L’image de la semaine : Ma nuit chez Maud

L’image de la semaine : Ma nuit chez Maud

07 juin 2019
Cinéma
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Ma nuit chez Maud
Ma nuit chez Maud DR - Les Films du Losange
L’un des plus célèbres contes moraux du cinéma d’Éric Rohmer a fêté ses 50 ans le 4 juin. A l’écran, le trio formé par Françoise Fabian, Marie-Christine Barrault et Jean-Louis Trintignant, n’a rien perdu de sa superbe.

Après le soleil, les couleurs et l’indolence, la neige, le noir et blanc et l’esprit de sérieux. Ma nuit chez Maud peut être vu comme le négatif de La Collectionneuse, précédent volet de la série des Contes moraux entamée en 1963 avec La Boulangère de Monceau. Sous ses atours austères et bavards, c’est pourtant le film qui va populariser le cinéma d’Éric Rohmer. Car ce succès public (plus d’un million d’entrées en France) sera même en lice pour l’Oscar du meilleur film étranger en 1970 – obtenu finalement par Costa-Gavras pour Z.
 
Film profondément moderne dans un écrin classique, Ma nuit chez Maud (qui reçut l’avance sur recettes du CNC) redéfinit les contours de la comédie romantique au cinéma. Dans ce récit, la parole devient le moteur de l’action et ensorcèle les âmes pour mieux prendre le pouls de l’époque : Maud renvoie à l’homme hésitant, sa liberté d’esprit et sa détermination. A la sortie du film, le 4 juin 1969, le critique de L’Aurore, Guy Teisseire synthétisait à merveille la puissance stylistique de l’entreprise rohmerienne : « Le meilleur compliment qu’on puisse faire à Éric Rohmer est d’avoir réalisé avec Ma nuit chez Maud un film parlant. J’entends par là le contraire d’un film bavard où le texte servirait à combler les vides : c’est-à-dire une œuvre éloquente où les silences sont ressentis comme des manques tant l’intelligence du propos est constante. »
 
Le corpus que forment les six contes moraux, réalisés entre le milieu des années 60 et le début de la décennie suivante, est la première série dans la filmographie d’Eric Rohmer. Viendront ensuite les Comédies et proverbes et les Contes des quatre saisons. La plupart de ces Contes moraux s’inspire de nouvelles écrites par le cinéaste dans sa jeunesse. Elles partagent toutes une même unité dramatique. A chaque fois, en effet, un personnage se retrouve pris dans une succession de péripéties sentimentales mettant à l’épreuve ses propres certitudes. Ainsi dans Ma nuit chez Maud, le fervent catholique Jean-Louis (Jean-Louis Trintignant) tente de maintenir sa ligne de conduite et de ne pas succomber au charme de Maud (Françoise Fabian) pour les beaux yeux de Françoise (Marie-Christine Barrault). C’est avec ce film que le maître de la Nouvelle Vague s’imposa finalement comme le grand cinéaste de la moralité…