Une flopée d’enfants se bouscule joyeusement devant le Forum des Images en plein cœur des Halles de Paris, jeudi 7 mai. Regroupés par classes, certains prennent des photos de groupe, d’autres attendent impatiemment l’ouverture du lieu. En effet, c’est l’heure de la projection des films des cinéastes en herbe participant aux Enfants des Lumière(s). Une journée d’autant plus spéciale qu’elle marque les 10 ans du dispositif.
Lancé en 2015, les Enfants des Lumière(s) s’adresse chaque année à dix classes (écoles, collèges, lycées) des Académies de Paris, Créteil, Versailles et, à partir de septembre 2026, à celles de Lyon et d’Amiens. L’objectif du programme est de proposer aux élèves une immersion dans le milieu du cinéma pendant deux ans.
Les portes s’ouvrent. Chaque école arrive séparément et s’installe dans la salle de projection. Les plus petits s’enfoncent dans les fauteuils rouges trop grands pour eux. Ils attendent patiemment devant l’écran géant encore noir. Un élève du collège Hubert Germain (Saint-Chéron, 91) porte même un costume cravate.
Au premier rang, des garçons en 3e au collège George Seurat (Courbevoie, 92) se recoiffent nerveusement avant d’être photographiés par leurs professeurs. Leur classe présente le film Le Médaillon sur une enfant qui trouve un bijou magique et se transforme en soldate de la Première Guerre mondiale. Chacun a pu participer au tournage et découvrir différents métiers du cinéma. « J’ai travaillé sur le cadrage, le son, j’ai tenu la perche et j’ai même été réalisatrice », explique Elena, une des élèves. « De mon côté, j’ai aidé aux décors et au maquillage. J’ai hâte que le résultat soit projeté ! », ajoute son amie Inès.
Installés juste derrière elles, les « doyens » de la salle en Terminale STMG au lycée Joliot-Curie (Nanterre, 92) parlent aussi fièrement de leur projet. Intitulé Nanterre pas tes rêves, le film « casse les préjugés » sur la ville, selon leurs propres mots. Il est centré sur le parcours d’une lycéenne, qui grâce à ses amis va refuser de perpétuer les stéréotypes sur la banlieue.
Adame, un des étudiants, raconte : « On a découvert le mixage du son, l’importance de la couleur. » Il interpelle un autre élève : « Mohammed, c’est quoi déjà la technique pour travailler la couleur ? » Son camarade s’exclame du bout de la rangée : « L’étalonnage ! ». Plus réservé, Mamadou, un autre garçon du groupe, apprenti cadreur et perchiste le temps du film, ajoute : « On a surtout appris le sens de l’effort, et à être patient ».

Des projets formateurs et valorisants
Durant les deux années des Enfants des lumière(s), les jeunes sont accompagnés par leurs professeurs. Chaque équipe pédagogique intègre le cinéma dans toutes les disciplines de sa classe. Il s’agit de permettre à des élèves éloignés de la culture ou moins scolaires de découvrir les techniques et savoirs liés à l’art cinématographique.
La première année du programme est ainsi dédiée à l’apprentissage du 7e art avec des cours d’histoire du cinéma ou le visionnage de films. « L’an passé, on a appris à écrire un scénario pour faire un film complet », explique Inès. « Le projet des Enfants des lumière(s) améliore la capacité de concentration et l’intuition des élèves, constate Anne Bérélowitch, professeure d’anglais au lycée Joliot-Curie. C’est un temps où ils ne sont pas sur leur portable. Avec ce dispositif, la balle est dans leur camp. » Le réalisateur Jonathan Schupak, qui a supervisé le tournage de Nanterre pas tes rêves est un habitué des projets d’éducation à l’image. Il considère que cette première année théorique permet aux élèves de s’affirmer. « Arrivés au tournage, nous avions déjà confiance dans le film ».
La deuxième année est quant à elle consacrée au tournage d’un court métrage de dix minutes par les élèves accompagnés par une ou un cinéaste. D’après Laure Boisroux, professeure d’anglais au collège George Seurat, le dispositif marque les élèves au-delà de l’école. « C’est une façon de valoriser les enfants moins scolaires. Certains se sont même investis en dehors de la classe. Ils se sont retrouvés le week-end pour réaliser le médaillon du film en imprimante 3D, par exemple. »
Le réalisateur Jonathan Schupak souligne lui aussi l’intérêt du dispositif qui « permet aux jeunes de s’exprimer avec leurs mots et de renvoyer leur vision du monde ». Il rappelle toutefois que « le principal défi à relever lorsqu’on travaille avec une classe, c’est avant tout de tenir sur la longueur. » Le cinéaste conseille à ses confrères intéressés par les Enfants des Lumière(s) « [d’] écouter les élèves au maximum, puis [de] leur apporter un cadre et de l’exigence, afin de trouver une sincérité ».

Danièle Fouache, fondatrice et ancienne responsable du programme des Enfants des Lumière(s), est présente chaque année à la projection des courts métrages du dispositif. Fêter les dix ans du projet est un accomplissement. « Quelle merveilleuse aventure pour les Enfants des Lumière(s) d’avoir pu bénéficier, pendant deux ans, d’un contact privilégié avec les professionnels du cinéma et vivre ainsi une expérience humaine exceptionnelle ! Les jeunes élèves possèdent souvent des talents qu’ils ignorent eux-mêmes et ne disposent pas toujours du cadre nécessaire pour les révéler. Avec les Enfants des lumière(s), ils apprennent à écrire leur propre scénario puis à réaliser leur court métrage. Accompagnés par les professionnels du cinéma et leurs enseignants, ils découvrent, à travers ce travail exigeant, la valeur de l’effort, de la persévérance et l’importance du collectif dans la création cinématographique. Ils explorent également des métiers qui leur étaient jusque-là inconnus : cadreur, script, monteur, technicien de plateau, responsable lumière, costumier, maquilleur ou encore spécialiste des effets spéciaux. Au fil du projet, ils développent le goût d’apprendre et une véritable curiosité intellectuelle au sein même de l’école. Comment ne pas être émerveillée par la singularité de leur court-métrage, empreint d’une grande sensibilité ? Comment ne pas ressentir une immense joie devant leur parcours exemplaire, leur créativité et leur enthousiasme communicatif lors de la projection de leur film ? »
Des films à l’image des classes
Les lumières s’éteignent. Place aux films. Chaque court métrage est accompagné d’une affiche créée par les jeunes. Celle du film Le Grain de Sable, qui transporte ses héros à l’époque médiévale, a été dessinée à la main par les élèves de 5e du collège Hubert Germain. L’affiche de Hyde, thriller sur fond écologique, réalisée par la classe de 5e du collège Caroline Aigle (Courbevoie, 92), intrigue les spectateurs. Des rires se font entendre dans la salle au moment des making-of. Les enfants y racontent leur vie de tournage entre deux blagues, et présentent les différentes tâches d’un plateau.

Chaque classe se lève après la projection de son film sous les applaudissements de l’assistance. Serrés les uns contre les autres, les enfants arborent fièrement leurs plus beaux sourires. Cette projection signe l’aboutissement d’un projet commun porté durant deux ans. « C’était tellement drôle, on était soudés quoi ! », résume une élève du collège Lucie Faure (Paris XXe) dans le making-of de La Bague Maudite, film fantastique inspiré de l’Odyssée d’Homère. De quoi donner envie aux cinq autres classes présentes dans la salle encore en première année du dispositif. Pour eux, l’aventure ne fait que commencer !
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