Margot Bernard : "La résidence du Moulin d’Andé est un endroit rêvé pour travailler..."

Margot Bernard : "La résidence du Moulin d’Andé est un endroit rêvé pour travailler..."

21 janvier 2021
Cinéma
Margot Bernard sur le tournage de Mes vacances normales
Margot Bernard sur le tournage de "Mes vacances normales" DR
Pour son premier court métrage, Mes vacances normales, que nous vous proposons de découvrir sur notre site du 21 au 23 janvier, la réalisatrice Margot Bernard a bénéficié d’une bourse pour intégrer la résidence d’écriture du centre culturel et artistique du Moulin d’Andé. Elle raconte cette expérience.

Quel a été votre parcours jusqu’ici ?

Mes vacances normales est le premier court métrage que je réalise dans des conditions de production classiques. Je m’étais déjà essayée à la mise en scène avec d’autres projets plus confidentiels et totalement auto-produits. Avant de devenir réalisatrice, j’ai été assistante caméra sur des longs métrages. J’ai ainsi travaillé sur Max de Stéphanie Murat, La famille Bélier d’Eric Lartigau ou encore Supercondriaque de Dany Boon. Puis je suis devenue assistante réalisatrice sur des courts métrages. En 2018, j’ai décidé de tout arrêter pour me consacrer à 100 % au développement de mes projets. Je travaillais sur deux films en parallèle dont Mes vacances normales pour lequel j’avais sollicité une aide du CNC. J’ai ainsi obtenu une bourse pour intégrer une résidence d’écriture. Le Moulin d’Andé était mon premier choix.

Pour quelle raison ?

En faisant des recherches sur les différentes résidences d’écriture, le Moulin d’Andé ressortait toujours. La réputation était excellente et les conditions d’encadrement et de vie, incomparables. J’ai donc envoyé mon dossier de candidature dans lequel figurait mon CV, mon scénario, une note d’intention, un mood-board et bien sûr la recommandation du CNC qui a, sans aucun doute, joué en ma faveur. J’ai reçu un appel me disant que j’étais retenue. La résidence d’écriture dure cinq jours et les organisateurs avaient déjà planifié ma venue. Tout s’est fait très rapidement.

Mes vacances normales de Margot Bernard DR

Comment se passe l’arrivée sur place ?

Avant de partir, je ne savais quasiment rien de ce qui m’attendait là-bas. J’avais simplement un horaire de train et savais que nous étions cinq pensionnaires à intégrer la résidence en même temps. Nous avons été accueillis par Fabienne Aguado, la directrice générale du Moulin d’Andé. Il y avait également Ingrid Gogny, notre marraine, celle qui allait nous accompagner dans notre travail d’écriture durant ces cinq jours. Lorsque vous débarquez là-bas, vous êtes tout de suite happé par la quiétude de l’atmosphère, le calme qui y règne. C’est beau, paisible. Il y a des hectares de terrain pour se promener et se ressourcer, des salles communes très agréables avec notamment un piano. C’est féérique. Quant à ma chambre, elle correspondait à l’image que j’avais d’un lieu d’écriture, avec cette table face à la fenêtre donnant sur un lac. Le rêve de tout scénariste.

Comment s’organisait le travail sur place ?

Chaque journée débute par une séance de travail d’une heure en tête à tête avec Ingrid. Ces moments sont d’une aide précieuse.

Jusqu’alors, je n’avais pas eu de retours sur mon scénario, j’avais en quelque sorte les pleins pouvoirs sur lui. D’un seul coup, quelqu’un vous pose des questions auxquelles vous n’aviez pas pensé ou qu’inconsciemment vous refusiez de vous poser.

Je me suis très vite rendu compte que j’avais occulté certains personnages, qu’ils n’étaient pas assez travaillés. Je tournais autour sans oser m’en rapprocher. Ingrid m’a aidée dans ce sens. Une fois la séance du matin achevée, j’avais toute la journée pour retravailler les choses et lui proposer une nouvelle version le soir même afin que nous puissions partir sur une nouvelle base le lendemain matin.

Mes vacances normales, raconte les vacances d’une petite fille dans la maison familiale entourée de ses parents, son frère, son oncle, sa tante et son cousin adolescent qui va abuser d’elle. Un sujet grave. Outre le traitement de certains personnages, qu’est-ce que l’atelier d’écriture vous a permis de clarifier ?

Mon parti pris de départ était de ne pas limiter mon récit à un seul point de vue afin de créer du mystère. A travers cette incertitude je voulais exprimer la complexité qui se cache derrière certains actes, certains gestes... Je ne voulais rien figer. Ingrid l’a bien compris mais m’a toutefois incitée à prendre mes responsabilités et à faire ressortir le point de vue de ma jeune héroïne, qui est tout de même au centre de l’histoire. Chose que je refusais de faire jusqu’ici. Ce n’était pas évident - inconfortable même - mais je me devais d’y aller pour le bien du film.

La vie en communauté doit aussi être très stimulante ?

A notre arrivée, on m’avait donné les scénarios des quatre autres résidents arrivés avec moi. Je me souviens que trois d’entre eux n’avaient pas bien saisi la portée d’une séquence clef de mon film. Il a bien fallu que je reconnaisse que je n’avais pas été assez claire. Le moment des repas était aussi très joyeux, c’était un moment de partage incomparable, une occasion de côtoyer d’autres résidents venus développer un documentaire ou des spectacles vivants. Tous les soirs, Fabienne organisait des projections des courts métrages réalisés par des cinéastes passés eux-aussi par le Moulin d’Andé. On en discutait ensuite. A la fin des cinq jours sur place, Fabienne, Ingrid et les quatre autres résidents, nous sommes réunis pour discuter de l’évolution de nos projets. J’ai fait en cinq jours ce qui m’aurait peut-être pris des mois si j’étais restée seule dans mon coin.

Mes vacances normales a été développé par une société de production...
 

J’ai eu, en effet, la chance de rencontrer Lucie Fichot de Folle Allure. C’est grâce à elle que j’ai pu mener à bien ce projet, qui aujourd’hui continue d’être présenté dans différents festivals du monde entier.

Mes vacances normales écrit et réalisé par Margot Bernard. Produit par Lucie Fichot (Folle Allure).
Musique originale : Christophe Danvin.