Cinémathèque de Toulouse : quatre questions à Franck Loiret à l’occasion de la réouverture du site

Cinémathèque de Toulouse : quatre questions à Franck Loiret à l’occasion de la réouverture du site

21 avril 2026
Cinéma
Réouverture de la Cinémathèque le week-end du 10 au 12 avril 2026
Réouverture de la Cinémathèque le week-end du 10 au 12 avril 2026 Franck Alix

Après dix-huit mois de travaux, la Cinémathèque de Toulouse a rouvert ses portes les 10, 11 et 12 avril. Son directeur délégué, Franck Loiret, revient sur la programmation de ce week-end qui a attiré 5 000 personnes, les enjeux du réaménagement de l’institution, ainsi que ses projets pour la suite.


Quelle a été la genèse de la Cinémathèque de Toulouse ?

Franck Loiret : La Cinémathèque a été fondée officiellement en 1964 par le critique de cinéma et essayiste Raymond Borde. Elle fête ses 62 ans cette année mais le travail sur la collection a commencé bien avant. Dès les années 1950, Raymond Borde, accompagné d’un petit groupe de cinéphiles, a écumé le sud de la France et collecté tout ce qu’il a pu trouver sur le cinéma : des copies, des affiches, des photographies... Le collectif a ensuite mis plusieurs années à s’organiser jusqu’à sa création en association loi 1901 en 1964, avec pour missions la conservation et la diffusion du patrimoine cinématographique. Cette période a par ailleurs été nécessaire pour se professionnaliser. Les premières subventions sont attribuées dans les années 1970 avant que l’institution accueille ses premiers salariés au début de la décennie 1980. La Cinémathèque s’est installée dans le centre-ville, rue du Taur, en 1997. Un tournant, puisque le travail de programmation et de communication de la structure s’est véritablement mis en place à ce moment-là. En 2004, l’institution se dote d’un centre de conservation et de recherche, à Balma, entièrement dédié aux archives cinématographiques. Aujourd’hui, la Cinémathèque emploie trente salariés sur ses deux sites et l’aménagement de ses nouveaux espaces signe le début d’une nouvelle ère.

La Cinémathèque de Toulouse a toujours été un lieu de transmission, d’éducation et de spectacle.

En quoi consiste ce projet de rénovation ?

En trente ans, la Cinémathèque a fortement développé sa programmation et sa fréquentation mais également de nouvelles activités, notamment de transmission et d’éducation aux images envers les publics jeunes et scolaires. Nous avons commencé à être à l’étroit dans les deux salles existantes : celle de 200 places et celle de 39 places, laquelle a été pensée au départ pour que les professionnels s’y retrouvent pour des visionnements. C’est pourquoi nous avons décidé d’aménager une deuxième grande salle de 100 places à l’étage, à la place de la bibliothèque qui a été installée au rez-de-chaussée. Nous avons également rénové tous les espaces d’accueil du public et optimisé l’espace d’exposition.

Par ailleurs, les lieux de culture sont avant tout des lieux d’échange. Nous avons donc créé un espace café, complété de deux terrasses extérieures, une dans la cour à l’arrière – qui auparavant n’était pas accessible au public – et une à l’avant dans notre très belle cour intérieure.

C’est un projet de développement qui a mûri durant une dizaine d’années. Il concerne à la fois les activités de diffusion et de conservation. Nos espaces de conservation sont en effet saturés car nos collections se sont énormément enrichies sur les dix dernières années. La deuxième partie des travaux va donc concerner en octobre prochain le centre de conservation et de recherche de Balma qui abrite les archives.

Réouverture de la Cinémathèque par le maire de Toulouse Jean-Luc Moudenc accompagné notamment de la présidente de la Région Occitanie Carole Delga, de la présidente de la Cinémathèque Agnès Jaoui, du directeur délégué Franck Loiret et du président du CNC Gaëtan Bruel
Réouverture de la Cinémathèque par le maire de Toulouse Jean-Luc Moudenc accompagné notamment de la présidente de la Région Occitanie Carole Delga, de la présidente de la Cinémathèque Agnès Jaoui, du directeur délégué Franck Loiret et du président du CNC Gaëtan Bruel Franck Alix

Quels ont été les temps forts du week-end de réouverture ?

