« Lune de Miel », grand écart entre rire et larmes

« Lune de Miel », grand écart entre rire et larmes

12 juin 2019
Cinéma
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Lune de miel
Lune de miel Rectangle Productions - Le Pacte - NJJ Entertainment
Une comédie à la Woody Allen sur l’identité juive et l’histoire de la Shoah ? Tel est le pari ambitieux de Lune de miel, un premier long métrage dont la réalisatrice, Elise Otzenberger, nous explique le processus de fabrication.

Fille de metteur en scène (Christophe Otzenberger, le réalisateur de La Conquête de Clichy), vous avez opté pour une carrière de comédienne avant de passer aujourd’hui pour la première fois derrière la caméra. Qu’est-ce qui vous y a poussée ?

J’ai fait le Cours Florent et décroché à ce moment-là mon tout premier casting pour Meilleur espoir féminin. Dès lors, j’ai eu la chance de travailler régulièrement. Au cinéma (Après vous…, Agathe Cléry), j’ai toujours pris énormément de plaisir mais j’ai vite repéré la limite des seconds rôles. Alors, très tôt, je me suis mise à écrire. Mais pas forcément dans le but d’en faire un deuxième métier. Jusqu’à Mon Hollywood (Cher Monsieur Spielberg), l’histoire – sous forme d’un seule en scène - d’une jeune fille qui écrivait à Steven Spielberg pour le rencontrer car elle vivait avec E.T. ! Je l’ai mis en scène avec mon amie Marie Denarnaud. Le succès public que ce spectacle a remporté en 2006 a été un déclencheur. Puis tout s’est accéléré en 2007 quand Simon Astier m’a invitée à intégrer le pool d’auteurs de la série Off Prime dans laquelle je jouais. A partir de là, je commence à travailler régulièrement comme auteur pour les autres et pour moi. Je me lance dans l’écriture de divers projets avant que Lune de miel ne s’impose à moi.

Lune de miel met en scène le singulier voyage de noces en Pologne d’Anna et Adam, un couple parisien aux origines juives polonaises, à la commémoration de la destruction d’un village polonais par les Nazis. D’où naît cette drôle d’idée ?

De mon propre voyage de noces, quelques années plus tôt ! Dans la même petite ville de Zgierz et dans le même cimetière. Je ne suis pas religieuse mais si mes parents sont athées, ils m’ont tout de même élevée avec cette idée de transmission de l’identité juive. On parlait beaucoup de la Shoah à la maison. Mon père m’a montré Nuit et brouillard à 8 ans. Bref ce sujet me passionne et c’est pour cela que j’avais voulu aller à Zgierz.

Mais vous osez, ici, le grand écart. Entre cette évocation de la Shoah, le portrait d’une Pologne prompte à oublier que l’antisémitisme a ravagé sa population et un ton de comédie douce-amère à la Woody Allen. Qu’est-ce qui vous a inspiré ce mélange des genres entre rires et larmes ?

Une fois encore mon propre voyage. Lune de miel n’est pas un documentaire sur ma vie mais au fil des versions du scénario, j’ai tenu à garder ces moments de réalité qu’aucune fiction ne peut inventer. A commencer par l’écart entre l’enthousiasme d’Anna – qui fut aussi le mien – pour cette Pologne dont elle semble ne voir ni le froid, ni le ciel bas, ni la rudesse des réactions de certains habitants. Elle a rêvé de ce voyage. Elle a envie que tout se passe bien et ne l’envisage que sous cet angle. Par-delà cet aspect autobiographique, je savais que l’absurdité de ces situations allait m’éviter d’être écrasée par un sujet d’autant plus imposant qu’il me tient à cœur. On le sait : la comédie permet toujours de faire passer les choses graves. Et j’ai porté une attention particulière à cet équilibre entre rires et larmes, de l’écriture au montage. En sachant que sur le plateau, j’ai eu la chance de travailler avec deux comédiens parfaits pour exprimer ce choc des contraires : la fantaisie de Judith Chemla pour l’enthousiasme d’Anna et la solidité d’Arthur Igual pour le côté ancré dans la réalité d’Adam.

Le travail sur la lumière de Jordane Chouzenoux (Mercuriales) participe aussi grandement à ce mélange des genres. Puisque la manière dont cette ville polonaise y est montrée évolue avec le regard que pose Anna sur elle…

La météo en Pologne est si changeante que j’ai en effet cherché à jouer là-dessus pour accentuer la fantaisie de mon scénario. Mais mes références se situaient loin des films tournés en Europe de l’Est. Dans l’imagerie du cinéma américain des années 70 : une base d’image très chaude qui envahit l’écran dans la première partie avant d’être peu à peu gangrénée par une atmosphère plus grise quand Anna se réveille de ses fantasmes.

Ce film, qui sort ce mercredi 12 juin, a reçu l'aide sélective à la distribution (aide au programme) du CNC.