Cinéligue Hauts-de-France : « Faire de chaque séance un événement »

Cinéligue Hauts-de-France : « Faire de chaque séance un événement »

28 juillet 2026
Cinéma
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Séance Plein air
Séance Plein air Cinéligue HdF

Cet été, comme chaque année, soixante communes du Nord et du Pas-de-Calais bénéficient de séances de cinéma en plein air. À l’origine de cette initiative, la structure de cinéma itinérant Cinéligue propose des expériences variées de la salle, en milieu rural. Rencontre avec son directeur Timothée Donay.


Comment est née Cinéligue Hauts-de-France ?

Timothée Donay : Cinéligue est une association loi 1901 qui s’inscrit dans l’héritage des mouvements d’éducation populaire et des offices régionaux d’éducation laïque fondés il y a cent ans. À l’origine, ce n’était pas un cinéma itinérant mais un circuit de cinéma d’éducateurs laïcs. Sa structure actuelle a été créée en 1983 dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais – où elle se développe encore aujourd’hui – au moment de la professionnalisation des acteurs du secteur.
Notre association s’occupe toujours des actions d’éducation aux images pour le jeune public. Elle coordonne notamment le dispositif « Lycéens et apprentis au cinéma » pour l’académie de Lille. Elle mène aussi de nombreuses initiatives qui lui sont propres en faveur, entre autres, des jeunes adultes. Chez Cinéligue, nous pensons que l’éducation populaire doit permettre à tous les spectateurs d’aiguiser leurs regards sur le cinéma. La structure organise également des ateliers de pratiques artistiques, par exemple d’initiation à la réalisation. Nous avons par ailleurs développé des activités au-delà du cinéma itinérant, mais toujours dans ce qui fait l’ADN de la structure depuis cent ans.

Quelles sont les missions et les objectifs d’une telle structure ?

Nous avons pour mission de rééquilibrer le maillage territorial. Nous intervenons dans des communes rurales ou péri-urbaines éloignées des salles de cinéma. Nos séances sont aussi un vecteur de lien social : nous sommes parfois la seule activité culturelle dans les villages. Nous essayons aussi de montrer la diversité du cinéma, notamment grâce à des films Art et Essai. Faire découvrir le 7e art dans de bonnes conditions et créer des temps de rencontres font partie des objectifs de Cinéligue.

Faire découvrir le cinéma dans de bonnes conditions et créer des temps de rencontres font partie des objectifs de Cinéligue.
Timothée Donay 

Quels sont les défis d’un cinéma itinérant et ceux d’un cinéma en plein air ?

Le premier enjeu d’une telle structure est son développement et son équilibre économiques. Un équilibre fragile face au contexte économique global malgré la politique très volontariste de la région des Hauts-de-France. Nous craignons de devoir réduire le rythme des séances. Il y a aussi la frustration de ne pas pouvoir accueillir d’autres communes par manque de temps et de ressources financières.
Pour y remédier, nous développons des activités lucratives comme le plein air ou des prestations de séances. Elles sont d’abord ouvertes aux communes adhérentes, puis aux autres communes du département. L’association propose une soixantaine de plein air par an, de mi-mai à mi-septembre. Ces moments sont importants pour les communes, mais il faut veiller à rester accessible à tous.

Préserver le matériel est un autre défi. En itinérance, il s’abime plus vite, même si nous disposons d’outils pour les conserver plus longtemps. Nous bénéficions de soutiens comme l’Aide sélective à la petite et moyenne exploitation du CNC, mais il est vrai qu’il y a régulièrement du matériel à changer.
Enfin, il peut être difficile de projeter les films sortis récemment. Certains distributeurs sont en effet peu abordables pour des petits cinémas comme Cinéligue.

Séance Plein air
Séance Plein air Cinéligue HdF

Où se déroulent les séances de cinéma ?

Nous comptons une soixantaine de communes adhérentes. Nous leur organisons environ 700 séances de cinéma par an. En moyenne, les municipalités accueillent huit à neuf séances par an. Parfois, il s’agit d’associations culturelles au sein de ces communes. Nous avons également un point de diffusion dans un lycée agricole. La plupart du temps, les structures mettent elles-mêmes à disposition les lieux et s’acquittent des charges (électricité, chauffage, personnel).
Les séances en plein air de leur côté peuvent être parfois organisées sur des terrains privés. Par exemple, nous avons programmé une séance d’Un Eté à la ferme au sein de la ferme qui a servi pour le tournage. Pouvoir diffuser les œuvres sur leurs lieux de tournage est une activité que l’association voudrait développer.

