Comment est née l’association Périphérie ?
Agnès Jahier : Elle a été créée en 1983 par les cinéastes Claudine Bories et Jean-Patrick Lebel. Ils se sont implantés en Seine-Saint-Denis pour imaginer un lieu de rencontres destiné aux riverains autour du cinéma documentaire. Ils ont mené diverses actions en faveur de la création et de la diffusion comme des « ateliers découverte », des diffusions de films en salle, des rencontres avec des professionnels, la mise à disposition de matériels et de salles de montage etc. Dès sa création, Périphérie s’est également inscrite dans une démarche de documentation du territoire. En partenariat avec les Archives départementales de Seine-Saint-Denis, tous les films documentaires ont été consignés dans un fonds appelé « La Mémoire et les images ». Riches de quarante ans, ces archives racontent l’histoire des luttes ouvrières, de l’immigration, de la mémoire de la déportation et de la vie des habitants. Grâce à toutes ces actions, l’association s’est rapidement imposée comme une structure incontournable pour les professionnels et les passionnés de cinéma documentaire. Aujourd’hui, nous continuons à faire perdurer cet état d’esprit tout en développant des missions qui répondent aux enjeux contemporains.
À ce propos, quelles sont ces missions ?
Elles sont multiples. D’abord, nous disposons d’un catalogue de 150 films, composé de longs et de courts métrages. Nous travaillons avec le réseau de salles Cinéma 93 qui diffuse les films du catalogue et ceux issus de nos deux résidences d’écriture et de montage : « Cinéastes en résidence » et « La Passerelle ». Nous avons aussi déployé un pôle d’éducation à l’image. Nous proposons des ateliers d’initiation au cinéma documentaire pour tout type de publics : les scolaires, les centres sociaux ou encore les bibliothèques et médiathèques du département et ceux alentours. Les participants rencontrent des réalisateurs et réalisatrices, visionnent des films documentaires, visitent des salles de cinéma, mais aussi participent à des activités de réalisation, de montage et d’écriture. Avec ces ateliers, nous voulons faire découvrir le cinéma documentaire par la pratique et l’échange. Dans cet objectif, nous avons également mis en place « Les Observatoires documentaires ». Ce dispositif singulier consiste à former des professionnels à la réalisation d’un long métrage documentaire sur leur lieu de travail. Concrètement, depuis 2012, l’équipe de Périphérie accompagne des employés de foyers, de crèches ou d’hôpitaux dans l’écriture, la réalisation et le montage de leur propre film documentaire.
Hormis ces ateliers d’éducation à l’image, vous proposez également deux résidences évoquées plus haut. Pouvez-vous nous en dire davantage ?
Nous proposons en effet plusieurs dispositifs d’apprentissage et de découverte du secteur documentaire. En 2003, nous avons créé le programme « Cinéastes en résidence », destiné à la fois aux monteurs expérimentés et novices accompagnés par une équipe de production. Nous accueillons une quinzaine de résidents pour une durée de dix à douze semaines et mettons à leur disposition des salles de montage, des moyens techniques, des sessions de visionnage de leurs travaux à Périphérie mais aussi en festivals, et des temps d’échange avec des professionnels. En 2021, nous avons lancé une deuxième résidence : « La Passerelle ». Au sortir du confinement, nous avons tous constaté un découragement dans le secteur. Nous avons alors décidé de développer cette formation afin d’accompagner de jeunes diplômés et des autodidactes dans l’écriture et la réalisation de leur premier film. Pendant un an, nous leur proposons des temps collectifs d’écriture, nous leur mettons à disposition nos locaux et notre réseau, nous leur proposons également de rencontrer des acteurs clés de l’industrie comme la SCAM (Société civile des auteurs multimédia), par exemple. D’ailleurs, cette année, pour la première fois, nous avons organisé un moment d’échange à l’occasion de la dernière édition de notre festival Les Rencontres du cinéma documentaire, qui s’est tenue du 26 novembre au 2 décembre 2025, au cinéma Le Méliès de Montreuil (93). Intitulé « Rendez-vous Premiers Films », ce temps fort a permis à nos résidents monteurs de présenter leurs projets aux professionnels de l’industrie. Ils ont également pu exposer les différentes problématiques auxquelles ils ont été confrontés pendant leur travail en résidence.
Les Rencontres du cinéma documentaire, parlons-en.
Depuis 1995, Les Rencontres du cinéma documentaire est un festival non-compétitif, ouvert à tous, qui se déroule, tous les ans, sur une semaine, dans l’emblématique cinéma Le Méliès à Montreuil (93). Chaque année, nous présentons une trentaine d’œuvres récentes ou de patrimoine autour d’une thématique cinématographique spécifique. Nous proposons par ailleurs des séances dédiées aux scolaires, des rencontres professionnelles (carte blanche, parcours d’auteurs, tables rondes, etc.), une masterclass réalisée par le cinéaste invité, et de nombreuses avant-premières.
Quelle est la richesse du cinéma documentaire selon vous ?
Le cinéma documentaire est très important dans ce monde de fractures. Il crée un espace de dialogue et de partage à partir de différentes expériences et points de vue. Il nourrit une réflexion précieuse sur le monde qui nous entoure. C’est pour cette raison que nous continuons à le défendre, le soutenir et le diffuser.