Nous avons proposé un condensé d’une saison habituelle de programmation sans nous contraindre à une seule thématique. Nous avons imaginé ce programme très varié dans un esprit de « portes ouvertes » avec des séances gratuites et ouvertes à tous. L’idée a été de dire aux Toulousains et aux visiteurs de passage : « venez voir ce que nous faisons, venez tester ! » La Cinémathèque de Toulouse n’est pas réservée à une élite de connaisseurs. Sa mission est de s’adresser au public le plus large possible. C’est vraiment la maison de tous les cinémas. La programmation du week-end du 10 au 12 avril a été pensée avec l’ambition de refléter cette liberté de regard si chère à l’institution et à ses équipes. Nous avons tenu par ailleurs à proposer des films sur différents supports : sur pellicules 35mm et 16mm, mais aussi en numérique, en 2K et 4K (nouveau projecteur laser). Aujourd’hui, montrer une œuvre en 35mn est un événement ! Et dans quelques années, les cinémathèques seront les seuls lieux à projeter tous ces supports. Nous avons ainsi montré des films en pellicule tel que Comme un torrent de Minnelli ou des films restaurés sur des copies numériques comme le ciné-concert Queen Kelly. Nous construisons nos programmations à partir de nos collections et les complétons avec l’appui de différentes archives mais aussi de nombreux distributeurs. C’est un travail important en amont d’identification et de localisation des copies.

En parallèle des projections de films, nous avons également imaginé l’exposition « En toute transparence » constituée de portraits de grandes stars américaines. Visible jusqu’au 29 août prochain, elle met à l’honneur le fonds photographique de la Cinémathèque, riche de 500 000 éléments, et récemment complété de 500 plans-films. Ces photographies sur support souple et transparent ont été développées dans les années 1950 par les sociétés de production au moment de l’arrivée du technicolor. Il fallait en effet donner à voir du matériel de promotion à la hauteur des films. Ces 500 plans-films sont d’un niveau de définition incroyable. Ce « numérique avant le numérique » nous rappelle que le cinéma a toujours cherché à atteindre la haute définition afin d’accroître son pouvoir d’attraction sur le public. Les tirages exposés sont d’une grande beauté et nous rappellent la force du cinéma et son emprise sur notre imaginaire.

La Cinémathèque de Toulouse est la maison de tous les cinémas.

Quelles sont les prochaines actualités de l’institution ?

Nous développons une programmation très dense jusqu’à fin juin. Parmi les temps forts organisés prochainement : des rétrospectives sur le réalisateur Billy Wilder mais aussi sur des cinéastes à découvrir comme le Japonais Seijun Suzuki et la Norvégienne Anja Breien ; une carte blanche à la comédienne espagnole Rossy de Palma ; ou encore une virée haute en couleurs dans les années 1960-1970 intitulée « Pop ! ».

À partir du 8 juillet jusqu’au 29 août, le cinéma en plein air reprend ses quartiers d’été dans la cour intérieure de la Cinémathèque. Notre institution est un des lieux qui projettent le plus de séances en plein air en France. Celles-ci ont rassemblé 18 000 spectateurs en 2024 par exemple.

À la rentrée, nous allons accueillir d’autres grands rendez-vous, notamment deux manifestations dont nous sommes partenaires : Cinespaña, le plus grand festival de cinéma espagnol en France en automne, puis le festival Cinélatino en mars.

Enfin comme évoqué plus haut, les travaux de rénovation de notre site de Balma vont commencer en octobre pour une durée d’un an et demi. Ils seront très techniques puisque l’activité du site doit se poursuivre en parallèle. L’objectif est d’augmenter la capacité de stockage de nos collections et d’aménager de nouveaux espaces pour le travail de numérisation et de restauration. Un nouveau cycle démarre avec des années importantes de transformation et d’adaptation.

La Cinémathèque de Toulouse a toujours été un lieu de transmission, d’éducation et de spectacle. Ces trois aspects nourrissent notre travail au quotidien. C’est pourquoi il est nécessaire de faire perdurer cet héritage mais également de le transmettre aux nouvelles générations.