Combien de personnes font vivre cette initiative régionale ?

Cinéligue est composée d’une équipe de dix-sept salariés. Nous comptons une centaine de partenaires. Une centaine de bénévoles fait également vivre le cinéma dans les communes adhérentes.

L’enjeu est aussi de faire connaitre des films plus confidentiels. Nous souhaitons refléter toute la diversité du cinéma.
Timothée Donay

Comment choisissez-vous la programmation des films ?

L’équipe de Cinéligue se réunit une fois par mois pour faire des propositions de programmation. Nous passons en revue les sorties ainsi que les œuvres que nous souhaitons mettre en avant. Nous réfléchissons à des actions de médiation pour les films qui semblent avoir besoin d’un accompagnement spécifique. Nous envoyons ensuite notre liste aux communes partenaires, qui font le choix final. L’enjeu est aussi de faire connaitre des films plus confidentiels. Nous souhaitons refléter toute la diversité du cinéma. À peu près 50 % de notre programmation est composée de films Art et Essai et 60 % de nos spectateurs font partie du jeune public. Il s’agit donc de leur proposer une programmation complémentaire à celle des multiplex des environs.

Séance itinérante
Séance itinérante Cinéligue HdF

Cinéligue Hauts-de-France possède le label jeune public. Concrètement, qu’est-ce que ça signifie ?

Nous sommes très fiers de nos quatre labels : recherche, 15-25, courts métrages et jeune public. Pour ce dernier, il s’agit de travailler à la découverte du cinéma en faveur des enfants et des adolescents, de développer leur attention et de leur proposer des prolongements aux séances. L’association souhaite montrer que le cinéma est un outil qui fait réfléchir au vivre ensemble, aux choses de la vie, aux endroits du monde.

Nous avons aussi développé depuis deux ou trois ans des ciné-clubs pour les adultes afin de les faire participer à la vie de leur cinéma. Par exemple, dans les Flandres, un groupe d’habitants se réunit tous les mois pour choisir les programmations diffusées le mois suivant dans une des communes adhérentes au circuit. Ces séances fonctionnent bien et rassemblent plus de 80 spectateurs en moyenne.
Le prolongement des séances peut se faire par des ateliers pour le jeune public, des rencontres avec des associations ou avec les équipes de film. Cinéligue propose également des ateliers autour des œuvres comme apprendre à animer des objets ou à réaliser des bruitages. Pour les adultes, nous cherchons aussi à valoriser des associations locales qui interviennent autour des thématiques des films projetés. Deux intervenants en cinéma sont salariés de Cinéligue. Nous faisons aussi venir des artistes souvent en lien avec les distributeurs des œuvres. C’est important de construire ce lien social autour des séances de cinéma.

C’est important de construire ce lien social autour des séances de cinéma.
Timothée Donay

En moyenne, combien de spectateurs la structure parvient-elle à toucher ?

En 2025, nous avons compté un total de 52 000 spectateurs pour le cinéma itinérant avec 73 spectateurs par séance en moyenne. De bons chiffres au regard de la moyenne nationale qui peuvent s’expliquer par le fait que nous événementialisons chaque séance. Et cela porte ses fruits.

Avez-vous de nouveaux projets pour la suite ?

Nous avons déposé un projet au CNC dans le cadre du fonds d’aide aux dispositifs innovants d’éducation au cinéma et aux images. L’objectif est de financer une initiative ambitieuse, qui permettra d’impliquer le jeune public dans nos décisions grâce à la création d’un comité jeune au sein des instances Cinéligue. L’association souhaite les laisser mettre en place des actions et orienter certaines décisions stratégiques. Nous voulons lancer ce projet à partir de la rentrée 2026.
L’autre défi que nous aimerions relever est celui de développer davantage notre présence dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais. Nous connaissons le sentiment de délaissement de certains habitants en milieu rural, qui ne favorise pas le vivre ensemble. Cela nous motive à étendre davantage la structure.