Patrice Leconte : « Ça prendra peut-être du temps, mais je suis persuadé que la plupart de mes films seront restaurés »

Patrice Leconte : « Ça prendra peut-être du temps, mais je suis persuadé que la plupart de mes films seront restaurés »

23 octobre 2020
Cinéma
Monsieur Hire de Patrice Leconte
Monsieur Hire de Patrice Leconte Cinéa - France 3 Cinéma - Hachette Première et Cie - Gaumont
Longtemps introuvables, Tandem, Monsieur Hire et Tango ressortent en Éditions Collector Blu-ray/DVD dans des versions restaurées. Un soulagement pour leur réalisateur Patrice Leconte.

Tandem, Monsieur Hire et Tango sont désormais disponibles en Blu-ray et DVD, restaurés par Pathé. Cette conjonction de titres résulte-t-elle d’une décision industrielle, artistique ?

Je savais juste que mon producteur, Philippe Carcassonne, avait cédé une partie de son catalogue à Pathé. Il se trouve que ces trois films étaient quasiment introuvables en DVD, à part chez les soldeurs à des prix fous ! J’ai trouvé très chic de la part de Pathé de prendre en charge leur restauration et de les rééditer. Quand ils m’ont prévenu, j’étais évidemment enchanté, mais je n’ai pas eu mon mot à dire.

Comment expliquez-vous que ces films ne soient pas ressortis depuis si longtemps ?

Comme des gens me demandaient régulièrement où se procurer ces films, j’alertais de temps en temps les éditeurs vidéo concernés qui me répondaient qu’ils avaient fait leur boulot en temps voulu… J’étais triste de me dire que ces films étaient devenus invisibles.

Ces trois films ont en commun de traiter de l’obsession et de la solitude, même Tango sous ses dehors de road-movie potache.

Je ne le fais pas exprès ! (Rires.) Quand je prends un peu de recul sur mon travail, je me rends compte que j’aime faire se rencontrer à l’écran des gens seuls qui n’ont rien en commun et qui resteraient seuls si ces rencontres n’avaient pas lieu.

Vous rappelez dans les bonus de Tango que le film avait été épinglé à l’époque en raison de sa misogynie supposée. Pourriez-vous le refaire aujourd’hui ?

J’indiquerais sûrement, à coup de Stabilo discret, que ma volonté n’était pas de faire un film misogyne, mais de me moquer des hommes et de leurs comportements balourds, voire navrants, envers les femmes. J’observe cependant que le public n’est pas dupe. Il y a deux ou trois ans, j’ai présenté une projection en plein air de Tango, dans le Sud. J’ai eu le plaisir de voir que les gens riaient franchement devant cette comédie un peu « hirsute » sous influence assumée de Bertrand Blier. J’enviais à l’époque sa liberté de ton que j’ai modestement essayé de reproduire.

Parlez-nous de votre collaboration avec Patrick Dewolf avec lequel, outre ces trois films, vous avez aussi écrit Les Spécialistes et Une chance sur deux. Est-ce lui qui a apporté cette « légère gravité » ou cette « grave légèreté » qui définit votre cinéma à partir de la deuxième moitié des années 80 ?

J’ai toujours été quelqu’un de léger, avec un vieux fond de mélancolie… Avec Patrick Dewolf, la complicité était si étroite qu’il est impossible de savoir qui apportait quoi à l’autre ! C’est le cas sur Monsieur Hire, notamment. Sur Tandem, en revanche, sa contribution a été décisive. C’est lui qui a suggéré cette idée géniale de faire en sorte que Rivetot, le personnage de Jugnot, soit le seul à savoir que l’émission de radio de Mortez [Jean Rochefort] va être supprimée. Ça sous-tend un vrai suspense auquel je n’avais pas pensé.

C’est à partir de Tandem que vous avez décidé de cadrer vous-même vos films. Pourquoi à ce moment précis ?

Ça me démangeait depuis longtemps, je m’étais beaucoup entraîné en tournant de nombreux films publicitaires. J’avais été un peu frustré sur Les Spécialistes, qui précède Tandem, car je ne voyais le résultat de ce que filmait mon excellent cadreur, Jean-Paul Meurisse, que lorsque je recevais les rushes – à cette époque, il n’y avait pas encore de « combo », l’écran de contrôle. Je me suis lancé sur Tandem, car c’était beaucoup plus simple que sur Les Spécialistes, une grosse production. Nous étions une petite équipe, avec un petit budget, ça me paraissait moins risqué. J’ai tellement aimé ça que je n’ai plus délégué ce poste par la suite. Au-delà de la technique même, j’ai aimé la proximité magnifique et immédiate qui se noue avec les acteurs en étant au cadre.

La restauration par Pathé permet de (re)découvrir le travail de vos directeurs photo, Denis Lenoir (Tandem, Monsieur Hire) et Eduardo Serra (Tango).

Tout à fait. Denis et Eduardo ont d’ailleurs supervisé la restauration plus que moi. Je leur ai fait entièrement confiance, ainsi qu’aux étalonneurs. Ils ont notamment respecté le côté un peu moins « piqué » de Tandem. À l’époque, on s’était mis d’accord avec Denis Lenoir pour tourner le film sans lumière, ou presque. On savait qu’il y aurait du grain, que ce ne serait pas « lisse », comme la vie de Mortez et Rivetot. Le fait d’avoir tourné le film en super 35, qu’on a ensuite agrandi en Scope, accentuait ce rendu.

Pathé sort ces trois films en combo Blu-ray/DVD le 21 octobre. Studiocanal l’avait précédé cet été avec Viens chez moi j’habite chez une copine et Les Spécialistes. Qu’en est-il de vos autres films qui n’ont pas encore été restaurés ?

Les droits de mes films sont un peu partout, chez Pathé, UGC, Warner… Je sais qu’UGC et Gaumont suivent le travail effectué par Pathé. Ça prendra peut-être du temps, mais je suis persuadé que la plupart sera restaurée. Il existe tellement de films, ce n’est pas simple pour les détenteurs de droits de choisir dans leurs catalogues lesquels méritent une restauration. Je reste optimiste.