Julie Bertuccelli : « Filmer Catherine Deneuve et sa fille Chiara Mastroianni fut très émouvant pour moi »

Julie Bertuccelli : « Filmer Catherine Deneuve et sa fille Chiara Mastroianni fut très émouvant pour moi »

12 février 2019
Cinéma
La Dernière folie de Claire Darling
La Dernière folie de Claire Darling Les Films Du Poisson- DR
Avec La Dernière folie de Claire Darling, Julie Bertuccelli met en scène une femme qui décide soudainement de vendre tous ses biens, comme pour faire un ultime ménage dans sa vie. Une fiction sur le temps qui passe et la mémoire où se dessine sa patte de réalisatrice de documentaires.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’adapter le roman de Lynda Rutledge, Le Dernier vide-grenier de Faith Bass Darling ?

Une amie m’a offert ce livre voilà 4 ou 5 ans, alors que j’étais en train d’écrire un autre scénario sur lequel je butais. En lisant ce roman, je me suis dit que mon amie avait parfaitement choisi son cadeau. J’y ai trouvé un écho à mon univers, entre les histoires de famille, de deuil, de secrets et de rapports mère-fille… Or, en fiction, je cherche toujours à parler de choses plus proches de moi qu’en documentaire. Etant moi-même très collectionneuse, je sais combien les objets peuvent avoir un sens à la fois étouffant et réconfortant. Je pressentais que ce film sur le temps, sur la mémoire, sur tout ce qu’on doit faire avec ses souvenirs pour partir serein à la fin de sa vie allait me permettre d’explorer ce paradoxe.

Vous aviez confié vouloir tourner toutes vos fictions à l’étranger. Pourquoi ne pas avoir tourné La Dernière folie de Claire Darling aux Etats-Unis où se situe l’action du roman ?

D’abord, parce que la lecture du roman a fait écho à une maison que je connaissais très bien et que tourner à l’intérieur de celle-ci avait un sens pour moi. Mais, plus largement, je trouvais plus cohérent de situer ce récit dans mon pays avec des objets qui me sont proches et dans lesquels j’allais pouvoir réellement me projeter en racontant une histoire qui avait trouvé cet écho en moi. Et l’idée de Catherine Deneuve pour incarner Claire Darling a fini par me convaincre que c’était la meilleure solution.

Vous n’aviez pas pensé à elle dès l’écriture ?

Je me refuse toujours de penser aux acteurs dans cette phase-là par peur que l’acteur ou l’actrice en question ne soit pas libre ou n’en ait pas envie… En faire le deuil serait alors trop dur. Mais Catherine est la première comédienne qui m’est venue à l’esprit. Parce qu’au-delà de son talent, elle porte en elle cette classe qui se marie dès la première image avec la maison bourgeoise dans laquelle elle évolue. Et surtout parce c’est une femme qui a eu plein de vies, les unes plus flamboyantes que les autres. Or que raconte La Dernière folie de Claire Darling sinon l’histoire d’une journée qui permet de revisiter toute une vie ? Et puis, en discutant avec elle, j’ai appris que comme Claire Darling, Catherine aimait collectionner des objets. Or j’aime ce genre de liens quand je fais de la fiction. Je ne suis pas sûre d’être faite pour le contre-emploi. Mon côté documentariste me pousse vers des acteurs qui vont jouer une part d’eux-mêmes dans leurs personnages. De la même manière que je mets beaucoup de moi dans mes fictions.

Dans cette même logique, la filmographie de Catherine Deneuve a-t-elle joué un rôle dans la manière dont vous avez créé le personnage de Claire Darling plus jeune, campée par Alice Taglioni ?

J’ai revu beaucoup de ses films. Et quand je regarde La Chamade ou chez André Téchiné, c’est comme si le passé bourgeois de Claire Darling défilait sous mes yeux. Catherine possède ce passé plein d’histoires d’amour contrariées, ce passé d’une femme libre, surprenante, dotée en outre d’énormément d’humour. Elle a su emmener Claire Darling vers quelque chose de plus ludique et de plus manipulateur que le scénario. Elle montre ainsi que Claire n’est pas juste une femme qui perd la tête. Qu’elle s’amuse juste à lâcher prise, à dire ce qu’elle pense. Une femme pas forcément très attachante au début mais qu’on va aimer de plus en plus.

L’idée de confier à Chiara Mastroianni le rôle de la fille de Claire Darling participe à cette même idée de tisser des liens entre réalité et fiction ?

L’idée de Chiara m’avait assez tôt traversé l’esprit mais je l’avais rejetée. J’avais même pensé à deux autres comédiennes. Et quand elles n’ont pas pu se libérer, j’y ai vu un signe du destin et je suis revenue à Chiara. J’avais un peu peur que l’associer avec sa mère fasse écran au récit, qu’on finisse par ne se focaliser que sur ça. Mais en revoyant les films qu’elles avaient tourné ensemble, j’ai pu vérifier que leur relation à l’écran n’a jamais été aussi centrale que dans La Dernière folie de Claire Darling et surtout à chaque fois bien plus harmonieuse que ce que je leur proposais ici. Or, dans la vie, Catherine et Chiara sont très proches. Et je pense que de jouer ce rapport mère-fille très éloigné du leur, de sortir de leurs « personnages » dans la vie les a séduites. Ce fut très émouvant pour moi de les filmer, de les voir ensemble. Sans doute parce que cela me renvoyait à mon propre rapport à ma mère et ma grand-mère. Cela m’a aidé à accepter que La Dernière folie de Claire Darling soit un film à ce point intime pour moi.

La Dernière folie de Claire Darling, sorti le 6 février, a bénéficié de l’Avance sur recettes avant réalisation et de l’Aide à la création de musique de film.