Jean-Claude Marisa est décédé le 6 octobre, à l'âge de 80 ans. Le technicien français était une figure-clé de la photographie cinématographique française : de 1970 à 2001, il a éclairé de nombreux films et séries hexagonales, collaborant avec des cinéastes renommés tout en s’engageant auprès du SNTPCT (Syndicat National des Techniciens et Travailleurs de la Production Cinématographique et de Télévision) pour plus de cinquante ans de collaboration étroite.
« Il a œuvré sans relâche pour la reconnaissance et la protection des métiers de l’audiovisuel et du cinéma », saluent les membres de l'organisation dans un communiqué. « Animé par un profond sens des responsabilités, il a été, pendant près de cinquante ans, un défenseur ardent et constant des techniciens et techniciennes. Nombre d’entre nous ont pu apprécier sa fidélité à ses convictions, y compris dans la discussion et le désaccord, qu’il savait toujours porter avec respect. »
Lelouch, Sautet, Demy et les autres...
Dans les années 1970, Jean-Claude Marisa assiste des chefs opérateurs renommés, tels que Daniel Vogel sur Pour un sourire (1970) de François Dupont-Midy, Jean Boffety sur Boulevard du rhum (1971, voir photo) et Les Caïds (1972) de Robert Enrico ou César et Rosalie (1972) de Claude Sautet et Les Chinois à Paris (1973) de Jean Yanne, ainsi qu'Andréas Winding pour L'Événement le plus important depuis que l'homme a marché sur la Lune (1973) de Jacques Demy.
Du drame intime aux comédies en passant par les récits sentimentaux, ces projets éclectiques lui permettent de se perfectionner dans son métier : il côtoie des équipes très différentes et lie des amitiés fidèles avec ses pairs ou des artisans d’autres branches cinématographiques. Il retrouvera par exemple Claude Sautet et Jean Boffety sur le tournage de Vincent, François, Paul et les autres... en 1974, un succès sur lequel collaborent également le caméraman de César et Rosalie, Henri Clairon, et le scénariste Jean-Loup Dabadie.
Jean-Claude Marisa devient la même année le caméraman principal sur La Gifle (1974), le drame de Claude Pinoteau porté par Isabelle Adjani, Lino Ventura et Annie Girardot. Jean Collomb est le directeur de la photographie sur ce film, tout comme sur le polar Adieu Poulet (1975) de Pierre Granier-Deferre, que Jean-Claude Marisa contribue à éclairer dans la foulée. À la fin de cette décennie, Claude Lelouch l'engage sur deux projets : en tant qu'assistant caméra sur Un autre homme, une autre chance (1977) qui lui offre l'opportunité de filmer James Caan dans le Grand Ouest américain, et en chef opérateur de Robert et Robert (1978), une comédie menée par Charles Denner et Jacques Villeret.
Directeur de la photographie engagé
Dès les années 1980, Jean-Claude Marisa tourne moins et s’investit dans les coulisses de la création cinématographique française. Il assiste tout de même les prises de vue de la série L'Opéra sauvage (1976-1984), un documentaire de Frédéric Rossif en plusieurs épisodes explorant la relation profonde entre la culture humaine, les animaux et la musique à travers le monde. Au début des années 2000, il apporte son expertise sur Violette et Mr. B. (2001), un film de Dominique Delouche tourné à l'Opéra de Paris, et s'engage sur un court métrage coup de cœur, Mes trois mois avec Christine de Stéphane Keller. Chaque projet représente un enjeu différent : éclairer un tournage sur une prestigieuse scène parisienne, au cœur d’un studio de cinéma ou de télévision, ou dans différents espaces naturels.
Entré au sein du Syndicat National des Techniciens et Travailleurs de la Production Cinématographique et de Télévision (SNTPCT) dès son début de carrière, Jean-Claude Marisa s'est impliqué « jusqu’à ces derniers jours, alors qu’il siégeait à la Commission d’agrément des films de long métrage, au titre des directeurs de la photographie », expliquent les représentants du SNTPCT dans un communiqué rendant autant hommage à ses talents de chef opérateur qu'à son engagement au sein des instances du cinéma français. Parallèlement à cette commission du CNC, il a fait partie de la Commission Paritaire Dérogatoire : « Il y a apporté son expertise, sa rigueur et sa connaissance fine des réalités du terrain », saluent ses confrères.
Parmi les engagements forts de Jean-Claude Marisa figurent le soutien de l’Accord de 1973 instituant la semaine de cinq jours sur Paris et région parisienne, le combat pour le maintien des grilles de salaires minima de la production cinématographique applicables aux téléfilms alors qu'il siégeait au Conseil syndical en 1981, l’arrêt de la réalisation de séries en multicaméra après mars 2000 en protestation lorsque le salaire minimum des directeurs photo a été subitement baissé. Il a par ailleurs « contribué avec la direction du SNTPCT à l’édification d’un dispositif conventionnel cohérent, respectant les identités professionnelles de chacune des branches. »
Loué pour son expérience technique, Jean-Marc Marisa est salué par ses pairs pour son engagement sans faille en faveur des droits de tout un secteur cinématographique. « Sa fidélité à ses engagements, sa droiture, sont une leçon de vie que nous ne pourrons oublier », concluent les représentants du SNTPCT. « Et le message qu’il transmet à l’ensemble des techniciens dont il a si bien défendu les intérêts tout au long de sa vie, c’est que le Syndicat, ce sont des personnes. Et nous savons ce que nous devons à chacune d’elles individuellement, et plus encore à Jean-Claude. »