est développé petit à petit. Nous avons à présent dix-sept points de projection, l'idée étant que chaque Périgourdin soit à moins de quinze minutes en voiture d'une séance. L'un de nos objectifs est de favoriser l'accès à la culture, au cinéma, au plus grand nombre.
Notre deuxième mission historique concerne les dispositifs d'éducation à l'image : « école et cinéma », « collège au cinéma », puis « maternelle au cinéma ». Ce service est en lien direct avec la diffusion : nous aidons à organiser les médiations en fonction des publics, en respectant les calendriers scolaires... C'est un travail de coordination important.

Promouvoir le Périgord d’hier et d’aujourd’hui
Depuis 2005, l'accueil de tournages de films et séries boucle la boucle de nos missions. Nous allons bientôt célébrer le centenaire des œuvres cinématographiques tournées dans nos territoires. Souvent de gros films d'époque, pour filmer des châteaux, des ruelles anciennes, des espaces naturels, comme les bords du fleuve ou les grottes préhistoriques. Le Capitaine Fracasse a notamment profité des décors extérieurs de Sarlat, dès 1929. Il y a eu Les Misérables de Robert Hossein au début des années 1980. Les Couloirs du temps : Les Visiteurs 2 a été filmé dans les cuisines du Château de Beynac en 1998, et Ridley Scott a tourné deux films majeurs dans le Périgord : Les Duellistes en 1976 et Le Dernier Duel en 2020. Un épisode de Meurtres à Sarlat a connu un grand succès en 2017, et il a permis d’attirer beaucoup de monde dans le Périgord. Même chose avec des productions de Nicolas Le Floch ou de Capitaine Marleau. Très récemment, le téléfilm d'OCS Juste après l'aube a été conçu entièrement en Nouvelle-Aquitaine, tandis que la série Fortune de France a été tournée ici en 2023. Alexandre Astier a choisi un château local en 2024 pour tourner des scènes des deux derniers volets de Kaamelott…
Nous cherchons à promouvoir le Périgord et ses forces vives. Nous avons une moyenne de cent cinquante jours de tournage sur le territoire par an, soit plus d’un jour sur trois. Le département de la Dordogne a compris très tôt que ces projets avaient des retombées positives, et nous avons la chance que chaque tournage en Dordogne soit vécu comme un événement : les habitants s'investissent et sont extrêmement accueillants. Cette appétence, nous la retrouvons ensuite au moment de la diffusion en salles ou à la télévision.
Au début des années 2000, de nombreux producteurs se sont tournés vers les pays de l'Est. Divers châteaux ont été choisis là-bas pour des films historiques. Le département, aidé par Ciné Passion, a mis en place un véritable service d'accueil de tournages, afin de conserver une place dans cet environnement compétitif. Nous sommes associés depuis 2008 à un fonds de soutien à la production cinéma et audiovisuel, instruit par le département, et qui s'adosse à la région Nouvelle-Aquitaine.
Parmi nos missions, il y a une chronique radiophonique hebdomadaire pour Ici Périgord : « Voyage derrière l'écran », qui nous permet de raconter notre territoire. Nous avons listé tous les films tournés en Dordogne pour définir quelle typologie de décors revenait régulièrement, et l’évolution des demandes des studios. À partir de là, nous avons pu chercher de nouveaux lieux sur le département, et proposer des équivalents comme des endroits plus atypiques. C'est un territoire très attractif, les paysages naturels sont magnifiques, il y a une histoire forte et il existe aussi des décors moins évidents : des pavillons modernes, des tribunaux, des espaces susceptibles de surprendre des productions. Nous sommes en mesure de proposer des tournages allant de la préhistoire au futurisme.

Accompagner le projet « France Tabac »
C'était une usine importante dans le secteur, ancrée dans le cœur des Sarladais. La société a fermé en 2019, peu de temps avant le début du tournage du Dernier Duel, si bien que quand Ridley Scott a eu besoin de 5000 mètres carrés, la communauté de communes de Sarlat Périgord Noir, qui venait d'acheter les lieux, a pu lui proposer de s'y installer. Créer des décors dans cet espace immense, tout en étant proche des châteaux de Fénelon et de Beynac, c'était idéal. C'est ainsi qu'est née cette idée de créer un pôle cinéma au sein d’un ancien séchoir à tabac.
C'est un projet en trois volets : le premier, c'est de proposer un studio de tournage professionnel de 700 mètres carrés avec de la hauteur pour pouvoir y construire des décors imposants, et respectant les normes demandées en France : une cantine, une loge HMC (habillage, maquillage, coiffure), un espace de prémontage, des ateliers de fabrication...
Le deuxième, c’est de dédier 400 mètres carrés à différentes formations des métiers du cinéma : les apprentis, avec l'aide de professeurs-formateurs, peuvent y créer des décors, se former aux métiers de l'électricité, de l'habillage ou de la coiffure, ainsi que de la production.
Le dernier volet, c'est la ressourcerie. Le cinéma étant une industrie polluante, où il existe peu de recyclage, nous souhaitons consacrer l'un des bâtiments au stockage des décors, accessoires et costumes afin que les équipes puissent réutiliser au maximum.
Le projet est ambitieux, inédit par sa forme, et porté par la communauté de communes et le département de la Dordogne, ainsi que la région Nouvelle-Aquitaine et le CNC dans le cadre de l’appel à projets « La Grande fabrique de l’image », le volet du plan France 2030 dédié au cinéma et à l’image animée. Jusqu'ici, Ciné Passion a eu un rôle d'incubateur, mais, à partir de janvier 2027, c'est une association créée spécialement qui va le soutenir en continu : Sarlat Cinéma. Nous allons entrer dans la phase active de transformation, pour que le site soit totalement opérationnel début 2029, même si nous accueillons déjà des tournages, des formations et une partie de recyclerie, mais pas encore à l'échelle escomptée. France 2030, c'était l'opportunité que nous attendions pour pouvoir transformer l'essai. Nous sommes labellisés Talents et Territoires de Nouvelle-Aquitaine au niveau des formations, afin de devenir en 2029 un campus des métiers et des qualifications.

Soutenir le Festival de Sarlat
Nous sommes partenaires du festival depuis une dizaine d'années. Pendant une semaine, le secteur du Sarladais vit au rythme du cinéma à travers des projections de films, des masterclass, et la fabrication de courts métrages au cœur de Sarlat. Depuis trois ans, l’équipe de France Tabac a le plaisir d’accompagner des apprentis en menuiserie dans la réalisation de décors pour les courts métrages « Les Petites séquences ».
En 2024, une classe du lycée Joséphine Baker avait construit un wagon avec l'aide de professionnels. L'an dernier, se sont ajoutés le lycée Porte d'Aquitaine de Thiviers et celui des métiers d’art Toulouse-Lautrec de Bordeaux. Les comédiens professionnels ont été habillés, coiffés et maquillés par des élèves du lycée Antoine Lomet d'Agen. En 2026, le dispositif a été baptisé « Horizons Croisés » : nous aurons un bureau de savant fou et la terrasse du premier étage de la Tour Eiffel. C’est un décor impressionnant, construit dans des conditions quasi réelles de tournage.
Toutes les activités de Ciné Passion sont toujours très interconnectées. Nous n'envisageons pas de tourner un film sans former les gens, sans le diffuser dans une salle... C'est notre richesse en tant qu'association née d'abord comme un exploitant : nous partons avec l'objectif que chaque film doit être vu par un public, et que leur création puisse bénéficier au territoire.
Ciné Passion Périgord est membre du réseau Film France CNC.